L’anti-Jurassic Park - Faire parler l’ADN fossile

Ludovic Orlando. Éditions Belin-Pour la science, 2005, 272 pages, 18 €.

Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 273, juillet-août 2006

« Aucune des séquences [génétiques] prétendument antédiluviennes n’a survécu bien longtemps à sa publication. Il faut donc se rendre à l’évidence : ni les dinosaures, ni les insectes piégés dans l’ambre, aussi intacts puissent-ils sembler, ne livreront un jour d’ADN. »
Extrait, page 14.

Le ton est donné : l’auteur, docteur en paléogénétique, maître de conférences à l’École normale supérieure de Lyon, entreprend de nous faire oublier les fantasmes de clonage à partir d’ADN fossile. Mais il n’aura de cesse de nous faire partager sa passion de chercheur, en nous relatant les difficultés, les obstacles, les déceptions, mais aussi les promesses de sa discipline, la paléogénétique, depuis ses débuts en 1984. Débuts bien difficiles puisque dans les années 1990, une annonce dans Nature de la découverte de l’ADN fossile d’un charançon vieux de 100 millions d’années se révéla ensuite être... une contamination. L’ennemi le plus acharné de la paléogénétique venait d’entrer en scène. Depuis cette bévue et quelques autres, nos chercheurs d’ADN fossile ont déclaré la guerre à ces contaminations, véritables fléaux nécessitant une multitude de vérifications, de gestes stériles, dans un environnement isolé, décontaminé. Il reste que la minutie, la rigueur, les techniques pointues permettent des découvertes fabuleuses dans tous les domaines : résoudre quelques grandes énigmes de l’histoire, suivre à la trace le bacille de la tuberculose, synthétiser le virus de la grippe espagnole, issu d’un virus aviaire, afin de préparer un vaccin, confirmer ou infirmer le scénario d’évolution de certaines espèces, expliquer des disparitions de populations animales par l’analyse du polymorphisme de leurs gènes.

L’auteur met bien en avant les limites de sa discipline et abat quelques idées reçues : non, l’ADN n’est pas mieux conservé quand le corps qui le contient est en bon état (l’emprisonnement dans l’ambre) ; non, ce n’est pas le temps qui cause les plus gros dégâts sur l’ADN car une dégradation sévère débute dès la mort de l’individu ; non, les momies et les déserts ne sont pas les lieux les plus aptes à le conserver. Les plus propices sont les glaces des pôles et les permafrosts1.

Le propos est vivant et s’adresse à tout lecteur. Pour les plus courageux, un petit « livre de cuisine du paléogénéticien », en fin d’ouvrage, développe les techniques d’amplification de l’ADN, ses erreurs possibles, ses atouts, la lutte contre les contaminations (l’ennemi est au labo, l’ennemi est dans le sol), et comment on nettoie l’ADN pour mieux le scruter.

Lancez-vous dans un livre passionnant, novateur, qui vous parle du passé avec un dynamisme et un plaisir contagieux. Cette contamination-là, personne ne s’en plaindra.

1 Sol perpétuellement gelé des régions arctiques.

Mis en ligne le 9 juillet 2007
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