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Psychologie de la vie quotidienne

Publié en ligne le 17 juillet 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 261, mars 2004

« [...] il implique de toujours garder à l’esprit que tous les comportements humains se prêtent à une multiplicité d’interprétations et que la cohérence d’une explication ne constitue nullement la preuve de sa vérité. »

Le point fort de cet ouvrage, c’est d’offrir une vision positive de nos capacités à gérer nos émotions, ainsi que leurs comportements associés. L’objectif étant de venir à bout de nos perturbations psychologiques, Jacques Van Rillaer nous présente une discipline méconnue du grand public, la psychologie expérimentale, outil d’investigation méthodique de nos agissements et de résolution active de leurs dysfonctionnements.

Un contraste saisissant s’opère alors avec la psychanalyse, domaine où la passivité règne en maîtresse, où l’analysant se voit obligé de ressasser et où l’analyste peut exercer toute manipulation sur un esprit béant.

L’auteur dénonce d’ailleurs la croyance si fortement établie que la totalité de nos troubles psychologiques trouverait son origine dans notre enfance et pourrait être guérie grâce à son exhumation par la parole. L’auteur insiste : ne perdons pas de vue que, quand un patient se met entre les mains d’un psychanalyste, il s’offre en pâture. Les conséquences peuvent être graves, comme la création de faux souvenirs de traumatismes, avec parents accusés de viols. Le temps requis pour la prétendue guérison, de séances en séances s’étalant parfois sur des années, ainsi que la fragilité et la subjectivité qui caractérisent tout souvenir, permettent ces trop fréquentes dérives.

Ne perdons pas de vue non plus que, dès trois ans, les situations vécues comme traumatisantes ne s’oublient plus. Elles n’ont donc pas besoin d’être déterrées, mais plutôt d’être gérées efficacement en vue d’une diminution de la souffrance.

La psychologie expérimentale, elle, se dote de deux armes solides : l’analyse des comportements et l’action, à la fois sur nous-mêmes (repérage et gestion des émotions), et sur notre environnement (évitement des situations stressantes ou au contraire familiarisation progressive aux contextes générateurs de phobies).

En psychologie, le comportement est au centre des préoccupations du thérapeute. Il est « l’unité de base de l’observation en psychologie, seule réalité objective ». S’en tenir à cette stricte réalité, c’est éviter les confusions entre comportement observé et révélation d’une identité plus profonde, sorte de noyau dur qui piloterait l’individu. Ce noyau dur, caché, c’est le fameux inconscient, appelé sans cesse à la rescousse, et qui ne quitte plus guère le devant de la scène contemporaine en matière de psy. L’inconscient dont parle ici l’auteur est cet « ensemble de processus non conscients » dont se préoccupe la psychologie scientifique et n’a rien à voir avec cet « Autre », qui n’existe pas, mais dont le freudisme prétend avoir fait la découverte.

Bien sûr, Jacques Van Rillaer l’admet, l’inconscient représente une bonne part de nous-mêmes. C’est d’ailleurs à lui qu’il faut rendre hommage dans tous nos automatismes, fruits des apprentissages de l’enfance, puis relégués, par économie, dans un secteur qui opère sans que nous ayons à réfléchir.

L’inconscient est aussi responsable de quelques conditionnements formés dans l’enfance, qui ressurgissent parfois inopinément dans notre vie, mais qui ne sont pas totalement occultés à la conscience.

Car la réalité profonde de l’être humain, c’est bien sa conscience, la seule qui lui permette d’agir efficacement. L’ouvrage de Van Rillaer est en cela une œuvre salutaire, par sa démarche de démystification de quelques préjugés :
- La psychanalyse est une prise de pouvoir sur le patient, puisqu’elle le met en position de réceptivité totale.
- L’inconscient n’est pas un autre « moi » ; il n’est ni occulté, ni indépendant, ni dictateur.
- Se connaître soi-même par le biais de l’autoanalyse ne mène à rien, sauf à ressasser, à amplifier les troubles ressentis, et à tomber dans l’hypocondrie.
- La guérison n’intervient pas par la seule parole. L’action, de surveillance et de contrôle, est cruciale.

Tous les propos et les affirmations de l’auteur sont abondamment illustrés d’expérimentations ou de témoignages très vivants issus de son expérience de thérapeute. Toutes les références, abondantes, sont en fin d’ouvrage. La psychologie de Jacques Van Rillaer nous fait définitivement rompre avec la pétrification et l’impuissance où nous avaient cantonné les théories de l’inconscient. Elle nous fait renouer avec une conscience et une volonté dynamiques, et rend ainsi sa noblesse à notre libre arbitre.

Publié dans le n° 261 de la revue


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