LHC, la fin du monde ?

SPS n° 283, octobre 2008

En cette fin d’année 2008, le plus puissant accélérateur de particules, le LHC (Large Hadron Collider) entrera en service au CERN (Centre européen de recherches nucléaires) près de Genève. Certains s’émeuvent de dangers potentiels qu’il pourrait engendrer.

Des trous noirs indésirables ?

Le principal sujet d’inquiétude est la possibilité que les collisions produites dans le LHC engendrent un « trou noir », accumulation de matière ultra-dense qui pourrait grossir en attirant la matière environnante, jusqu’à détruire la Terre, si ce n’est l’Univers. Présente sur de nombreux sites1, cette idée semble reposer sur des arguments d’apparence scientifique émanant d’un physicien allemand, Otto E. Rössler2 et3. Ce physicien4, dont les publications révèlent un éclectisme étonnant, a été reçu sur ce sujet par le Président de la Confédération Helvétique5, ce qui peut contribuer à le faire prendre au sérieux. Un Américain, Paul W. Dixon6, professeur de psychologie, soutient des idées analogues, déjà exposées il y a plusieurs années pour s’opposer à un projet américain ultérieurement abandonné.

Réfutations et débats

Le site officiel du CERN s’est trouvé contraint d’évoquer cette hypothèse, mais la réfute naturellement en se fondant notamment sur le fait que certains rayons cosmiques provoquent dans la haute atmosphère des collisions bien plus énergiques, sans conséquences visibles. Par ailleurs la théorie de Hawking indique qu’un micro trou noir s’évapore instantanément.

Mais cela ne clôt pas la controverse7. La théorie de Hawking n’est qu’une théorie… Et les trous noirs créés éventuellement par les rayons cosmiques le sont avec une grande vitesse, alors que ceux du LHC, créés par la collision entre deux faisceaux de vitesses opposées, sont presque immobiles8. La discussion est sans fin…

Un épisode juridique

Comme souvent aux États-Unis, la controverse se transporte devant un tribunal. Deux habitants de Hawaï ont saisi la cour locale pour faire interdire, en raisons de dangers supposés, le démarrage du LHC9 et10. La plainte a été déclarée recevable. Certes la sentence éventuelle est inapplicable hors des US, mais certains partenaires, tel le Fermilab, sont américains.

Autres phénomènes

Si les trous noirs, si connus et populaires, sont l’objet principal des dangers imaginés par les opposants, d’autres phénomènes sont évoqués.

Les strangelets sont des agrégats hypothétiques de matière « étrange », éventuellement produits par le LHC, qui pourraient bien rendre « étrange » la matière ordinaire11.

Les monopôles magnétiques (particules se comportant comme un aimant à pôle unique), théoriquement possibles mais jamais observés, pourraient être créés au LHC12. Comme on ne sait rien d’eux, on peut les imaginer dangereux.

On a aussi suggéré que le LHC pourrait produire des « wormholes »13 (« trous de vers »), qui seraient des défauts de l’espace-temps violant le principe de causalité et permettant des voyages dans le temps, donc l’intrusion dans notre monde de créatures du futur pas obligatoirement bienveillantes.

Entre science et fantasmes

Le caractère hautement spéculatif de la science des particules actuelle, la floraison d’objets hypothétiques aux noms bizarres (cordes, branes), la taille et la nouveauté du projet LHC, sont un terrain favorable aux hypothèses les plus étranges, mais aussi aux manipulations les plus douteuses. On retrouve cela dans bien des contestations jouant sur la peur de technologies mal comprises par le public, par exemple le nucléaire ou les ondes électromagnétiques. L’impossibilité bien connue de prouver l’absence totale et absolue d’un risque est, dans tous ces cas, habilement exploitée, et les arguments raisonnables sont contournés avec une mauvaise foi totale, mais pas toujours sensible pour les non-physiciens.

Le LHC abondamment commenté

Le problème n’a pas été seulement traité sur les sites sources de notre chronique, mais aussi dans de nombreux articles, souvent sérieux, notamment sur des sites de la presse quotidienne :
Le Figaro, Le LHC ne menace pas la Terre et Effrayée, une Indienne se suicide, Libération, La menace fantôme du trou noir etc.

Sous le titre « Mythes et réalités sur l’accélérateur de particules », Le Monde a proposé le 10 septembre sur son site un historique des vidéos mises en ligne sur Internet depuis mai 2007 : une émission de la BBC, une simulation sur YouTube de la façon dont le trou noir avalerait la Terre, un clip sur un site d’astrologie faisant état d’une prédiction de Nostradamus et enfin le clip humoristique réalisé en originale réponse par le CERN. L’article (avec les vidéos) reste disponible pour les abonnés au site du Monde.

Depuis la rédaction de ces « Sornettes » du n° 283 de Science et pseudo-sciences, le CERN a dû interrompre l’activité du LHC jusqu’au printemps prochain.
La Tribune de Genève et Libération, entre autres, ont accompagné cette information de précisions intéressantes.

Les délais de réalisation de la revue n’ont pas permis d’inclure cet encadré dans le n° 283.

Mis en ligne le 25 septembre 2008
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