Quand un Prix Nobel continue de s’égarer... 35 autres Prix Nobel réagissent

par Jean-Paul Krivine

Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008 pour sa contribution à la découverte du lien entre le virus HIV et le SIDA, s’est déjà attiré nombre de critiques pour s’être aventuré sur le terrain de spéculations hasardeuses et non fondées. Ainsi, en 2002, a-t-il proposé au pape Jean-Paul II, atteint de la maladie d’Alzheimer, des gélules à base de papaye fermentée dont il assurait qu’elles protégeaient du vieillissement. Dans le même temps, Luc Montagnier a repris à son compte la théorie de la « mémoire de l’eau » du professeur Benveniste selon laquelle les molécules d’eau peuvent garder trace (mémoire) de produits qu’elles ont rencontrés antérieurement, donnant ainsi une base à l’homéopathie dont les dilutions infinitésimales se heurtent aux lois fondamentales de la chimie. Il va également s’approprier la « théorie de la biologie numérique » du même Benveniste, postulant l’émission d’ondes électromagnétiques à basse fréquence par des ultra-filtrats de bactéries ou de virus. Luc Montagnier affirme ainsi avoir mis au point un dispositif lui permettant d’identifier une infection chez des enfants présentant des symptômes du spectre autistique1. Selon lui, le traitement par antibiotique de ces enfants conduit, pour 60% d’entre eux, à la disparition des symptômes de l’autisme et à l’intégration dans une scolarité normale.

Inutile de rappeler qu’aucune de ces allégations n’a été confirmée par la communauté scientifique, que ce soit les vertus de la papaye2, la mémoire de l’eau et la biologie numérique3, ou encore une cause bactérienne à l’autisme4.

Poursuivant sur cette voie, Luc Montagnier encourage la rumeur sur le lien entre autisme et vaccination (voir l’article sur l’affaire Wakefield dans le numéro 302 de SPS), et d’une façon plus générale, semble remettre en cause le bien-fondé de la vaccination.

La controverse vient de faire à nouveau irruption dans le champ médiatique. Une quarantaine de Prix Nobel ont écrit une lettre5 au président du Cameroun pour protester contre la récente nomination de Luc Montagnier à la tête d’un laboratoire de recherche du pays. Tout en reconnaissant que les nouvelles idées sont au cœur de la science et de la recherche, les scientifiques rappellent que, dans la mise en œuvre de traitements médicaux, « il convient d’être extrêmement prudent avant de changer des thérapies qui ont fait leurs preuves ». Ils font part de leur inquiétude à propos des « solutions [de Luc Montagnier], qui n’ont aucun début de preuves scientifiques » et pourraient avoir « un impact désastreux sur la qualité du système de santé du Cameroun ».

Mis en ligne le 9 septembre 2012
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