Accueil / Un monde fou, fou, fou... / Halte aux capitons, fini les jambes lourdes !

Halte aux capitons, fini les jambes lourdes !

Publié en ligne le 2 décembre 2013 -
par Brigitte Axelrad - SPS n°304, avril 2013

L’idée que les roches magnétiques pouvaient être utilisées pour guérir divers maux ou pour se protéger des ravages du temps est très ancienne et très répandue. On la trouve chez les Hébreux, les Arabes, les Indiens, les Chinois, les Égyptiens ou les Grecs. Selon la légende, Cléopâtre portait une amulette magnétique sur son front pour préserver sa jeunesse. Faute d’explication scientifique, on a imaginé que le magnétisme de certains minéraux était la manifestation de leur âme et de leur énergie. Au XVIIIe et XIXe siècles, Franz Anton Mesmer, auteur de la théorie du « magnétisme animal », pensait que le magnétisme était une force de la nature, un fluide universel, qui s’écoulait des minéraux et se répandait dans les êtres vivants, et qu’il pouvait lui-même manipuler pour guérir des malades, en combinant l’imposition des mains et l’hypnose. Ne pouvant traiter individuellement tous ses clients, il inventa les premières « thérapies de groupe » au cours desquelles les participants recevaient le « fluide » émis par le « baquet » électrique, caisse circulaire en bois de chêne. Dans le fond de ce baquet se trouvait un mélange de limaille de fer et de verre pilé par-dessus lequel étaient rangées des bouteilles, et d’où était censé s’échapper par des tiges de fer le magnétisme destiné à guérir tous les maux. [1] La suggestion très forte produite par ce dispositif donnait lieu à de véritables crises d’hystérie chez les participants. Quand l’agitation devenait dangereuse, on transportait les malades dans une salle matelassée qu’on appelait « enfer à convulsions ».

En 1784, la Commission Royale composée de membres de l’Académie des sciences et de membres de la Société Royale de médecine, tels Antoine Lavoisier et Benjamin Franklin, chargée d’évaluer la réalité du phénomène et les déclarations concernant le fameux « magnétisme animal », conclut que le « fluide universel » n’existe pas, que seule la suggestion produit les effets observés et que « la pratique de la magnétisation est l’art d’augmenter l’imagination par degrés ». [2] Malgré cette conclusion, la popularité de la guérison magnétique n’a pas pris une ride. L’efficacité de la thérapie par les aimants ou magnétothérapie n’a encore jamais été prouvée et il semble qu’on ne peut attribuer aux aimants qu’un effet placebo et d’autres effets qui accompagnent leur utilisation, comme l’effet mécanique d’un appareil de massage, par exemple.

Malgré tout, le marché de la magnétothérapie est florissant. On y vend des bracelets, des bandeaux, des boucles d’oreilles ou des colliers magnétiques, des semelles, des bandes pour le poignet et le genou, des bretelles pour le dos et le cou, et même des oreillers et des matelas. Dans leur enquête, Leonard Finegold et Bruce L. Flamm écrivent : « Leurs ventes annuelles sont estimées à 300 millions de dollars (£171m, 252m€) aux États-Unis et plus d’un milliard de dollars au niveau mondial. Ils sont présentés comme pouvant soigner un vaste éventail de maux, en particulier la douleur. Une recherche sur Google pour les termes « magnétiques + guérison » en omettant « résonance » IRM a donné plus de 20 000 pages, dont la plupart vantent la guérison par des aimants. » [3]

Sur Internet, les publicités pour des appareils magnétiques promettent beauté, jeunesse, dynamisme. On trouve par exemple des appareils de massage magnétique qui vont agir sur les capitons, prévenir ou réduire la cellulite, dynamiser les cellules et lutter contre les jambes lourdes. Les capitons, encore appelés peau d’orange, ce sont ces petites bosses disgracieuses formées à la surface de la peau par les cellules graisseuses. Cauchemar de nombreuses femmes, les capitons sont une manne pour les fabricants de gels et d’appareils de massage.

La publicité pour ces appareils procède toujours selon le même schéma : description élogieuse du produit, « appareil léger », « waterproof », « dynamique », démonstration de la simplicité de son fonctionnement à l’aide d’une petite vidéo, énoncé de sa promesse, c’est-à-dire des bénéfices quasi magiques qu’il apportera à son utilisateur ou utilisatrice, résultats « prouvés » et « éloquents » de tests gratuits, sans crème, pendant 4 semaines, sur 45 femmes bénévoles considérées apparemment comme représentatives de la population, résultats statistiques fantaisistes : lissage de la peau : 93 %, réduction des capitons : 75 %, peau plus tonique : 85 %, sensation de jambes légères : 97 %, schémas, photos ou coupes des tissus capitonnés avant utilisation et dé-capitonnés après, discours pseudo-scientifique qui joue sur l’illusion de savoir : « les 2 aimants de 4000 gauss créent un flux magnétique qui stimule la circulation sanguine ». Et, bien sûr, l’annonce du prix raisonnable au regard des performances du produit : « Un soin naturel et pratique à 24,95 € seulement ! »

Qu’un appareil de massage soit efficace par son action mécanique, c’est possible. Mais quel rôle objectif joue le magnétisme dans tout ça ? Le message publicitaire n’en a que faire. Il utilise procédés rhétoriques et biais de raisonnements pour persuader sa cible d’acheter le produit.

Une publicité pour un appareil de massage magnétique, le Celluligne Magnetic Wave [4], s’appuie sur l’appel à la tradition (argumentum ad antiquitam) : « Depuis plus de 2000 ans, l’homme utilise les aimants à des fins thérapeutiques », ou encore : « Autrefois, attribuée aux forces divines, la force de l’aimant est aujourd’hui largement reconnue et répandue outre-Atlantique aux États- Unis et au Japon. » et sur des arguments pseudo-scientifiques qu’aucune étude sérieuse ne vérifie [5] : « Les effets thérapeutiques et régénérateurs des champs magnétiques reposent sur l’attraction des pôles des aimants. Les actions antalgiques du pôle Sud et décontracturantes du pôle Nord agissent ainsi sur le traitement des douleurs et la régénération cellulaire. »

Michel Rouzé écrivait dans un article « Pourquoi nous nous intéressons (aussi) aux pseudo-sciences » : « Reconnaissons à la magnétothérapie le mérite de l’innocuité, si ce n’est pour les portefeuilles. » [7] En effet, la plupart des gadgets d’aujourd’hui ne produisent aucun champ magnétique significatif qui puisse pénétrer la peau, mais la publicité qui les vante endort les esprits pour mieux vider la caisse.

[1] Alfred Binet et Charles Féré, Le Magnétisme Animal, 1887
[2] Michel Rouzé « Mesmer et le magnétisme animal » SPS 300, avril 2012
[3] « Magnet therapy : Éditorial », Medical Journal, vol. 332, no 7532, 2006 www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/P...
[4] http://elastonic-beauty.fr
[5] www.csicop.org/si/show/magnetic_therapy_plausible_attraction/
[7] Pourquoi nous nous intéressons (aussi) aux pseudo-sciences SPS n° 155bis, juillet 1985.

Publié dans le n° 304 de la revue


Partager cet article