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Galilée et les Indiens - Allons-nous liquider la science ?

Publié en ligne le 24 mars 2009
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 285, avril 2009

« Je ne voudrais pas qu’on liquide l’esprit de la science au motif d’un mauvais usage du monde. » Page 21.

Le titre commence par intriguer : il n’est pas habituel de juxtaposer le savant qu’était Galilée et un peuple de l’Amazonie. Mais Étienne Klein va très vite nous l’expliquer. Les Indiens, c’est une étape de son parcours personnel, qui lui a fait rencontrer en 2005, grâce à une de ses étudiantes, une tribu d’Amazonie venue à Paris défendre ses droits. En les écoutant, il prend conscience que tout comme nous, ils sont doués pour la conceptualisation, la logique, l’argumentation. Ils craignent que notre monde technologique ne détruise le leur, et le défendent avec intelligence, tout en entretenant avec la nature ce lien étroit fait de mythes et de croyances. L’auteur se plonge alors dans une réflexion sur le statut de la science occidentale qui, grâce à Galilée, a rompu avec la magie pour privilégier les faits et le langage mathématique. La nature devient extérieure à l’homme et peut ainsi être étudiée. Descartes renforcera cette attitude. Étienne Klein admet que cette rupture a sans doute conduit à des excès, à une certaine arrogance. D’étudiée, la nature se retrouve répudiée. Car en introduisant l’idée d’un monde mathématique, Galilée a involontairement et progressivement vidé le monde matériel de sa substance, mettant hors réalité les affects. Affects inutiles à une analyse méthodologique, certes, mais dont le glissement vers l’inutile entraîne alors le mépris et la mise au rebut de tout ce qui est humain.

Ne croyez pas pour autant que l’intention de ce livre soit de discréditer la science moderne initiée par Galilée, bien au contraire. É. Klein va tenter de faire le portrait d’une science belle et admirable, que les étudiants dédaignent de plus en plus, et que l’on doit absolument réhabiliter, en comprenant mieux le hiatus qui la sépare de notre société. Il dénoncera avec vigueur le relativisme qui envahit les disciplines, et qui fait dire à certains de ses étudiants « qu’ils ne sont pas d’accord avec Einstein », ou que « la science n’est qu’un récit parmi d’autres ». Pourquoi le relativisme, qui affaiblit la science, est-il sur le point de conquérir et les étudiants et le public ? Parce que la quête de vérité que mènent les savants leur paraît outrecuidante. Pourtant, qu’ils y parviennent ou non, les chercheurs ont besoin de ce moteur. Ils savent que la connaissance du monde est toujours incomplète mais ils espèrent pouvoir en combler quelques lacunes. É. Klein a une très belle expression au sujet de l’ « objet-science » : il dit de lui qu’il est un « trésor d’incomplétude ».

Le petit livre de Monsieur Klein est un beau plaidoyer, très joliment écrit, où l’amour de la science parcourt les pages, comme un fil conducteur à ne pas lâcher. Malgré les constats alarmistes, il nous exhorte à rester confiants.

Voir le blog d’Agnès Lenoire Doutes à gogo

Publié dans le n° 285 de la revue


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