Les troubles dys

En finir avec les idées reçues

Note de lecture de Jacques Van Rillaer - SPS n°325, juillet / septembre 2018

Les troubles dys
En finir avec les idées reçues
Alain Moret - Dunod, 2018, 288 pages, 26,50 €

Des aphasies et autres troubles « a », consécutifs à des traumatismes chez des adultes, ont été étudiés depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Paul Broca, avec l’étude anatomique de l’aphasie (1861) qui porte son nom, est le pionnier de ce qu’on appelle aujourd’hui la neuropsychologie. Ce n’est qu’un siècle plus tard qu’ont débuté les recherches sur des troubles qui apparaissent dès le jeune âge, troubles baptisés « dys ». Les premières études ont porté sur la dysphasie (trouble du langage oral) et la dyslexie (trouble du langage écrit). Ont ensuite été étudiés la dysgraphie (difficulté de gestes), la dyscalculie (difficulté à calculer) et le syndrome dys-exécutif (plusieurs troubles : attention, mémoire de travail, inhibition). Les recherches ont permis des avancées décisives depuis une vingtaine d’années. Toutefois ces troubles sont encore très souvent mal diagnostiqués et non traités comme il le faudrait. Ils sont fréquemment étiquetés « troubles de l’apprentissage » ou « trouble du déficit de l’attention », quand ce n’est pas « autisme ».

On est encore loin d’un consensus sur l’étiologie et le traitement, surtout en France. Les neuropsychologues considèrent les « dys » comme des handicaps, des atypies développementales liées à un déficit de réseaux spécifiques de neurones. Ils estiment qu’il faut procéder à des apprentissages ciblés, méthodiques et répétés de tâches segmentées, sollicitant peu de fonctions cognitives à la fois. Pour les psychanalystes, les troubles « dys » sont des symptômes de conflits affectifs inconscients, des « marques de jouissances » (sic) qu’il faut laisser s’exprimer. Pour eux, « raboter » ces troubles par des « dressages » est « une technique despotique », une « entreprise de normalisation ».

L’auteur forme, à l’université de Bourgogne, des étudiants qui enseigneront à des enfants handicapés. Il prend clairement position dans « la guerre des psys » en consacrant plusieurs dizaines de pages à démonter les arguments des psychanalystes. Il n’expose pas ici en détail les procédures de diagnostic et de traitement. Pour cela, on peut consulter les publications de l’auteure de sa préface, le Dr Michèle Mazeau, spécialiste renommée de neuropsychologie1. L’objectif du présent ouvrage est l’analyse des obstacles au traitement des enfants « dys » et à leur « inclusion » dans l’école.

La première partie du livre examine, de façon détaillée, les textes officiels français concernant les handicaps et la scolarisation des élèves « dys ». La deuxième partie analyse méthodiquement les arguments des tenants de la psychanalyse et de la neuropsychologie concernant l’étiologie et les traitements. La troisième envisage les réactions des enseignants face aux enfants atteints de « dys » et émet des propositions pour faire évoluer la situation. L’auteur, philosophe de formation, est manifestement très bien informé des connaissances scientifiques actuelles sur le sujet. Il écrit de façon rigoureuse en fournissant toujours les références précises de ses informations. Des lecteurs d’autres pays pourront regretter qu’il soit resté centré sur la situation en France.

1 Voir par exemple Conduite du bilan neuropsychologique chez l’enfant, Elsevier Masson, 2011, 469 p., ou, avec Alain Pouhet, Neuropsychologie et troubles des apprentissages chez l’enfant, Elsevier Masson, 2014, 432 p.

Mis en ligne le 25 décembre 2018
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