Dossier extraterrestres

L’invasion des ovnis : où en est-on actuellement ?

Suzy Collin-Zahn - SPS n°326 - octobre / décembre 2018

Les êtres humains ont probablement observé le ciel de tout temps. Outre les étoiles et les planètes auxquelles ils sont devenus habitués, ils y découvraient des phénomènes transitoires, comme les comètes, les novæ et les étoiles filantes, qui sont relatés dans les écrits ou les peintures anciennes, et qui étaient très étranges pour eux. Plus près de nous, dans les années 1950, il s’est produit une recrudescence de témoignages sur des phénomènes anormaux et incompréhensibles observés dans le ciel, due en partie au développement de l’aviation et à la guerre froide entre l’URSS et les États-Unis. Ainsi est née « l’ufologie », qui a suscité immédiatement un énorme engouement de la part du public.

Qu’est-ce que l’ufologie ?

Le mardi 24 juin 1947, le pilote américain Kenneth Arnold aperçoit à bord de son avion privé une formation de neuf « objets » qu’il décrit comme des « ailes volantes », arrondies à l’avant et triangulaires à l’arrière, avançant d’après lui à deux fois la vitesse du son (à l’époque, aucun avion n’a encore franchi le mur du son). Mais il ajoute qu’ils se déplacent  « comme des disques ricochant sur l’eau ». C’est l’expression de « disques » et non celle d’ailes volantes qui est retenue, et le terme de flying saucers ou « soucoupes volantes » est inventé ! Il va faire florès, et on va en voir partout aux États-Unis, puis dans le monde entier. Dans la semaine qui suit l’observation d’Arnold, des centaines d’observations similaires sont rapportées par des témoins, qui reprendront le terme de flying saucers pour les désigner, leur attribuant souvent une origine extraterrestre (il est d’ailleurs intéressant de remarquer que la forme rapportée par ces nouveaux témoignages est celle d’une « soucoupe », bien différente des ailes vues par Arnold). Arnold lui-même pensait pourtant n’avoir vu que des engins expérimentaux américains ou des espions soviétiques.

Bientôt s’impose le terme de Unidentified Flying Object ou UFO en anglais, traduit en français par ovni pour « objet volant non identifié ». En découle « l’ufologie », qui consiste à recueillir, analyser et interpréter toutes ces observations.

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Boîte du jouet “Explorateur de Mars”
© DJ Shin, Wikimedia

Le mythe de Roswell

Quelques jours après la découverte d’Arnold, le 7 juillet 1947, un fermier de Roswell au Nouveau-Mexique découvre des débris dans son pré. Dans cette région, on a l’habitude de retrouver des morceaux de ballon-sonde, mais le fermier déclare que ce n’est pas le cas cette foisci. Le lendemain, Jesse Marcel, un officier de l’armée de l’air américaine, rapporte les débris à sa base pour qu’ils soient examinés. Il précise  « qu’une longueur considérable de ruban adhésif et du ruban avec des fleurs imprimées dessus avaient été utilisés dans la construction » ! Un major de l’Air Force déclare le 8 juillet que ce sont bien les débris d’un ballon, et explique qu’il s’agit d’un ballon-sonde secret destiné à espionner les expériences nucléaires militaires soviétiques qui sont en préparation. Exit « l’affaire de Roswell », bien que les journaux aient publié immédiatement des articles sur « la soucoupe volante extraterrestre ».

L’affaire ressurgit trente ans plus tard, en 1978, lorsque Jesse Marcel, maintenant à la retraite, déclare à un ufologue venu l’interviewer, que les débris montrés à l’époque aux journalistes par le général responsable de la base n’étaient pas ceux qu’il avait apportés de Roswell. Pour lui, il s’agissait indubitablement d’un vaisseau spatial. Notons qu’il a modifié son récit à plusieurs reprises au cours du temps. L’affaire fait cependant grand bruit, et plusieurs livres sur la question sont publiés dans les années 1980 et 1990, invoquant de nombreux nouveaux témoignages et suggérant que le gouvernement avait volontairement dissimulé la récupération d’un ovni. Plus encore, la théorie du crash de l’ovni débouche sur l’idée que des cadavres d’extraterrestres avaient été récupérés et cachés. Plusieurs de ces corps auraient été autopsiés, et un film réalisé dans les années 1990 et diffusé dans 27 pays « montre » ces autopsies. L’ennui est que, le 7 avril 2007, la Warner Bros sort un reportage, « L’histoire d’une fausse autopsie », expliquant qu’un spécialiste connu d’effets spéciaux, John Humphreys, avait créé douze ans plus tôt des créatures en latex remplies d’organes de mouton qui avaient servi pour ce film… Mais la « rumeur de Roswell », titre du livre du sociologue français Pierre Lagrange, reste aujourd’hui omniprésente dans les BD, les mangas, les romans, les films et l’imaginaire collectif.

Rencontres d’un autre type

Ce remue-ménage est relayé par la publication des livres de Georges Adamski (1891-1965), tous grands succès de librairie (voir [1]), dans lesquels il raconte avoir été contacté en 1952 par un homme d’une incroyable beauté, Orthon le Vénusien. À l’époque, le peu que l’on savait de la planète Vénus permettait de telles élucubrations, tandis que maintenant, il serait difficile d’imaginer une vie, aussi intelligente soit-elle, capable de résister à la température de 450 °C et à l’acide sulfurique de l’atmosphère de cette belle planète.

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Couvertures de magazine de science fiction (1930, 1940 et 1950)

Mais l’idée fait son chemin, et on en arrive bientôt aux « rencontres » de différents types. En 1961, un couple d’Américains, Betty et Barney Hill, dit avoir été enlevé par des extraterrestres de petite taille et de couleur grise. Appelés par la suite les « Gris », ils deviennent un véritable mythe pour les ufologues, tandis que le récit des Hill devient un modèle pour les « enlèvements » qui suivent. Vient ensuite « l’affaire Ummo » de la correspondance alléguée avec les habitants supposés d’une planète appelée Ummo (relatée en détail dans Science et pseudo-sciences en 2012 [2]).

Vagues d’ovnis à répétition

Les ovnis déferlent également en France dans les années 1950. Cela débute avec l’observation, quelques mois après la première vague d’ovnis observés à Washington, d’un cigare volant au-dessus d’Oloron Sainte-Marie dans les Pyrénées ; il possède une sorte de queue filamenteuse. Une explication est donnée par une spécialiste des araignées [3] : il s’agirait de fils émis à l’automne par une variété d’araignées, un phénomène très connu des jardiniers. Puis, dans les semaines suivantes, toute la région observe des essaims de soucoupes volantes et les journaux de la France entière en font leur une.

Il est impossible de rapporter tous les ovnis recensés par la suite, puisqu’il y en a plusieurs chaque année. Citons un cas d’école, celui de Trans-en-Provence le 8 janvier 1981 : un habitant voit un objet ayant  « la forme de deux assiettes renversées l’une contre l’autre » se poser puis décoller en laissant des traces matérielles qui font l’objet d’une analyse scientifique détaillée par le Gepan (voir plus loin) [4]. Celle-ci montre que les plantes ont subi un « stress » au voisinage de l’objet. Pour les uns, il s’agit des traces d’un engin extraterrestre, pour les autres c’est simplement le pneu d’une bétonnière (il y en avait une) qui a raclé le sol ([5] qui montre également plusieurs incohérences et légèretés dans l’analyse de l’affaire).

Entre 1989 et 1991, de nombreux témoins déclarent avoir observé à différents endroits en Belgique une forme triangulaire aux angles arrondis, d’une quarantaine de mètres de large, avec un phare à chaque extrémité du triangle et un phare rouge au centre, se déplaçant avec peu de bruit. Pendant presque deux ans, des

milliers d’observateurs voient des objets identiques, dont certains correspondent aussi à des échos radars. C’est ce que l’on a nommé « la vague belge ». Des avions F16 sont mobilisés à plusieurs reprises pour les suivre. Diverses explications sont données, dont l’une est qu’il s’agirait d’hélicoptères évoluant dans les environs (mais sans bruit ?) ou bien de bombardiers F117 expérimentés par les États-Unis.

Les États-Unis démentent ces expérimentations. Les observations pourraient bien correspondre aux deux types d’engins. En fait, les scientifiques pensent qu’il s’agit d’une illusion de masse, phénomène dont nous reparlerons plus loin. Durant cette vague belge paraît une photographie qui fait la une des journaux, représentant un ovni photographié à Petit-Rechain en Belgique. On peut y voir trois points lumineux formant un triangle, et un quatrième point lumineux inscrit dans ce triangle, ressemblant aux observations décrites. Vingt ans après, l’auteur de la photo a annoncé qu’il s’agissait d’une supercherie et que « l’ovni » n’était fait que de frigolite (mousse de polystyrène) et de spots lumineux (voir l’analyse faite en 2014 dans Science et pseudo-sciences [6]).

Vaisseau spatial

Un organisme pour un examen scientfique

En 1999, un comité privé présidé par le général Denis Letty et comprenant de nombreux ingénieurs et militaires de carrière passionnés d’ufologie remet à Lionel Jospin, alors Premier ministre, un document intitulé « rapport COMETA ». Ce rapport conclut à  « la réalité physique quasi-certaine d’objets volants totalement inconnus… et au vu de leurs prouesses mesurées, l’hypothèse extraterrestre paraît la plus probable ». Il a naturellement un écho médiatique et sera suivi par la publication d’un ouvrage intitulé Les OVNI et la Défense : À quoi doit-on se préparer ? [7]. Sans aucun doute à la guerre des étoiles !

En effet, dès le début des années 1950, de nombreux organismes s’intéressant à l’ufologie avaient vu le jour. Certains sont constitués essentiellement de ce qu’on appelle les sceptiques de l’explication extraterrestre, et d’autres, beaucoup plus nombreux, d’amateurs passionnés – parfois des scientifiques – qui se réunissent régulièrement, produisent des rapports, investissent les médias. Ils se répartissent entre ceux qui cherchent surtout à établir des faits, et un courant « soucoupiste » incluant des partisans des théories extraterrestres, auxquels s’ajoute une branche de complotistes persuadés que les gouvernements leur cachent volontairement la réalité. Nous allons décrire l’un des plus importants organismes que l’on peut considérer comme « sceptique », bien qu’il se refuse à prendre position concernant les extraterrestres (il dit seulement  « n’en avoir jamais rencontré »).

Dans les années 1970, il était donc devenu clair que les scientifiques ne pouvaient plus se contenter de ricaner d’un air dédaigneux en parlant des ovnis, et qu’il leur fallait répondre aux attentes du public en prenant le problème à bras le corps. C’est ainsi qu’en 1977 est créé au sein du Cnes (Centre national d’études spatiales) le Gepan, ou Groupe d’étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés, afin d’élaborer des méthodes d’analyse scientifiques et de diffuser les résultats de ces analyses, avec si possible une explication aux observations. En 1988, le Gepan est remplacé par le Sepra (Service d’expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique), avant d’être transformé en 2005 en Geipan, le « i » ajouté au sigle Gepan insistant sur l’aspect information. Notons que la fermeture du Sepra (devenu entre-temps Service d’expertise des phénomènes rares aérospatiaux) était due au fait que son directeur, Jean-Jacques Vélasco, avait pris un peu trop fait et cause pour les ovnis dans un ouvrage intitulé Ovnis, l’évidence. Ajoutons que Vélasco a aussi été un des auteurs du rapport COMETA.

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Ciel de nuit extraterrestre
© PhotoVision (CC0 Creative Commons)

Le Geipan est constitué d’un nombre très réduit de personnes – au maximum trois à plein temps plus un à mi-temps. Outre la gendarmerie et la police avec qui il collabore pour le recueil de témoignages, il est aidé par de nombreux enquêteurs bénévoles, et par des experts scientifiques également bénévoles (météo, photos, psychologie…) qui interviennent au cas par cas. Il reçoit actuellement environ 500 demandes d’élucidation par an, dont 200 donnent lieu à une enquête. Ces enquêtes consistent en des interviews des témoins d’un phénomène, des enquêtes de terrain avec analyse des sols par exemple, des recherches de phénomènes météorologiques ou astronomiques, ou de passages d’avions, etc. Pendant ses quarante ans d’existence, une somme colossale d’archives a ainsi été rassemblée, contenant des procès-verbaux, des rapports d’expertise, des photos et des dessins, des vidéos et des enregistrements audios. Tout ce matériel représente plus de 100 000 pages numérisées que le Geipan met en 2015 à la disposition du public sur Internet après les avoir anonymisées.

La classification du Geipan

Consistance de cas

Quantité (C) d’informations (I) fiables (F) recueillies sur un témoignage (C = I x F). La quantité d’informations fiables ou « objectivées » qui sont collectées durant l’enquête constitue la consistance du cas dont l’évaluation est un critère majeur dans le travail de classification. Une consistance forte permettra de valider tous les éléments descriptifs du cas et de vérifier toutes les hypothèses envisageables. Exemples : plusieurs témoins indépendants, photos, traces au sol... Une consistance faible laissera un certain nombre d’hypothèses non vérifiées et sans doute non vérifiables. Exemples : témoin unique, pas d’autres éléments que le récit du témoin...

Étrangeté

Un cas d’observation peut être perçu comme plus ou moins étrange par un témoin. Le Geipan, de par son expérience, évalue un « niveau d’étrangeté » à partir des éléments suivants : proximité du phénomène (plus proche : plus étrange), aspect du déplacement (fixe ou rectiligne : peu étrange ; irrégulier : étrange), détails sur l’objet (point lumineux : peu étrange ; forme inconnue : étrange)… On peut donner une mesure de l’étrangeté par la distance en termes d’information entre le phénomène observé et l’ensemble des phénomènes aérospatiaux connus. Seul un fort niveau d’étrangeté justifiera une enquête approfondie.

PAN, ou phénomènes aérospatiaux non identifiés

Les PAN sont regroupés en quatre catégories : A : observation ayant été expliquée sans aucune ambiguïté ;

B : observation pour laquelle l’hypothèse retenue par le Geipan est considérée comme très probable ;

C : observation non analysable faute d’informations ;

D : observation inexpliquée malgré les éléments en possession du Geipan.

La catégorie D recouvre deux sous-catégories :

D1 : qui correspond à des phénomènes étranges, mais dits de consistance moyenne, par exemple associés à un témoignage unique, sans enregistrement photo ou vidéo ;

D2 : qui correspond à des phénomènes très étranges et de consistance forte : plusieurs témoins indépendants, enregistrements photo ou vidéo, traces au sol.

Par exemple, un cas d’une consistance de 0.6 et d’une étrangeté de 0.4 sera classé B : Parmi les 2 558 cas mis en ligne sur le site du Geipan, 150 relèvent de la catégorie D1, et aucun de la catégorie D2. Pour ceux de catégorie D1, on retrouve souvent de simples témoignages d’un nombre limité de personnes (deux ou trois, parfois de la même famille, on trouve même des cas avec un seul témoignage).

Source : geipan.fr

Le Geipan préfère parler de PANs – phénomènes aérospatiaux non identifiés – et non d’ovnis, car ce terme a une connotation de soucoupe ou d’extraterrestre. Il a créé en 2008 un mode de classification rigoureux des phénomènes PAN, qui sont rangés en cinq catégories, A, B, C et D1 et D2. La classification s’appuie sur l’évaluation de l’étrangeté et de la consistance, deux notions définies de façon précise (voir encadré).

Les cas A consistent en des quasi-preuves de non-existence d’un ovni, les cas B ont des explications probables (voir la figure ci-contre), les C sont les cas inexploitables par manque de données, enfin les cas D sont étranges (D1) ou très étranges (D2). Les cas classés D font en général l’objet d’une enquête de terrain avec rencontre d’un ou plusieurs témoins, sans qu’elle ne permette d’avancer une explication aux observations rapportées (voir la définition de ces cas dans l’encadré).

Les résultats

Environ 35 % sont des cas de la classe C, inexploitables par manque de données, et 60 % sont classés A ou B et expliqués par des méprises ou des erreurs de perception, ou même des canulars.

Nous avons parlé déjà de certains canulars, dénoncés en général très longtemps après les observations : ceux-ci ont donc eu le temps d’imprimer des traces durables dans les esprits. On a vu ainsi le canular de la « vague belge ». Rappelons un autre qui a fait couler beaucoup d’encre, celui de Bélesta. Le 16 octobre 1954, les habitants de ce village d’Ariège aperçoivent une lumière qui semble provenir d’un objet très brillant caché par le bord de la montagne. L’objet monte dans le ciel, redescend, apparaissant et disparaissant plusieurs fois de suite. Bientôt suit un deuxième objet, puis un troisième. Ils disparaissent tous au bout d’une heure environ. La Dépêche du Midi titre : « Boules lumineuses évoluant durant une demi-heure en une ronde magique ». Le cas devient un classique de l’ufologie. C’est seulement au bout de 56 ans que trois personnes avouent que c’était un canular qu’ils avaient fabriqué à partir de lampes électriques… [8]

Dans les méprises, les témoins racontent ce qu’ils ont vu et qu’ils n’ont pas réussi à expliquer eux-mêmes. Ils l’appellent alors ovni parce que presque tout le monde autour d’eux croit aux ovnis et parle d’ovnis. Mais on peut souvent ramener ces observations à des phénomènes astronomiques (de simples planètes comme Vénus ont été prises pour des ovnis) ou météorologiques, ou tout simplement des engins humains (satellites artificiels, hélicoptères, avions, ballons…). L’impression d’une très grande vitesse peut être due à des phénomènes de réflexion, ou d’images « fantômes » dans le ciel liées à une inversion de température, images qui peuvent apparaître ou disparaître instantanément. De plus, il est bien connu que nos sens nous trompent facilement. On sait par exemple que l’estimation des vitesses, des distances et des tailles est loin d’être fiable. De nombreuses personnes sont persuadées que le soleil est beaucoup plus gros lorsqu’il est près de l’horizon, alors que le changement de taille produit par la réfraction (vertical seulement) est très faible et à peine visible à l’œil. Il s’agit d’une illusion due au fait qu’on peut alors comparer la taille du soleil à celle d’objets bien connus comme des arbres ou des collines.

Enfin les cas D représentent seulement 2 % de l’ensemble, mais ce sont eux qui attirent l’attention du public. Notons que pendant les trente premières années, ils représentaient 10 % de l’ensemble, et que la proportion a diminué considérablement depuis la mise au point de la nouvelle méthodologie.

Bien entendu, on peut conclure que 2 % de phénomènes inexpliqués, qui correspondent à deux cas par an, c’est énorme, puisque, à la limite, un seul cas avéré d’extraterrestres entraînerait à lui seul une révolution sur tous les plans, philosophique, scientifique, technique, sociologique, etc. Pour le moment, il faut se contenter de penser qu’on trouvera plus tard les explications de ces phénomènes, et qu’avec les progrès des connaissances et la sophistication accrue des observations, on finira par comprendre un jour tous les cas ; ou, plus probable, la plupart seront oubliés.

Les processus psychologiques

Cependant, une idée qui gagne du terrain avec le développement des neurosciences est que ces cas ressortent de processus psychologiques, qui peuvent d’ailleurs également expliquer des méprises. Différents phénomènes entrent en jeu (figure ci-dessus).

Il y a celui bien connu maintenant de la reconstruction des souvenirs. Nous les modifions en nous les remémorant. Nous pouvons ainsi être conduits à nous souvenir d’événements que nous n’avons jamais vécus, et à croire fermement à ces faux souvenirs. Dans le même ordre d’idée, les hallucinations sont très courantes, bien qu’on s’imagine à tort qu’elles impliquent toujours des pathologies. Tous ces facteurs peuvent se combiner pour fabriquer un ensemble culturel et médiatique auto-entretenu grâce au développement de la culture de l’étrange, au goût pour les pseudo-sciences et au complotisme, activés par le développement de l’Internet et des réseaux dits sociaux. Le cas de la photo de Beert est l’un des plus caractéristiques de cette dérive psycho-sociologique. En novembre 1975, le journal belge De Standaard publie une photographie représentant un « ovni » qui lui a été envoyée par cinq personnes, et demande si d’autres personnes l’ont aperçu. Le journal est assailli de coups de fil de témoins qui ont vu le même objet. Après quelques jours, les cinq personnes reconnaissent que la photo de l’ovni est fausse [9].

La visite d’extraterrestres ?

Donc, jusqu’à maintenant, nous n’avons pas encore la réponse à la question de la visite sur Terre d’une forme de vie extraterrestre intelligente, du moins par l’interprétation des ovnis. Aurons-nous la réponse avec le projet Initiative Breakthrough Listen qui vise à rechercher leurs traces, non pas sur Terre, mais dans des signaux reçus de l’espace (lancé en 2015 par le milliardaire russe Youri Milner et soutenu par les cosmologistes britanniques Stephen Hawking et Martin Rees) ? Réponse sans doute dans dix ou vingt ans…

Suzy Collin-Zahn
Références

[1] Hallet M, Le cas Adamski, Éditions de l’Œil du Sphinx, 2010 (note de lecture de Thomas JP, SPS n° 299, janvier 2012.) sur afis.org
[2] Quirant J, Caudron D, « Des ummoristes chez les ufologues… », SPS n° 299, janvier 2012 sur afis.org
[3]« Mystérieux filaments : fils d’araignées ou retombées d’incendie ? », Le Dauphiné, 11 septembre 2013 sur www.ledauphine.com
[4] « Étude de cas – Trans-en-Provence », sur cnes-geipan.fr
[5] Maillot E, « Trans-en-Provence : le mythe de l’OVNI scientifique. Quand science et croyance font bon ménage... », Le Cercle Zététique sur zetetique.ldh.org
[6] Abrassart JM, Gauvrit N, « La vague belge d’OVNI : une panique engendrée par les médias ? », SPS n° 309, juillet 2014 sur afis.org
[7] COMETA, Les OVNI et la Défense – À quoi doit-on se préparer ?, Éditions du Rocher, 2003 sur cnes-geipan.fr
[8] « Ovni à Bélesta en 1954 : c’était une blague ! », La Dépêche, 22 mai 2009 sur ladepeche.fr
[9] « Ovnis et canulars : les fausses apparitions d’ovnis », 8 septembre 2016 sur sympatico.ca

Mis en ligne le 12 mars 2019
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