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Traité d’athéologie

Publié en ligne le 26 mai 2005
Note de lecture de Pierre Blavin - SPS n° 267, mai 2005

« Quand la croyance fâche avec l’immanence, donc soi, l’athéisme réconcilie avec la terre, l’autre nom de la vie. » M. O., fin de la préface.

On ne trouvera pas dans ce livre ce que spontanément on pourrait en attendre en lisant son titre : un exposé sur le contenu philosophique de l’athéisme. Il y a plutôt un jeu sur les mots, sans doute pour nier la valeur des théologies. Tout au plus assistons-nous dans la première partie à un survol rapide de l’athéisme dans l’histoire et sommes-nous conviés dans les dernières pages à promouvoir un « athéisme post-chrétien ». Il s’agit plutôt dans les trois autres parties (p. 91 à 262) d’une déconstruction des trois monothéismes, dont le fond, quelles que soient leurs différences et leurs divergences, demeure de même nature : fascinés par une pulsion de mort, ils « n’aiment pas l’intelligence, les livres, le savoir, la science », ni le corps, les passions, la chair, les femmes... bref, n’aiment pas la vie ici et maintenant. Quasiment rien, cependant, sur les autres religions : il est sans doute moins urgent pour nous « occidentaux » de les déconstruire.

Quant à l’« athéisme post-chrétien » que Michel Onfray appelle à construire, il est en rupture avec ce qu’il appelle l’« athéisme chrétien », qu’il salue comme une étape importante dans la pensée mais qui reprend à son compte toutes les valeurs morales du judéo-christianisme. Non, l’athée n’est pas « le pire des hommes, l’immoraliste, le détestable, l’immonde, l’incarnation du mal » qu’ont stigmatisé les monothéistes mais son « éthique sans obligations ni sanctions transcendantes » doit s’affranchir du modèle judéo-chrétien.

On l’a compris, ce « traité » du fondateur de l’Université populaire de Caen est un ouvrage engagé, remarquablement argumenté dans un style vigoureux, même si parfois des redites l’alourdissent un peu.

À noter l’intérêt des seize pages de bibliographie critique. Et pour une fois, il faut absolument lire la préface ; il est vrai que c’est Michel Onfray lui-même qui l’a écrite... Magnifique, elle peut enthousiasmer l’agnostique ou l’athée et saisir tout à coup l’attention de certains croyants.


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Publié dans le n° 267 de la revue


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