Dossier - Les intoxications alimentaires

Le naturel est chimique

par Kevin Moris - SPS n°322, octobre / décembre 2017

La chimie fait peur. Elle évoque des mélanges dangereux, elle utilise des noms compliqués. Pourtant, dans la nature, tout est chimique. La chimie, en tant que science, étudie la composition de la matière, décrit ses propriétés, analyse les interactions et les transformations qui peuvent s’opérer et produit les connaissances nécessaires à une meilleure maîtrise de la matière pour les usages de l’être humain.

Une fraise tout à fait naturelle

Quoi de plus naturel qu’une fraise ? Auriez-vous soupçonné, derrière cette description (voir encadré), la composition de ce fruit fort apprécié ?

Ingrédients

Eau (90,9 %), sucres (4,9 %) (dont fructose 50 %, glucose 41 %, saccharose 9 %), fibre de cellulose E460 (2,0 %), sels minéraux, acides gras (<1 %) (dont acide gras oméga-6 : acide octadécadiènoïque 42 %, acide gras oméga-3 : acide octadécatriènoïque 31 %, acide octadécaènoïque 20 %, acide hexadécanoïque 6 %, acide octadécanoïque 1 %, acide hexadécanoïque <1 %), acides aminés <1 % (dont acide aspartique 26 %, acide glutamique 17 %, leucine 6 %, alanine 6 %, lysine 5 %, glycine 5 %, arginine 5 %, proline 4 %, sérine 4 %, tyrosine 4 %, thréonine 4 %, isoleucine 3 %, phénylalanine 3 %, valine 3 %, histidine 2 %, tryptophane 1 %, cystéine 1 %, méthionine <1 %), conservateurs (dont E236, E296), colorants (dont E160a, E161b, E161c, E140, E161d, E161e, E161g, E161h), E300, E307, folate, choline, bétaïne, phytostérols, arômes (dont 2,5-diméthyl-4-hydroxy-2H-furan-3-one, 2,5-diméthyl-4-méthoxy-2H-furan-3-one, gamma-décalactone, gamma-dodécalactone, 2-furfural, 5-hydroxyméthylfurfural, limonène, linalol, (E)-nérolidol, E1510, hexanol, octanol, butanoate de méthyle, butanoate d’éthyle, hexanoate de méthyle, hexanoate d’éthyle, éthanoate d’hexyle, éthanoate de (E)-2-hexèn-1-yle, éthanoate de butyle, octanoate de méthyle, octanoate d’éthyle, butanoate de 2-méthyloctyle, hexanoate d’octyle, butanoate de décyle, éthanoate de décyle, méthanethiol, 3-méthylbutanoate d’éthyle, géraniol, E210, acétate de farnésyle, mésifurane, anthranilate de méthyle, méthional, diméthoxyméthane, 1-butoxy-1-éthoxyéthane, 2-(4-hydroxyphényl)-éthyl-bêta-D-glucopyranose.

Source : Kennedy J, “Ingredients of an All-Natural Strawberry”, 2014. Sur le site jameskennedymonash.wordpress.com

Les noms inquiètent. Mais finalement, qu’est-ce donc que le E300, sinon de la simple vitamine C ? Le fait qu’elle porte une nomenclature renvoie au fait qu’elle a été autorisée comme additif alimentaire pour son rôle antioxydant. Son nom chimique est « acide ascorbique » et sa formule chimique est C6H8O6. En réalité, la composition d’une fraise est encore plus complexe. L’enseignant australien qui propose cette description d’une fraise nous indique qu’« on pourrait trouver des milliers de composés différents, mais la plupart sont à des concentrations trop faibles pour être détectés ».

Faut-il s’inquiéter du monoxyde de dihydrogène ?

Pour rire, l’Association pour le bannissement du MODH a été créée. Son objectif, obtenir l’interdiction totale du monoxyde de dihydrogène. Elle a diffusé une pétition rappelant les dangers du produit, objet d’une alerte lancée il y a déjà 34 ans (voir encadré).

Bien sûr, c’est une parodie. Le MODH n’est qu’un sigle inutilement inquiétant pour désigner… l’eau ! Mais de nombreuses personnes se sont laissé piéger par ce canular qui réapparaît régulièrement depuis des décennies.

Une boîte de « petit chimiste »… sans produits chimiques

Le caractère dual de la chimie, à la fois activité scientifique et source d’inquiétude sociétale, est parfaitement illustré par la boîte de « CHIMIE – 150 expériences » destinées aux enfants à partir de 10 ans. Il s’agit de faire des expériences de transformations par mélange de liquides ou solides fournis, qui ne présentent pas de danger particulier. Pour rassurer l’acheteur, la mention « sans produits chimiques » figure sur la boîte… mais on fait évidemment de la chimie avec des « produits chimiques » !

Pour l’interdiction totale du monoxyde de dihydrogène

Il y a 34 ans était lancée la première alerte relative aux dangers d’une substance chimique inodore, incolore et à laquelle nous sommes tous exposés quotidiennement : le monoxyde de dihydrogène (MODH) – notamment connue sous d’autres noms, tels qu’hydroxyde d’hydrogène, ou acide hydroxyque.

Ce produit fait l’objet d’un intense lobbying. Gouvernements et armées dépensent annuellement des milliards d’euros pour le stocker et le contrôler. C’est notamment un produit que l’industrie chimique utilise couramment comme solvant et diluant, connu pour entraîner la corrosion et la destruction de nombreux métaux.

Or on parle d’un produit omniprésent dans notre environnement. On le retrouve en quantités substantielles dans tous les fleuves de France et jusque dans l’alimentation : les surgelés, les fast-foods, mais également les produits bio.

In vitro, on a observé que le MODH pouvait provoquer l’éclatement des cellules humaines. Il est retrouvé dans toutes les biopsies de lésions pré-cancéreuses et dans les tumeurs de malades du cancer en phase terminale. Une ingestion de MODH a aussi des effets biologiques avérés à court terme, telle que sudation et miction excessive. En augmentant les doses, on peut observer des sensations de ballonnement, de nausées, des vomissements, et cela peut aller jusqu’à des déséquilibres électrolytiques pouvant entraîner le coma. Concernant son inhalation, même en faible quantité, elle peut causer une mort par asphyxie. C’est d’ailleurs pour cette raison que le MODH est utilisé dans certains protocoles de torture, comme ce fut le cas à Guantanamo. L’OMS estime à 372 000 le nombre annuel de morts liées à son inhalation accidentelle. 91 % de ces morts se produisent dans les pays les moins favorisés.

Et ce ne sont pas les seuls aspects à évoquer du point de vue de la santé : le contact prolongé avec les formes gazeuse ou solide du MODH peuvent causer de graves brûlures et entraîner des lésions des tissus.

Le MODH, c’est aussi le principal constituant des pluies acides. Il est à l’origine avérée de catastrophes écologiques innombrables, sachant qu’il est relâché en grande quantité par les centrales nucléaires, directement dans les rivières ainsi que dans l’atmosphère, alors même qu’il s’agit d’un puissant gaz à effet de serre. On en retrouve jusqu’au Pôle Nord.

Concluons sur ces mots : toutes les personnes qui sont entrées en contact avec du MODH sont mortes ou vont mourir [...]. On parle pourtant d’un produit en accès libre.

Pétition de l’Association pour le bannissement du MODH. Sur www.change.org

Mis en ligne le 24 mars 2018
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