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Éditorial

Le consensus scientifique n’est pas un supermarché

Publié en ligne le 1er octobre 2019 - Intégrité scientifique -

La science occupe une place particulière dans notre société. Elle est subversive au sens où elle ne reconnaît pas d’autre autorité que les faits. Elle n’est au service d’aucune idéologie et n’est pas là pour conforter une opinion, pour dire le bien ou le mal ou pour dicter des valeurs à la société 1 .

La science nous dit qu’il y a un réchauffement climatique et que les activités humaines jouent un rôle prépondérant dans ce processus. Elle nous dit que, dans l’état actuel des connaissances, le glyphosate, dans les conditions d’utilisations préconisées, ne présente pas de risque pour la santé des particuliers, que les OGM actuellement commercialisés sont sans danger, que les vaccins sont d’une grande efficacité contre des maladies autrefois mortelles et endémiques et qu’ils présentent très peu de risques. Elle nous dit que l’homéopathie n’a pas plus d’effet qu’un placebo…

La science reste cependant prudente dans ses affirmations : elle stipule bien que ses conclusions sont valables « dans l’état des connaissances » et reconnaît que la réalité est souvent complexe. Mais elle permet de faire des constats objectifs, d’analyser et de comprendre des situations. C’est un rôle à la fois fondamental et modeste.

Fondamental, car dans l’histoire de l’humanité, être en capacité de comprendre les phénomènes naturels est relativement récent. Et c’est indispensable pour pouvoir agir efficacement.

Modeste, car cette compréhension ne prescrit en rien ce qu’il faut faire. Y a-t-il une « urgence climatique » supérieure à toute urgence sociale ou économique ? Faut-il s’appuyer sur le progrès industriel et technique ou au contraire prôner la décroissance ? Faut-il rendre obligatoires certains vaccins ? Dérembourser l’homéopathie ? Préférer l’agriculture biologique à l’agriculture conventionnelle ou à l’agriculture raisonnée ? Sur tous ces sujets, la science n’impose aucune réponse.

Un récent appel auquel l’Afis s’est associée [1] rappelait que « l’état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions » . Il existe en effet des consensus scientifiques 2 sur des sujets aussi divers que le réchauffement climatique, les risques du glyphosate, l’efficacité des vaccins, l’inefficacité de l’homéopathie, la prise en charge de la maladie de Lyme ou la supposée nocivité intrinsèque des OGM.

Ce consensus n’est pas un dogme. Il peut être librement discuté. Mais sans tout mettre sur un pied d’égalité, la parole d’un « expert autoproclamé » ou l’opinion d’une ONG, fût-elle très médiatisée, et les propos des scientifiques compétents ou l’avis des agences sanitaires.

Des « entrepreneurs de la peur » prédisent toutes sortes de catastrophes à venir pour imposer leurs préconisations et voudraient se servir de la science pour convaincre du bien-fondé de leurs solutions. Quand l’expertise ne leur convient pas, ils la disqualifient et l’accusent d’être corrompue. Et quand elle semble leur convenir, ils lui prêtent des implications qu’elle n’a pas.

Nous répétons souvent que « la science dit ce qui est, mais elle ne dicte pas ce qui doit être ». Cette formule garde toute sa pertinence face aux nouvelles controverses qui se développent régulièrement.

Science et pseudo-sciences
Références

- 1 | « La méthode scientifique oubliée dans les médias », appel proposé par le collectif No Fake Science et simultanément publié le 14 juillet 2019 au Canada par Le Soleil, en Suisse par Heidi.news, en Belgique par La Libre.be et en France par l’Opinion. Reproduit sur notre site Internet (afis.org).

1 Nous utilisons ici le mot « science » au sens de l’ensemble des connaissances acquises par l’application de la méthode scientifique, et non pas pour désigner la communauté scientifique ni les choix technologiques ou l’allocation des budgets de recherche (qui résultent de décisions de société).

2 On parle ici de consensus sur l’état des connaissances à un moment donné dans le cadre d’une prise de décision, pas d’une vérité scientifique ultime qu’il conviendrait de trancher par la majorité ou l’unanimité.