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OGM La peur française de l’innovation

Publié en ligne le 19 février 2014
Note de lecture de Louis-Marie Houdebine - SPS n° 307, janvier 2014

Ce livre, qui est le troisième que l’auteur a écrit sur le sujet, commence par une préface du Professeur Maurice Tubiana et il se termine par 93 notes explicatives et par les références d’ouvrages à consulter. La première partie redonne la définition de ce que sont les OGM, et plus particulièrement les PGM (plantes génétiquement modifiées), en replaçant leur émergence dans l’histoire de l’agriculture. Les PGM trouvent logiquement leur place dans la continuité qui va des premières sélections génétiques à la transgénèse. Suit un inventaire des PGM cultivées dans le monde et des dynamiques qui ont conduit à une adoption exceptionnellement rapide de ces variétés. Il est rappelé que désormais tous les continents, y compris l’Afrique, sauf l’Europe, cultivent des PGM. Les succès actuels dépassent globalement les espoirs mis dans cette aventure y compris et surtout dans les pays en développement. Cet inventaire se poursuit par un panorama des principaux projets en cours, dont certains sont très prometteurs, en particulier ceux destinés aux consommateurs humains. Après bientôt deux décennies d’utilisation des PGM, le mouvement semble irréversible et est toujours aussi dynamique. Il apparaît de plus en plus que l’obtention des PGM, comme leur culture et leur consommation, se banalise. Les techniques sont en effet maîtrisées dans un nombre croissant de pays et les premiers brevets sont devenus obsolètes. Le monopole de la commercialisation des PGM tend de ce fait à perdre de sa prégnance. La diffusion des PGM est par ailleurs de plus en plus dans les mains de multiples entreprises de sélection qui introduisent les caractères portés par les transgènes dans un grand nombre de variétés.

Ces inventaires font ressortir, sans commentaires particuliers, le fossé profond qui existe et qui s’agrandit entre, d’une part, le débat surtout centré dans l’UE, et en France notamment, sur un maïs (le MON 810) et, d’autre part, les réalités mondiales. L’auteur produit une série d’arguments montrant comment certaines ONG, les médias et les responsables politiques ont créé l’image d’un ennemi commun, les OGM, pour asseoir une politique qui ne favorise pas l’innovation. La démonstration va au-delà dans la mesure où l’auteur décrit un mécanisme plus général que celui qui touche les biotechnologies. L’auteur fait en effet remarquer que l’UE donne trop souvent la priorité à la sécurité aux dépens de l’innovation quand les deux devraient se compléter. Les conséquences sont multiples : pertes de marchés en particulier dans le domaine agroalimentaire, fuite des cerveaux et des entreprises, autocensure des chercheurs, réticence des étudiants à s’engager dans des études en biologie végétale, perte de l’expertise pour créer de nouvelles variétés comme pour évaluer les risques, perte de la culture scientifique et de la culture tout court. L’auteur voit dans ces renoncements les méfaits d’une décadence de l’Europe devenue inconsciente à force de se replier sur elle-même. Il invite l’Europe et plus particulièrement la France, très concernée par tout ce qui touche l’agroalimentaire, à sortir du confort de la décadence pour retrouver la voie des Lumières. Le livre est très factuel et le cri d’alarme de l’auteur ne se place absolument pas sur un plan polémique. Il rejoint d’autres analyses, portant sur divers secteurs d’activité de la société qui tentent de faire prendre conscience aux Européens du fait qu’ils se trouvent à un moment crucial où ils doivent redonner une priorité à l’innovation, s’ils ne veulent pas voir s’évanouir leur influence dans le monde et décevoir ceux qui attendent beaucoup d’elle. Le livre de G. Kafadaroff est d’une haute tenue et on ne peut qu’en recommander la lecture.

Publié dans le n° 307 de la revue


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