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Tycho Brahé l’homme au nez d’or

Publié en ligne le 16 août 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 263, juillet-août 2004

« [...] Kepler se leva en pleine nuit pour chercher la cachette du défunt [Tycho Brahé ]. Cœur palpitant, il se laissa guider par son intuition et, dans un long couloir, trouva entre des linges frais des monceaux de calculs. [...] Il pleura.. Il allait rendre plus qu’un hommage à l’amoureux des nuits et des étoiles. »
Extrait, page 475.

Henriette Chardak a entrepris, elle aussi, de rendre plus qu’un hommage à ces rêveurs du ciel qui nous en ont ouvert les portes. Et la tâche promet d’être à la hauteur des personnages. Son Tycho Brahé, l’homme au nez d’or, premier volet de la collection, est une œuvre magistrale. La réputation de ce grand homme a traversé les âges, faisant de lui le plus grand observateur de tous les temps. Une biographie manquait, afin de coucher sur le papier les heures glorieuses des débuts d’une astronomie qui, en cette fin de XVIe, va prendre son envol. Voilà qui est fait, en 480 pages qu’on ne parvient pas à lâcher tant elles sont ardentes, enlevées dans une grande écriture alerte et élégante, émaillées de savoureuses expressions de vieux français.

Né en 1546 dans une famille proche du roi Frédéric II du Danemark, Tycho Brahé refuse dès sa jeunesse de se soumettre à la course aux honneurs de la cour, fuit obstinément les obligations militaires et la guerre, s’écarte des religieux. En bref il repousse tout ce qui fait un grand homme de l’époque. Mais son obsession du ciel et de la connaissance va faire de lui un être humain servile, poussé à réclamer toute sa vie des subsides aux puissants de ce monde, afin de réaliser, puis entretenir, une ambition démesurée et novatrice : la construction du premier observatoire mondial sur l’île danoise de Hveen, monumental et arrogant, muni des instruments les plus précis, dont il élabore lui-même les plans et surveille la réalisation. Grâce à Frédéric II, il y parviendra, mais à sa mort, il devra jongler avec les susceptibilités de ses nouveaux maîtres.

Brahé a mauvaise réputation : dépensier, d’une exigence tyrannique, ripailleur, colérique, il a du mal à garder les nombreux assistants venus travailler avec lui.

Grâce à Tycho et à son obsession de la précision, grâce à ses observations de novae 1 et de comètes, les sphères des fixes (étoiles) d’Aristote sont tombées. Démonstration fut faite qu’il n’existe pas de sphère cristalline immuable du domaine des étoiles, puisque de nouvelles étoiles peuvent y apparaître. Grâce à ses mesures fines de parallaxe, il montre aussi que les comètes sont des objets lointains, et ne sont pas dans le domaine sublunaire (atmosphérique).

Henriette Chardak nous offre par cet ouvrage un monument à la gloire des précurseurs de l’astronomie moderne.

Les deux seuls défauts que je lui trouverai est de ne pas avoir expliqué quelques notions scientifiques (quels étaient ces problèmes liés à l’orbite de Mars sur lesquels butaient Brahé comme Kepler ?), dans un glossaire par exemple ou en annexes. Et puis j’aurais aimé trouver une carte de l’Europe du Nord pour situer l’île fameuse de Hveen, et quelques illustrations des sextants si majestueux de Brahé, qui ont fait sa réputation.

Mais le plaisir de lire ce livre est tout de même tout aussi grandiose que le personnage mis en scène. On attend avec impatience le second volet, avec la vie de Kepler, le visionnaire de Prague.

1 Ce que l’on sait aujourd’hui d’une supernova (étoile agonisante en explosion) apparaissait à cette époque comme une étoile nouvelle dans le ciel (nova).

Publié dans le n° 263 de la revue


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