Science et Pseudo-Sciences n°267

Sommaire

Éditorial. Argumenter n’est pas diffamer p. 1
Du côté de la science p. 3
Lignon contre Charpak et Broch : compte rendu de l’audience et larges extraits du jugement p. 10


PSYCHANALYSE ET ÉVALUATION
Est-il impossible d’évaluer la psychanalyse ? (J.-P. Krivine) p. 16
Un conte de fée français (Jacques van Rillaer) p. 19
La main dans un bocal de mygales (J. v. R.) p. 21


La parapsychologie : « toute une éducation à refaire » (Agnès Lenoire) p. 24
Être hors de soi (Monique Bertaud) p. 26
Science et politique : le cas Branly (Jean Günther)p. 30
Petites Nouvelles p. 33
Homo floresiensis est-il un yéti ? p. 37
Livres et revues p. 38
Sornettes sur Internet. Télépathie et physique p. 46
Lecteurs et internautes p. 50
Mots croisés p. 56

Dans l’encart
Rappel de l’organisation de la journée du 21 mai à Paris :
AG de l’association et conférence publique de L.-M. Houdebine


L’édito

Argumenter n’est pas diffamer

On a le droit de démontrer la fausseté d’affirmations paranormales ou antiscientifiques sans commettre de diffamation à l’égard de ceux qui les ont soutenues. Le présent numéro de Science et pseudo-sciences relate la fin d’un feuilleton judiciaire dont tel était le thème. Notre ami Henri Broch et le prix Nobel Georges Charpak étaient assignés en justice par Yves Lignon. Celui-ci cherche à apparaître comme la caution scientifique des tenants du paranormal, jouant pour cela de son statut d’universitaire. Mais le « débat » a bien vite quitté le champ de l’argumentation scientifique (l’a-t-il jamais occupé ?) pour aller directement sur celui du judiciaire et des demandes de dédommagement. Yves Lignon est finalement débouté de son action et condamné aux dépens.

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Si nous nous félicitons de cette conclusion, nous restons inquiets pour l’avenir. Les recours aux tribunaux vont-ils se multiplier contre ceux qui risquent de ternir l’image de pratiques juteuses ? Passe encore qu’une petite revue comme la nôtre touche tout au plus quelques milliers de personnes (et encore, notre dénonciation d’une prétendue thèse de sociologie, en réalité un plaidoyer pro-astrologique, nous a-t-il valu une plainte, heureusement classée sans suite). Mais qu’un livre corédigé par un prix Nobel et dénonçant les charlatans de l’étrange devienne un succès de librairie, cela est inacceptable. Les médias, écrits ou télévisuels doivent rester quasi-monopoles des voyants médiatiques et charlatans astrologues. Chasse gardée... L’arme redoutable étant bien entendu le porte-monnaie. Paranoïa de notre part ? Tournons-nous vers l’autre côté de l’Atlantique. Les procès y sont bien plus nombreux. Ainsi, James Randi, célèbre magicien, à l’origine de nombreuses démystifications, est-il régulièrement l’objet de plaintes de tordeurs de cuillers et autres stars riches et médiatiques du paranormal, inquiètes pour leur fond de commerce, avec des demandes exorbitantes de dédommagement.

Le tribunal de Paris a su garder raison. Pour autant, la société, les lois que votent ses représentants, la justice qui applique ces lois font-il tout ce qu’il faudrait pour nous protéger des escrocs et des charlatans ? Le problème a été abordé largement, dans nos colonnes, par les articles de notre collègue Jean Boudot intitulés « le droit face au paranormal » 1

Mais au-delà du code pénal, de la jurisprudence qui en est issue, n’y a-t- il pas un problème plus fondamental, qui est dans l’ordre des valeurs qui fondent la société ? Les affirmations paranormales, outre les dommages directs qu’elles peuvent causer, ne sont-elles pas ce que l’on pourrait qualifier de pollution intellectuelle ? Chacun a le droit de croire ce qu’il veut et de faire connaître ses idées. Mais il faut mesurer les nuisances induites. Quand un astrologue pousse un couple à se séparer car il y aurait incompatibilité des thèmes de naissance, quand un responsable du recrutement dans une entreprise prend ses décisions en se fondant sur la graphologie ou sur la numérologie, quand on donne le sceau de garantie que constitue le remboursement par l’assurance maladie à de purs placebos, ne peut-on parler de « pollution intellectuelle » ? Comment peut-on ensuite espérer que des débats importants puissent mener à des décisions rationnelles, argumentées, fondées ?

Du reste, on ne peut que s’étonner de voir les pouvoirs établis se soucier si peu de cette « pollution intellectuelle ». La « pollution physique », pollution industrielle, issue de processus économiques gérés à courte vue, est souvent dénoncée, quelquefois avec excès, voire irrationalisme. Le débat qui a entouré l’inclusion d’une « charte de l’environnement » dans la constitution a largement porté sur ces questions. Mais qui s’occupe de la pollution des esprits par des thèses absurdes ou par les propos de charlatans assoiffés de gains faciles ou de notoriété, largement relayés

1 Voir SPS 251, 253, 255 et 257.

Ce numéro est disponible en version papier

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