La destruction des vignes OGM de l’INRA

Science et technologie sont les cibles des saccages

SPS n° 292, octobre 2010

292_37-38Le dimanche 15 août 2010, sur le coup de 5 heures du matin, une bande organisée d’une soixantaine de « faucheurs volontaires » venus de toute la France s’est introduite dans l’unité de Colmar de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et y a saccagé 70 pieds de vigne transgéniques avant d’avertir la presse et de déclarer sans rire : « nous avons agi dans la non-violence ». Ces recherches, engagées depuis 2005, avaient déjà subi un acte de vandalisme dans la nuit du 5 septembre 2009 ; destinées à lutter contre la maladie du court-noué, qui menace le vignoble français, elles avaient été reprises au printemps 2010, suite à l’avis favorable du Haut Conseil des Biotechnologies et à l’autorisation des ministères de tutelle. L’auteur des destructions du 5 septembre 2009 a été reconnu coupable de « destructions de biens destinés à l’utilité publique », un délit passible de trois ans et demi de prison et 45.000 euros d’amende. Il a été condamné à 2.000 euros d’amende et un euro symbolique de dommages et intérêt.

Plus de 70 actes de vandalisme en 10 ans

Ce ne sont pas des cas isolés. En dix ans, plus de 70 actes de vandalisme ont été perpétrés contre la recherche publique sur les plantes génétiquement modifiées en Allemagne, au Royaume-Uni, en France et en Suisse. Bon nombre de ces programmes de recherche consistaient en des essais au champ destinés à évaluer la sécurité sanitaire et environnementale des OGM. Les conditions de réalisation de tous ces essais avaient recueilli un avis favorable des instances scientifiques chargées d’évaluer les risques et les autorisations des autorités publiques concernées. Dans certains cas, ces destructions ont été accompagnées par d’autres dommages à des biens, des menaces ou des violences contre des personnes.

Contrairement au discours officiel répété à l’envi suivant lequel « nous sommes pour la recherche mais contre les OGM commercialisés », les destructeurs volontaires traquent sans relâche tous les plans de recherche, tant publique que privée. C’est ainsi qu’à la suite d’un énième saccage, le 2 juillet 2008, José Bové félicitait encore publiquement « les faucheurs qui ont été capables de neutraliser quatre parcelles d’essais » et ajoutait : « Il reste quelques essais à travers le territoire. On va s’en occuper, le travail devrait être fait ».

La science et la technologie sont les cibles des actions

En détruisant des parcelles expérimentales de la recherche publique et intégralement financées sur fonds publics, et en appelant à traquer les essais où qu’ils se trouvent, les « faucheurs volontaires » et leurs amis confirment année après année que c’est bien la science et la technologie qui sont les cibles de leurs actions, et que leur discours « oui à la recherche » relève bel et bien de l’hypocrisie. Les porte-parole des organisations dites environnementalistes et des mouvements politiques qui les soutiennent ou les animent se font remarquer par un silence assourdissant dès qu’il s’agit de la recherche publique en biotechnologies végétales. Du côté gouvernemental, l’intention mise en avant en 2008 de « soutenir les chercheurs du domaine des biotechnologies végétales et de l’agronomie » (communiqué Valérie Pécresse, 18 janvier 2008) se heurte une fois de plus à la réalité du terrain : engluées dans des compromis politiques, les autorités publiques ne parviennent pas à rendre intelligible une politique de développement scientifique et technologique en matière de biotechnologies végétales.

Un communiqué commun de l’AFIS et de l’AFBV

L’Association Française pour l’Information Scientifique et l’Association Française des Biotechnologies Végétales, dans un communiqué commun1 diffusé le 16 août 2010 ont réaffirmé leur aspiration au développement d’un progrès maîtrisé et partagé, seul à même de garantir la liberté de choix à laquelle agriculteurs et consommateurs ont pleinement droit. Elles ont condamné les actes de destruction qui empêchent la progression du savoir et occultent tout débat serein sur les plantes génétiquement modifiées. Partageant l’exaspération et la colère des chercheurs, ingénieurs, techniciens et agriculteurs pris au piège entre une hypocrisie et une incurie qui n’ont que trop duré, les deux associations exigent des autorités publiques qu’elles mettent en œuvre les mesures appropriées pour la conduite sécurisée des essais qui ont été autorisés par les agences gouvernementales qualifiées.

1 Texte intégral du communiqué.

Mis en ligne le 6 mars 2011
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