L’évolution à l’école - Créationnisme contre darwinisme

Corinne Fortin. Armand Colin, 2009, 159 pages, 15,10 €

Note de lecture de Gabriel Gohau - SPS n° 290, avril 2010

L’auteure est professeure de sciences de la vie et de la Terre (SVT) et chercheur associée à l’Institut National de Recherches pédagogiques (INRP). Elle est auteure d’une thèse de doctorat de didactique sur ce même sujet (Paris VII). Elle est donc à l’interface de deux connaissances : celle de l’évolutionnisme (y compris son historique et son enseignement) et des réactions des élèves.

L’évolutionnisme est une théorie scientifique, il est enseigné comme tel et ne peut être soumis aux aléas des idéologies des élèves, non plus que des enseignants. Cependant, la laïcité de l’enseignement exige que les professeurs respectent les idées religieuses de leurs élèves. On se souvient que dans sa lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883, Jules Ferry leur disait : « Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ».

La biologie du début du XIXe siècle était encore soumise au créationnisme que Corinne Fortin nomme culturel. Je renvoie à mon analyse du livre de Thomas Lepeltier où je rappelle comment la science occupe dorénavant tout un champ que la religion s’était indûment attribué. L’enseignement se doit de faire connaître cette avancée. Pas plus qu’il ne peut ignorer Copernic et Galilée. C’est tout cela qu’il faut avoir à l’esprit en lisant l’excellent livre de Corinne Fortin. Il se divise en trois parties. Dans un premier temps intitulé « une question vive dans la société », l’auteure nous présente le créationnisme (forme traditionnelle et intelligent design), les idéologies qui entourent l’évolutionnisme : darwinisme social, eugénisme, sociobiologie et lyssenkisme, ainsi que les résistances socioculturelles à l’idée d’évolution, c’est-à-dire les conceptions des élèves qu’elle classe en pseudo-évolutionniste, transmutationniste, non évolutionniste, créationniste et concordiste, ainsi que les obstacles qui les accompagnent.

La deuxième partie nous conduit du débat scientifique à l’enseignement. Elle présente la théorie ou plutôt les théories de l’évolution en montrant leur succession. Puis elle étudie leur introduction dans l’enseignement depuis la réforme de 1902 et l’empreinte des versions néo du lamarckisme et du darwinisme. Je me souviens que lorsque j’étais jeune professeur de lycée, on distinguait des « faits » d’évolution et les théories dans lesquelles on rangeait Lamarck, Darwin et de Vries (mutationnisme).

Une dernière partie traite des enjeux éducatifs. Qu’est-ce, précisément, qu’un fait d’évolution ? Comment présenter la question aux différents niveaux d’enseignement ? Et comment s’est-elle modifiée dans notre société actuelle où elle prend en charge biodiversité, développement durable et même OGM.

Pour conclure d’un mot, disons qu’en ces temps de contestation de la théorie de l’évolution par divers créationnismes religieux, la lecture de ce petit livre est indispensable, notamment pour tous ceux qui ont l’occasion de se heurter à ces fondamentalismes.

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