L’électrohypersensibilité en huit questions

par André Aurengo - SPS n° 312, avril 2015

L’article figurant dans la revue est une version abrégée.

1. Quels sont les symptômes décrits par les personnes ?

L’électrohypersensibilité est caractérisée par des sensations désagréables, pénibles, voire douloureuses, que les intéressé(e)s attribuent à une exposition aux champs électromagnétiques, le plus souvent dus aux portables et aux antennes-relais de la téléphonie mobile.

Références
[1] « Champs électromagnétiques et santé publique : hypersensibilité électromagnétique », OMS, Décembre 2005. http://www.who.int/peh-emf/publications/facts/fs296/fr/
[2] http://www.radiofrequences.gouv.fr/spip.php?article46

2. Comment les personnes se comportent-elles ?

Ces sensations entraînent des conduites d’évitement, au risque d’un grave handicap familial, professionnel et social, pouvant aller jusqu’au choix de vivre dans des grottes pour fuir les ondes. Elles justifieraient aussi la demande de « zones blanches » sans exposition aux champs électromagnétiques.

3. Les champs électromagnétiques sont-ils en cause ?

En réalité, on recense plus de 40 études visant à tester la capacité des personnes électrohypersensibles à détecter la présence d’un champ électromagnétique (études dites de provocation), le plus souvent en double aveugle. Sur les centaines de personnes volontaires se disant électrohypersensibles explorées, aucune n’est capable de reconnaître si un émetteur est allumé ou éteint. Ce fait, solidement établi, n’est pas étonnant, car notre organisme ne dispose d’aucun système sensoriel adapté aux fréquences utilisées par la téléphonie mobile. On peut donc raisonnablement en conclure que l’électrohypersensibilité est un syndrome d’origine psychosomatique.

Références
[1] Oftedal G, Rubin GJ, Hillert L, van Rongen E. (2012) Are some people hypersensitive to electromagnetic fields ? Systematic reviews of scientific studies. EMF Spectrum 2012 ;1 :3-7. http://www.wik-emf.org/fileadmin/EM...

4. La communauté scientifique est-elle divisée ?

Il n’y a pas, sur ce sujet, de « débat scientifique » dans la mesure où les autorités compétentes nationales (AFSSET, maintenant ANSES [1]), européennes (SCENIHR [2]) et mondiales (OMS [3]) sont unanimes à s’accorder sur ce point. Ce syndrome a été rattaché à la famille des intolérances environnementales regroupant un ensemble de syndromes inexpliqués [3]. Les autorités sanitaires suédoises, contrairement à un argument abusivement avancé, ne « reconnaissent » pas que l’électrohypersensibilité est directement liée aux ondes électromagnétiques, mais seulement qu’il s’agit d’une pathologie potentiellement invalidante à prendre en charge [4]. Il existe, comme sur tout débat technique médiatisé, quelques avis discordants ultra-minoritaires qui ne s’appuient sur aucune donnée théorique ou expérimentale validée.

Références
[1] http://www.anses.fr/sites/default/f...
[2] SCENHIR (The European Commission Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks) 2009. Health effects of exposure to EMF, European commission 2009
[3] http://www.who.int/peh-emf/publicat...
[4] Audition agence santé suède, réponse Lena Hillert, dans annexe rapport AFSSET 2009 : http://www.fftelecoms.org/sites/def...

5. Rien ne serait fait pour les électrosensibles ?

En France, dans le cadre d’une étude nationale dont l’objectif est de mieux caractériser l’électrohypersensibilité, 24 consultations spécialisées ont été ouvertes en milieu hospitalier pour permettre une prise en charge adaptée, personnalisée, physique et psychologique des personnes électrohypersensibles, auxquelles il est proposé des solutions thérapeutiques1[. Mais, sous prétexte que cette prise en charge implique aussi une composante neuro-psychique, certaines associations ont appelé à la boycotter, quitte à maintenir ces personnes dans un état de souffrance injustifié et à aggraver leur situation.
Conformément aux engagements pris suite à la table ronde « radiofréquences, santé, environnement » organisée par les pouvoirs publics (2009), une étude visant à évaluer un protocole de prise en charge spécialisée des patients atteints d’intolérance environnementale idiopathique (« hypersensibilité ») attribuée aux champs électromagnétiques [1] a débuté au mois de février 2012.

[1] Référence
« “Hypersensibilité” attribuée aux champs électromagnétiques : étude clinique » http://www.radiofrequences.gouv.fr/...

6. Quels rôles jouent les associations qui se proposent d’aider les personnes dites électrohypersensibles ?

Les personnes électrohypersensibles sont le plus souvent dans le déni de l’origine psychologique de leurs troubles. Ce déni est entretenu par des associations de bonne foi qui croient leur venir en aide mais qui, en les renforçant dans leurs croyances, les détournent des circuits officiels de prise en charge. Plus grave : des lobbies les exploitent financièrement en leur proposant des équipements « anti-ondes », des appareils de mesure de champs et autres solutions censées les protéger, ou instrumentalisent leur détresse en la médiatisant à des fins politiques et militantes.

7. Quel rôle jouent les messages alarmants dans ce processus ?

Il a été démontré que les informations inquiétantes sur les dangers des ondes peuvent favoriser l’apparition de divers symptômes chez des sujets normaux (non électrohypersensibles) se croyant exposés [1,2], effet également décrit pour d’autres types d’intolérances environnementales, liée à la pollution chimique par exemple [3]. Une autre étude montre que les personnes hypersensibles présentent un plus grand nombre de symptômes lorsqu’elles sont recrutées via une ONG par rapport à celle recrutées par internet [4].

Références
[1] Witthöft M., Rubin GJ. (2013) Are media warnings about the adverse health effects of modern life self-fulfilling ? An experimental study on idiopathic environmental intolerance attributed to electromagnetic fields (IEI-EMF). J Psychosom Res. Mar ;74(3) :206-12. doi : 10.1016/j.jpsychores.2012.12.002. Epub 2012 Dec 23.
[2] http://www.charlatans.info/news/L-e...
[3] Winters W, Devriese S, Van Diest I, Nemery B, Veulemans H, Eelen P, Van de Woestijne K, Van den Bergh O (2003) Media warnings about environmental pollution facilitate the acquisition of symptoms in response to chemical substances. Psychosom Med. 2003 May-Jun ;65(3) :332-8.
[4] van Dongen D1, Smid T, Timmermans DR., Symptom attribution and risk perception in individuals with idiopathic environmental intolerance to electromagnetic fields and in the general population. Perspect Public Health. 2014 May ;134(3) :160-8. doi : 10.1177/1757913913492931. Epub 2013 Aug 2.

8. Comment finalement réellement aider les personnes qui souffrent ?

Le pseudo-débat entre la communauté médicale (dont les arguments scientifiques ont malheureusement du mal à passer la barre médiatique) et des experts auto-proclamés confortent les personnes électrohypersensibles dans leurs croyances et les condamnent à mener une vie de reclus, voire d’exclus de la société. Seule une information responsable peut permettre à ces personnes et à celles qui souhaitent réellement leur venir en aide de choisir entre les « dispositifs anti-ondes » et autres thérapeutiques non validées et des consultations dans des centres spécialisés dont l’objectif est de leur permettre de retrouver une vie normale.

Mis en ligne le 30 janvier 2015
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