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Méditations sur la physique

Publié en ligne le 24 avril 2019
Note de lecture Arkan Simaan - SPS n°328 - avril / juin 2019

Méditations sur la physique

Cyril Verdet, Préface de Michel Blay

CNRS Éditions, 2018, 286 pages, 25 €

Cyril Verdet a déjà inscrit son nom dans les domaines de l’épistémologie et de l’histoire des sciences en France. Il a non seulement fourni plusieurs essais et contributions à des revues spécialisées, mais il a aussi rédigé des ouvrages didactiques et la biographie de Léon Foucault pour l’Encyclopædia Universalis. En outre, en 2013, alors qu’il venait juste d’entamer sa carrière de professeur de physique dans le secondaire, il s’attaqua à un sujet redoutable, un sujet qui a toujours inspiré de la crainte à ses collègues : il relia en effet ses cours à l’histoire de sa discipline en écrivant Problèmes de Physique tirés de l’Histoire des Sciences. Ce manuel rassemblait quarante exercices puisés dans les œuvres de Galilée, Descartes, Einstein, etc., où ses jeunes élèves touchaient du doigt les difficultés de la gestation de notre science, tout en acquérant un savoir historique indispensable à toute personne cultivée.

Méditer c’est, selon le Petit Robert, se soumettre à une longue et profonde réflexion. Ceci s’applique parfaitement aux Méditations sur la physique qui n’est nullement un livre d’histoire des sciences, mais plutôt d’épistémologie conçu par un pédagogue, ce qui le rend particulièrement intéressant non seulement pour les enseignants de physique mais aussi pour ceux de philosophie. D’autant plus qu’il est dépourvu de tout formalisme mathématique. L’auteur se propose d’y retracer « le cheminement de la pensée du physicien moderne », celle qui « commence avec Galilée et qui continue sa progression jusqu’à nos jours : la physique mathématique » (p. 21). Cyril Verdet identifie six processus dans cette construction intellectuelle : l’abstraction, la mesure, la conservation, la loi, l’ordre déductif et la théorie. À chacune de ces étapes il consacre un chapitre qu’il conseille de lire dans l’ordre, mais qui sont en réalité complètement indépendants. Chacun d’entre eux est doté d’un préambule de son cru, où il dissèque le thème, identifie et isole les points sensibles, afin de permettre au lecteur de « voir au-delà de ce qui obstrue le regard  » (p. 32) Chaque préambule débouche sur deux documents historiques, textes où des philosophes et des savants opposent leurs arguments, ou bien complètent leurs points de vue sur la question. Ces articles émanent de scientifiques et d’érudits prestigieux, parfois injustement méconnus du public : Joseph Boscovich, Ernst Cassirer, Alexandre Koyré, Pierre Duhem, Wilhem Ostwald, Émile Meyerson, Joseph Fourier, Auguste Comte, Ferdinand Reech, Denis Poisson, auxquels s’ajoute un extrait du Manifeste du Cercle de Vienne (1929). Il faut remercier Cyril Verdet d’avoir rappelé ces écrits. Ces hommes, qui appartiennent presque tous au XIXe siècle et quelques-uns à la première moitié du XXe, dissertent sur les préoccupations de leur époque. Les questions liées à la relativité et à la mécanique quantique en sont absentes. Espérons que Cyril Verdet trouvera un peu de temps pour consacrer aussi un ouvrage à cette deuxième période où règnent la relativité, la dualité onde-corpuscule, ce qui à bien des égards bouleverse la science classique, charme, séduit et fascine nombre de philosophes et de scientifiques contemporains.

Méditations sur la physique comporte une préface concise et élogieuse de Michel Blay. Dans sa conclusion, ce dernier émet un souhait que je reprends à mon compte : « Que chacun y trouve ce que j’ai trouvé : une certaine beauté révélée par le plaisir de penser ».

Publié dans le n° 328 de la revue


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