Science : de la passion au désintérêt

263 - Juillet-août 2004

« Un enfant de cinq ans comprendrait cela ! Allez me chercher un enfant de cinq ans ! » Groucho Marx.

L’enfant de cinq ans est un boulimique de sciences. Même en l’absence d’initiation, même en l’absence de la fameuse « main à la pâte », il réussit à intégrer des notions intellectuelles fort difficiles, grâce à une curiosité insatiable, en se nourrissant de sa culture familiale, médiatique, et en expérimentant beaucoup aussi lui-même.

Pour s’en convaincre, il suffit d’assister à quelques séances de mécanique céleste avec des enfants de grande section d’école maternelle, peu aguerris aux sciences et pourtant d’une grande pertinence dans leur approche.

À la question « A votre avis, la Terre tourne-t-elle ? », cinq enfants sur sept répondent par l’affirmative. Et puisque la maîtresse leur demande de justifier leur réponse, plusieurs expliquent le mouvement terrestre ainsi : « Quand il fait jour ici, il fait nuit dans d’autres pays très loin d’ici. Pour qu’il fasse jour dans ces pays aussi, il va falloir que la Terre tourne ! »

Qui dit mieux ?

Pour autant, ceux qui pensent que la Terre ne tourne pas ne sont pas démunis d’arguments : « Si la Terre bougeait sous nos pieds, elle nous ferait tomber ! »

L’enfant de cinq ans est scientifique, aussi naturellement qu’il s’est mis à marcher et à parler. Un moment privilégié de l’éducation, où la passion de la science s’installe, permettant sa mise en culture.

Et pourtant, que nous annonce-t-on ? Une désaffection des filières scientifiques. Il est vrai que chez les adolescents on entend souvent ce mot d’ordre : « Ne pas se prendre la tête ». Mot d’ordre qui sonne le glas de l’expérimentation, des hypothèses, de toute la compréhension du monde, laquelle nécessite d’y mettre du sien, et surtout « de sa tête ».

Entre cinq ans et le lycée, entre la maternelle et les choix d’orientation en premier cycle universitaire, que s’est-il bien passé pour que tout change à ce point ?

On avance un échec de l’enseignement, incapable de s’adapter au monde moderne, des méthodes désuètes déconnectées du mode de vie contemporain. On suspecte le repli des parents, la fin de la transmission d’une culture familiale forte. On dénonce la déculturation opérée par les médias, privilégiant le sensationnel, précipitant la réflexion aux oubliettes.

On imagine aussi que les choix d’orientation se font désormais de préférence vers des études qui mèneront à des carrières lucratives : communication, commerce et marketing. En ce sens, les grandes entreprises savent séduire.

Les causes sont certainement nombreuses, à décrypter soigneusement avant de tenter de les traiter. Les enseignants espéraient du Grand Débat national sur l’école qui a eu lieu cet hiver un défrichage de ces questions. Ils auront le bilan de ce débat en septembre, assorti d’une nouvelle loi d’orientation, qui remplacera celle de 1989.

Gageons qu’elle ne sera guère révolutionnaire. Et souhaitons que notre petit scientifique de cinq ans conserve sa ferveur intacte envers et contre tout.1

1 Lire notre dossier sur l’enseignement des sciences p. 6 à 28 et 54 à 56.

Mis en ligne le 27 juillet 2004
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