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L’électroculture : une pseudo-science à la masse

Publié en ligne le 6 octobre 2020 - Pseudo-sciences - Pseudoscience

Avec le bricolage, le jardinage est l’un des passe-temps favoris des Français. Associé aux animaux de compagnie, il constitue, d’après l’Insee, le premier poste de dépense culturelle et de loisir [1]. Mais cet attrait pour la culture du potager n’est pas épargné par le développement concomitant de techniques « alternatives » nous promettant d’obtenir naturellement, par la simple entremise des rayons cosmiques et autres « courants telluriques », des récoltes à en faire faner l’ego de nos voisins. Regard sur une pseudo-science en herbe, l’électroculture.

Une énergie gratuite…

L’électroculture serait une méthode de culture exploitant les flux électriques et magnétiques présents naturellement dans notre environnement pour favoriser la croissance des végétaux. En effet, on apprend sur le Web que « par ses racines [qui jouent le rôle d’antennes], [un végétal] capte l’électricité négative du sol et la libère par ses parties aériennes [qui] recueillent l’électricité atmosphérique positive », l’échange de ces forces déterminant « la croissance du végétal et le bon fonctionnement du système chlorophyllien » [2]. De nombreux récits de récoltes miraculeuses démontrent, si besoin était, ce fait « avéré » que « les énergies électriques et magnétiques sont partie prenante des processus du vivant » [3]. D’où l’idée venant de gens qu’il convient de qualifier d’« électro-cultivateurs » de forcer champs magnétiques, ondes cosmiques et autres courants telluriques à faire un petit saut dans leur jardin potager ou leur parterre de rocailles, avec la promesse d’obtenir « des légumes énormes, une production plus importante, une rentabilité accrue, la réduction de l’arrosage (50 à 70 %), et l’économie sur la fumure » [2]. Et tout cela pour un effort minimal. Car il semble que rien n’est plus simple que de collecter ces forces et les tutoriels ne manquent pas sur Internet pour nous apprendre à « électro-jardiner » en utilisant l’une des nombreuses techniques de la discipline.

… captée par des instruments simples

Parmi ces techniques, la boucle de Lakhovsky, également appelée « circuit oscillant de Lakhovsky », est constituée d’un fil métallique en forme de boucle dont les extrémités « restent ouvertes, pour que des électrons puissent entrer et sortir » [4]. Elle doit être positionnée autour d’une plante de manière « à interagir avec celle-ci et le champ magnétique terrestre » : en effet, il semblerait que les plantes possèdent « une couverture électromagnétique autour d’elles (biophotons) 1  » et que par conséquent « le champ émis par l’anneau Lakhovsky renforce la vigueur électromagnétique des plantes, ou permet à celles-ci de puiser certaines informations dont elles ont besoin ». On nous promet des effets spectaculaires mais qui ne seront néanmoins pas visibles avant quelques semaines ou mois. Et attention : si la plante touche le fil de métal, cela pourrait, nous dit-on, « faire un court-circuit et annuler les effets de la boucle » [6] !

La pyramide de cuivre est un autre outil de l’arsenal des « électro-fleuristes » qui permettrait, quant à lui, de « dynamiser les semences ». Ce dispositif, constitué généralement de tubes de cuivre emboîtés, créerait « une énergie particulière qui va augmenter la croissance des végétaux » mais doit pour cela respecter des proportions particulières [7] : la longueur des arêtes de la pyramide doit être égale à 0,9522 fois la longueur de sa base (qui est carrée), et chaque face doit être inclinée d’un angle de 51,85°. Mais pourquoi de si fondamentales et précises dimensions, vous demanderez-vous ? Mais par Déméter ! Parce qu’il s’agit des proportions de la pyramide de Kheops 2 ! En outre, il vous faudra absolument « orienter un côté de la pyramide au nord magnétique à l’aide d’une boussole ». Quel mécanisme gouverne donc l’action de cet édifice ? Les formes pyramidales seraient en fait efficaces pour capturer les radiations cosmiques et produire ainsi de l’énergie en leur centre [8]. Et, on nous l’assure, « des quantités d’expériences ont été réalisées sur les pyramides depuis de nombreuses décennies [avec] des résultats surprenants ». Un Américain aurait même réussi « grâce à une grande pyramide contenant en son centre une serre, à générer plus de 120 pommes de terre à partir d’une seule !  » [9]

Autre appareil, l’antenne paratonnerre dont l’utilisation repose sur la volonté « de capter les ions positifs présents dans l’air et de les relier au sol, chargé négativement, à l’aide d’un fil de cuivre [pour] accélérer le développement des micro-organismes et des plantes » [10]. Mais, là aussi, prudence : cette antenne peut être perturbée « par d’autres éléments de son environnement proche [comme] un arbre plus haut [ou] une ligne électrique ». Le cas échéant, il s’agira de « déplacer l’antenne [et] chercher un meilleur endroit pour la planter, quelques mètres plus loin »... là où la terre est plus fertile ?

Vous trouvez les solutions décrites ci-dessus trop artificielles, trop technologiques ? Aucun souci : il existe des solutions de captage d’énergie cosmique plus « écolos », comme les tours irlandaises faites de tuyaux en grès remplis de roches volcaniques [11], les antennes cosmotelluriques magnétiques à la cire d’abeille [12] ou encore les antennes en coquille d’escargot [13]… Bref, de quoi ranger définitivement vos engrais au placard ! À moins que les promoteurs de cette technique ne travaillent de l’électron, comme le dirait ce cher capitaine Haddock.

Une nouvelle magie verte

Expérience du cerf-volant de Franklin, Benjamin West (1738-1820)

En effet, malgré les logorrhées pseudo-physiques qui l’accompagnent, le fonctionnement de l’électroculture ne s’inscrit dans aucun mécanisme scientifique plausible. Les courants telluriques que certains identifient au réseau Hartmann 3 seraient des courants électriques, source d’électrons, qui parcourraient la terre d’est en ouest. Ils sont également l’un des fondements de la géobiologie de l’habitat [14] mais n’existent que dans l’imaginaire pseudo-scientifique. Les « radiations cosmiques », qui seraient capturées par les pyramides de cuivre, sont quant à elles des gerbes de particules issues de collisions entre les particules de haute énergie en provenance de l’espace et les atomes et molécules de la haute atmosphère de la Terre. De ces gerbes de particules, et hormis les neutrinos (qui n’interagissent pratiquement pas avec la matière), seuls les muons (également appelés électrons lourds) parviennent au sol avec une énergie les autorisant à traverser la roche. Difficile donc d’imaginer que ces particules puissent être canalisées dans un schmilblick en cuivre. Quant au champ magnétique terrestre, il s’agit d’un champ statique qui n’interagira certainement pas avec un bidule en fil métallique recourbé et immobile, même affublé du nom amphigourique de « circuit oscillant de Lakhovski »

L’électroculture, en alliant jargon technique, préoccupation écologique et promesse d’opulence florale prend des allures de mirliflore parmi les pseudo-sciences. Mais l’efficacité des différentes techniques de l’électroculture est chimérique. Son existence démontre à nouveau le manque d’esprit critique d’une civilisation reposant sur la science mais ignorante de ses fondements. Un socle de culture commun en science – bien plus solide qu’aujourd’hui – sera nécessaire aux générations qui arrivent pour se prémunir des salades défraîchies de l’électroculture, de la géobiologie de l’habitat, du feng shui et d’une forêt d’autres pseudo-sciences gémellaires. Il est urgent que désormais, comme Carl Sagan l’appelait de ses vœux, la science fasse partie de notre vie, de notre culture au même titre que l’art, la musique ou la cuisine [15]. Sans quoi elle restera réservée à une élite quand le commun des mortels sera laissé en pâture à d’infertiles et moyenâgeuses croyances.

Électroculture expérimentale en 1927, Queensland State archives
Références

1 | Insee, « Dépenses culturelles et de loisirs – Données annuelles de 2000 à 2018 ».. Sur insee.fr
2 | Sur bargainorgonite.com
3 | « Si on essayait l’électro-culture ? », 7 mars 2014. Sur permaculturedesign.fr
4 | « De simples anneaux métalliques pour aider des végétaux ? », 17 mai 2015. Sur permafutur.fr
5 | Point S, « Biophotons : la conscience sans la science », SPS n° 328, avril 2019. Sur afis.org.
6 | « Je teste l’électroculture : un tuto dessiné et éclairant, 4 avril 2017. Sur electroculturevandoorne.com
7 | « La pyramide utilisée en électroculture ».. Sur lesdoigtsfleuris.com
8 | « Articles scientifiques plantes et pyramides ». Sur lectroculturevandoorne.com
9 | « Matériel d’électroculture ».. Sur sylvain-berbie.org
10 |« Je teste l’électroculture : un tuto dessiné et éclairant », 28 mars 2017. Sur magazine.laruchequiditoui.fr
11 | « Les tours d’énergie », 18 avril 2015. Sur permafutur.fr
12 | « Antenne Condenseur Magnétique Cosmotellurique ». Sur electroculturevandoorne.com
13 | « Électroculture et Magnétoculture », 28 janvier 2014. Sur visionquantique.blogspot.com
14 | Point S, « Géobiologie de l’habitat : un simulacre de science », SPS n° 316, avril 2016. Sur afis.org
15 | Sagan C, Cosmos,. Marabout, 1990

1 Sur les biophotons, voir [5].

2 Kheops est le deuxième roi de la IVedynastie de l’Ancien Empire d’Égypte. On ne sait pas s’il aimait jardiner...

3 Le réseau Hartmann est un concept pseudo-scientifique convoqué par les radiesthésistes. Il s’agirait d’un entrelacement de champs magnétiques à la surface de la Terre. Les allégations sur son existence ne s’appuient pas sur des données scientifiques.


Thème : Pseudo-sciences

Mots-clés : Pseudoscience

Publié dans le n° 332 de la revue


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L' auteur

Sébastien Point

Docteur en physique, ingénieur en optique et licencié en psychologie clinique et psychopathologie. Responsable de (...)

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