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Michel Rouzé, mon vieil ami

Publié en ligne le 27 novembre 2008 -
par Jean-Claude Pecker - SPS n° 262, mai 2004

Michel Rouzé, mon vieil ami, que de combats n’avons-nous pas menés côte à côte !...

J’ai connu Michel du temps des années soixante, où il animait la revue Diagrammes 1. Le journaliste scientifique qu’il était ouvrait sa curiosité dans toutes les directions. Le militant qu’il était aussi savait regarder d’un œil critique, et inquiet, le développement (qui devenait envahissant) de l’irrationnel.

On ne s’étonnera pas de nous retrouver dans les rangs de l’Union Rationaliste, puis dans ceux du Comité Français pour l’Étude des Phénomènes prétendus Paranormaux (le CFEPP), créé à l’instigation d’Evry Schatzman et d’Yves Galifret, mais qui fut au début, et pour éviter les confusions, présidé par Alfred Kastler 2. Rouzé en fut quelque temps après moi, un secrétaire général actif ; on se réunissait alors souvent à Science et Vie où Philippe Cousin (qui fut lui aussi secrétaire général du CFEPP) nous accueillait et où nous poursuivions le combat.

La revue Planète

La revue Planète, dont le premier numéro sort en octobre 1961, fut créée suite au succès du livre de Louis Pauwels et Jacques Bergier Le matin des magiciens paru en 1960. Louis Pauwels dirigera lui-même Planète. Elle se veut messagère de la parole de Teilhard de Chardin « Seul le fantastique a des chances d’être vrai ». Un adversaire de choix pour le rationalisme…

Parmi ces combats, il y eut celui qui nous avait opposé (avant le CFEPP) à Planète, celui qui nous opposa au Colloque de Cordoue, et bien d’autres, tout particulièrement celui qui fut le dernier acte du CFEPP, la démonstration de l’inanité des idées astrologiques de Michel Gauquelin 3.

Le colloque de Cordoue

Le colloque de Cordoue a eu lieu en octobre 1979 sur le thème « Science et conscience ». Il prétendait sceller l’alliance entre le spiritualisme et le rationalisme. Ses participants puisaient leurs références dans des théories syncrétistes comme la Kabbale, l’alchimie, ainsi que la psychanalyse et l’occultisme.

Le camp des scientifiques rationalistes eut l’occasion de rejeter ces dérives lors du colloque de Tsukuba en 1985.

Rouzé, conscient des responsabilités très larges de l’Union Rationaliste, qui ne pouvait pas se concentrer uniquement sur la dénonciation des pseudo-sciences, créa l’AFIS. Très tôt, nous avons échangé bien des notes, bien des informations. L’astrologie était notre bête noire. Science et pseudo-sciences, qui justifiait l’existence de l’AFIS, devenait l’organe de ses indignations. Seul, il rédigea presque jusqu’à ce que la plume lui tombe des mains, les vigoureuses attaques contre l’homéopathie, l’astrologie, la voyance, les phénomènes prétendus paranormaux...

C’est Rouzé qui introduisit l’AFIS (et l’Union Rationaliste) dans le circuit international des « sceptiques », en organisant à Paris la première visite de Paul Kurtz, créateur du CSICOP américain 4. Ce ne fut pas sans poser divers problèmes de connexion... Mais ces contacts internationaux sont utiles, et même nécessaires.

Me voilà aujourd’hui « ancien Président de l’AFIS ». Je suis heureux que Michel Rouzé m’ait un peu désigné comme son successeur ; je l’ai ressenti comme un honneur, et j’espère que mon action ne l’a pas déçu. Il a vécu assez pour voir paraître plusieurs années de Science et pseudo-sciences, nouvelle formule, – et je crois qu’il en a été satisfait.

J’ai peu parlé de l’homme qu’était Michel. Ferme dans ses convictions, souvent incisif dans l’expression de ses critiques, travailleur infatigable, il restait un inaltérable optimiste, souriant, ouvert aux idées des autres, comme une sorte de jeune grand-père à mes yeux d’alors... Nous lui devons beaucoup, et sa mémoire restera pour nous tous, ceux de l’AFIS, très présente, – sa mémoire, celle d’un humaniste, humain, tutélaire et bienveillant.

Michel Rouzé (1910-2004) : Biographie illustrée - Autres témoignages Yves Galifret, Philippe Cousin, Albert Jacquard

1 Diagrammes est la revue qu’a dirigée Michel Rouzé de 1957 à 1966. Quand Diagrammes a cessé de paraître, il a créé en 1968 Science et pseudo sciences afin de garder le lien avec ses lecteurs.

2 Alfred Kastler, né en Alsace en 1902, fut Prix Nobel de physique en 1966, et décéda en 1984.

3 Démonstration fut faite, étayée par un protocole sans faille, et en collaboration avec Gauquelin, que la planète Mars n’avait pas d’influence sur les sportifs. Pour en savoir plus, lire : Claude Benski, Dominique Caudron, Yves Galifret, Jean-Paul Krivine, Jean- Claude Pecker, Michel Rouzé et Evry Schatzman, The Mars Effect, Prometheus Books, 1996. Ce livre est disponible au siège de l’Union rationaliste.

4 Committee for the Scientific Investigation of Claims of Paranormal.

Publié dans le n° 262 de la revue


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