Clonage des animaux : le permis et l’interdit

par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 315, janvier 2016

Le clonage est un mode artificiel de reproduction non sexué. Pour diverses raisons, il est apparu intéressant d’obtenir des clones d’animaux [1]. Le clonage qui a donné naissance à la brebis Dolly avait pour but de faciliter l’obtention de protéines médicaments dans le lait de mammifères transgéniques. La technique la plus utilisée actuellement pour obtenir des mammifères transgéniques d’élevage consiste en effet à transférer les gènes d’intérêt dans des cellules d’organes qui, après transfert de leurs noyaux, donnent naissance à des clones transgéniques.

Le clonage permet aussi de produire des clones d’animaux d’élite. Ces clones peuvent être utilisés dans des élevages comme géniteurs de hautes valeurs génétiques. Les descendants des clones obtenus par reproduction sexuée classique sont dépourvus des anomalies des clones d’origine. Le clonage peut également être mis en œuvre pour sauver des races voire des espèces en péril. Les principales espèces concernées par le clonage sont dans la pratique les bovins, les porcins, les ovins, les caprins et les équins. Un cas particulier est celui de l’élevage des chevaux pour le saut d’obstacles. Traditionnellement, ces chevaux sont sélectionnés pour leurs performances après avoir été castrés dans le but de les rendre dociles. Les meilleurs chevaux se révèlent à l’âge adulte. Ils sont stériles et ne peuvent donc être reproduits que par clonage.

Le clonage des animaux d’élevage destinés à la production de nourriture est une pratique courante mais non intensive dans un certain nombre de pays. L’Europe a mis en place une réglementation qui vient d’être mise à jour par un vote du Parlement Européen [1,2]. La Commission Européenne était favorable à l’importation de clones vivants, d’embryons, de sperme et de produits issus de clones, à défaut de réaliser les clonages proprement dits. La position de la Commission faisait ainsi clairement une concession aux pays producteurs et consommateurs de clones, en particulier les USA, pour éviter des conflits commerciaux. Le Parlement l’a entendu d’une autre oreille. Les risques alimentaires des produits issus de clones ne sont pas véritablement en jeu, l’EFSA (European Food Safety Authority) s’est clairement exprimée sur ce point. Le Comité d’Éthique Européen, le Parlement Européen, l’EFSA et les consommateurs considèrent que les bienfaits apportés par le clonage ne justifient pas la souffrance accrue par des pathologies diverses, notamment le syndrome du gros veau, infligée aux mères porteuses de clones et aux clones eux-mêmes [3].

La sélection génétique est réellement améliorée par le clonage de reproducteurs connus pour leur haute performance mais la sélection par marqueurs génétiques basée sur la correspondance entre des séquences d’ADN génomique et les performances agronomiques des animaux s’avère plus efficace que la sélection par clonage. Les sélectionneurs et les éleveurs sont de ce fait modérément demandeurs du clonage.

Deux autres problèmes restent à prendre en considération : la traçabilité et l’étiquetage des produits issus des clones. Le manque de traçabilité peut entraîner une difficulté dans la gestion du patrimoine génétique des troupeaux en partie parce que les clones ne sont pas génétiquement identifiables. L’absence d’étiquetage des produits peut de plus frustrer ceux qui souhaitent bénéficier de la liberté de consommer ou pas des produits issus de clones.

Le vocabulaire employé au Parlement par la rapporteuse du dossier, Renate Sommer, qui a qualifié le clonage de « torture animale », ne prend pas en compte les améliorations de la méthode de clonage qui réduisent notablement la souffrance des animaux. Faire valoir que le rendement du clonage (6-15 % chez les bovins) est plus faible que celui des autres méthodes de reproduction est un contresens car l’obtention de clones ne concerne pas la reproduction en masse mais la multiplication très limitée de quelques reproducteurs d’élite. Le rendement du clonage n’a donc qu’une importance très relative. La remarque de la députée Michèle Rivasi « On ne veut pas manger des animaux déformés pour avoir les gigots les plus gros possibles » n’est pas plus heureuse car elle révèle une incompréhension des réalités du clonage dans la mesure où les descendants des clones qui sont consommés sont des animaux normaux. Le commentaire de José Bové est conforme aux idées qu’il a toujours défendues. Il s’en prend au clonage car c’est une des méthodes les plus employées actuellement pour obtenir des mammifères d’élevage transgéniques : « on est en train d’inventer, avec les clones, des animaux transgéniques uniquement dans un objectif de brevets pour les entreprises » de biotechnologie. En s’opposant au clonage, on bloque ou freine de fait l’obtention de certains AGM (animaux génétiquement modifiés).

Le vote du Parlement ne concerne que « les animaux élevés et reproduits à des fins agricoles : les animaux élevés et reproduits pour la production de denrées alimentaires, de laine, de peaux ou de fourrures, ou à d’autres fins agricoles. Ils n’englobent pas les animaux élevés et reproduits exclusivement à d’autres fins telles que la recherche, la production de médicaments et de dispositifs médicaux, la conservation des races rares ou des espèces menacées, des manifestations sportives et culturelles ».

Références

[1] « Clonage. Le Parlement européen veut une interdiction stricte du clonage dans l’élevage », AFP, 8 septembre 2015.
[2] Résolution législative du Parlement européen du 8 septembre 2015 (P8_TA-PROV(2015)0285), « Clonage des animaux élevés et reproduits à des fins agricoles ».
[3] Houdebine L.M., Les clones animaux : en manger ou pas ? , Science et pseudo-sciences n°283.

Mis en ligne le 8 mai 2016
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