Le Navigateur du monde parallèle

par Igor Ziegler et Jean-Pierre Thomas - SPS n° 200, novembre-décembre 1992

Par deux fois, au cours de cette année, la télé a remis en vedette Jean-Claude Ladrat, dont les exploits, depuis une douzaine d’années, sont recueillis par les médias avides d’insolite.

Il y a vingt-six ans cet ancien marin, né en 1945, et reconverti depuis les années soixante-dix dans l’affutage des scies à Germignac (Charente-Maritime), a reçu la révélation : le fameux "triangle des Bermudes" où les navires s’englousssent (voir Science et pseudo-sciences, numéros 74 et 77) est la porte d’un monde parallèle !

Tout a commencé à l’époque où Ladrat était matelot de pont à bord du Palma, un pétrolier suédois. "Un jour où nous naviguions dans les eaux du Triangle" raconte-t-il "nous avons été enveloppés d’un brouillard doré, totalement irréel, alors qu’il n’y a en principe jamais de brouillard à cette latitude..." (On se demande à quoi tient cette impossibilité. - Note du météorologue de service.) "... Cela a duré plusieurs minutes, le bateau a même été dévié de sa route. Nous n’avons jamais réussi à expliquer ce phénoméne." (On se demande ce qu’il y a de mystérieux à ce qu’un bateau s’égare un instant dans un banc de brouillard.)

Bref, le soir même, Ladrat sent son esprit "emporté vers ce monde parallèle" dont l’entrée est le Triangle des Bermudes. Comment franchir la porte ? L’idée lui vient illico d’un moteur spécial. Il décide de tout sacrifier à la réalisation de son rêve. Il quitte le Palma lors d’une escale et rentre en France pour s’installer dans la ferme familliale de Germignac. Il y construit une première "Soucoupe" de 800 kg, en contreplaqué marine (mousse plastique et feuilles d’aluminium). Elle est propulsée par son fabuleux moteur : deux batteries de 12 volts alimentent 200 aimants, grâce à une dialyse (échange de molécules) entre plomb et cuivre. Ces métaux créent un champ électromagnétique dont les ondes sont en fait des ondes cérébrales amplifiées et recueillies "par apposition des mains" (du moins, si nous avons tout saisi...). Grâce à ce dispositif la soucoupe pourrait se déplacer, s’isoler du froid comme de la chaleur, et se rendre invisible (probablement pour ne pas se faire remarquer par les habitants du monde parallèle). Elle engendrerait un champ de répulsion par rapport au champ magnétique terrestre. L’inventeur a tout prévu : l’oxygène lui serait fourni par des "plantes spéciales".

Son engin terminé, Ladrat s’embarque le 7 décembre 1983 à bord d’un cargo pour Dakar. Là bas, son moteur brûle à cause d’un "poids excessif" lors d’une tentative de décollage. Nullement découragé, Ladrat ajoute un mât et une voile à sa soucoupe devenue flottante et se fait remorquer par un plaisancier jusqu’au large de l’île de Gorée.

En février 84, un chalutier de Concarneau repêche une bouteille à la mer : le navigateur spatio-temporel fait savoir qu’il est en bonne santé. En mars, il est recueilli par un bateau espagnol qui pêche le thon dans le golfe de Guinée.

L’aventure lui a fait perdre une trentaine de kilos, mais pas son optimisme. Il persévère donc et décide de perfectionner et d’agrandir sa soucoupe le diamètre atteindra 3,50 m et la hauteur 1,96 m ; trois moteurs, toujours aussi révolutionnaires, assureront au vaisseau une autonomie "pratiquement illimitée". Il devrait être prêt à la fin de cette année. Au printemps prochain commenceront les essais. Ladrat prévoit qu’il décollera vers le Triangle des Bermudes durant l’été. Nous espérons qu’il nous enverra une carte postale de l’univers parallèle.

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