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Explosion des propositions de faux médicaments sur Internet

Publié en ligne le 14 janvier 2021 - Santé et médicament -

Internet est un formidable outil d’information, de communication et de diffusion de la connaissance, ancré dans la vie quotidienne de ceux qui ont la chance d’y avoir accès. Mais « la Toile » est également un espace regorgeant d’opportunités pour les criminels : la possibilité de cacher ou falsifier son identité et de se jouer des frontières politiques en vue de contourner les réglementations et d’échapper à la justice en ont fait le terrain idéal pour le développement de tous les trafics, y compris celui des médicaments falsifiés.

L’OMS estimait en 2015 que 50 % des médicaments vendus sur Internet par des sites dissimulant leur adresse physique étaient des faux [1]. Et 96 % des sites vendant des médicaments en ligne seraient illicites [2].

De plus en plus « professionnels », les trafiquants donnent une apparence institutionnelle à leurs sites, copient les logos officiels et usurpent les noms de domaine de sites authentiques [3] pour tromper les malades. Ils exploitent également des réseaux sociaux peu regardants, des forums de discussion, procèdent à l’envoi massif de spams ou pourriels, et manipulent les moteurs de recherche afin d’apparaître en position privilégiée aux yeux des internautes [4]. Ils offrent même parfois un service de conseil par téléphone sur la posologie et les conditions de prise de leurs faux médicaments [5] !

Face à ces techniques agressives, les pharmacies en ligne autorisées ne peuvent rivaliser. Une personne cherchant des médicaments en ligne a donc beaucoup plus de risques de tomber sur des sites frauduleux. La confusion est accentuée par la multiplicité des législations encadrant la vente de médicaments sur Internet, y compris au sein de l’Union européenne.

Trois arguments principaux sont mis en avant par les consommateurs se tournant vers Internet : un gain de temps prétendu ; la possibilité d’acquérir des produits moins chers (ce qui est loin d’être systématiquement le cas) ; l’opportunité d’obtenir sans ordonnance un médicament soumis à prescription médicale… au mépris des risques encourus.

La volonté de rester anonyme (pour l’achat de produits tels les stimulants sexuels) et l’espoir de trouver un traitement face à une pathologie lourde ou incurable (cancer, Alzheimer, Parkinson, autisme…) sont deux autres situations favorisant le recours à Internet.

Les trafiquants l’ont compris et jouent sur l’ensemble du registre pour vendre leurs produits mortifères : promotions « extraordinaires », ordonnance facultative, livraison rapide et discrète, remèdes miracles…

Dans tous les cas, les bénéfices recherchés au travers de l’achat de médicaments en ligne sont dérisoires en comparaison des risques majeurs de cette pratique. Internet est le principal canal de vente des faux médicaments dans les pays riches. Acheter un médicament sur Internet, c’est mettre sa santé en danger.

Le cas révélateur de la pandémie de Covid-19

L’épidémie de Covid-19 apparue en Chine en décembre 2019 a constitué une aubaine pour les criminels, leur offrant les conditions du développement du trafic : peur panique d’une maladie présentée comme apocalyptique, pénurie de matériel de protection, absence de médicament, communication excessive et prématurée de solutions thérapeutiques, confinement des populations accentuant les recherches de traitement en ligne.

En quelques semaines, les propositions frauduleuses ont explosé. Faux médicaments, faux masques de protection, faux tests de diagnostic et solutions hydro-alcooliques falsifiées ont envahi Internet [6]. Opportunistes, les trafiquants ont copié les logos des institutions sanitaires mobilisées (Santé publique France, etc.) et exploité les pistes thérapeutiques les plus médiatisées (en particulier la chloroquine [7]) afin de duper la population malade ou terrorisée.

Dès mars 2020, Interpol annonçait avoir saisi des dizaines de milliers de masques falsifiés et des quantités importantes de faux médicaments présentés comme antiviraux [8]. L’Organisation mondiale des douanes rapportait des découvertes similaires dans de nombreux pays (Chine, Allemagne, États-Unis, Ouganda…) et appelait l’opinion publique à la plus grande vigilance [9].

À travers Internet, les trafiquants s’affranchissent des circuits pharmaceutiques traditionnels contrôlés et atteignent directement les malades, sur tous les continents, multipliant le nombre de leurs victimes potentielles. La diffusion mondiale, rapide et massive de produits médicaux falsifiés dans le cadre de l’épidémie de Covid-19 nous rappelle que tous les pays, même les plus riches, sont exposés à la menace du trafic de faux médicaments, exacerbée dans les situations de crise (conflits, épidémies, pénuries…) en raison de la détresse des patients et de la défiance envers les institutions.

Références


1 | Fondation Chirac, « France : comment se protéger des faux médicaments sur Internet ? », avril 2016. Sur fondationchirac.eu
2 | The National Association of Boards of Pharmacy, “Internet Drug Outlet. Identification Program”, Progress Report for State and Federal Regulators, août 2017. Sur nabp.pharmacy
3 | « Lutte contre les faux médicaments : rôle d’Internet et protection du patient », 20 janvier 2020. Sur leem.org
4 | Fondation Chirac, « Internet et faux médicaments ». Sur fondationchirac.eu
5 | Fondation Chirac, « Espagne : les faux médicaments font de nouvelles victimes », janvier 2017. Sur fondationchirac.eu
6 | Organisation panafricaine de lutte pour la santé (Opals), « Faux médicaments et Covid-19 », avril 2020. Sur opals.asso.fr
7 | Organisation mondiale de la santé, « Alerte produit médical n° 4/2020 ». Sur who.int/fr
8 | Interpol, « Une opération mondiale met au jour une augmentation des faux produits médicaux dans le contexte de la Covid-19 », 19 mars 2020. Sur interpol.int/fr
9 | Organisation mondiale des douanes, « Avis urgent concernant l’épidémie de Covid-19 : fournitures médicales de contrefaçon et introduction de contrôles à l’exportation pour les équipements de protection individuelle », 23 mars 2020. Sur wcoomd.org/fr

Exemple de mise en garde de la Food and Drug Administration des Philippines sur des falsifications de vaccins contre la rage : à gauche, les faux vaccins, à droite les vaccins authentiques. Quatre éléments distinguent les étiquettes : (1) la durée de validité indiquée (24 mois pour les faux au lieu de 36 mois) ; (2) une indication est en gras dans la version authentique ; (3) des textes ne sont pas alignés de la même manière ; (4) des espaces entre certains mots sont de taille différente.
La vente de médicaments en ligne


Longtemps réticente à autoriser la vente de médicaments sur Internet en raison des risques inhérents pour la santé publique, la France a été le dernier pays à se conformer, en 2013, à cette exigence de l’Union européenne [1]. Afin d’assurer la sécurité des malades et la qualité des médicaments, cette pratique est très encadrée :

  • la vente de médicaments en ligne est réservée aux pharmacies d’officine et conditionnée à l’obtention d’une autorisation de l’Agence régionale de santé (ARS). Il ne peut exister de « pharmacie en ligne » non adossée à une pharmacie « physique » ;
  • seuls les médicaments à usage humain non soumis à prescription médicale (c’est-à-dire ne nécessitant pas d’ordonnance) peuvent être vendus sur Internet.
Logo européen

En outre, les pharmacies vendant des médicaments en ligne doivent apposer sur leur site Internet le logo européen commun en vigueur depuis 2015 (voir ci-contre), qui contient un lien vers la liste des « pharmacies en ligne » autorisées et sûres.
Le logo en lui-même pouvant être copié, il ne constitue toutefois en aucun cas une garantie de sécurité. L’internaute doit impérativement vérifier la présence du site qu’il consulte dans la liste officielle, disponible sur le site Internet de l’Ordre des pharmaciens [2], afin de s’assurer de son authenticité [3].
Références
1 | Ordre des pharmaciens, « Vente de médicaments sur Internet en France », mise à jour du 27 mai 2020. Sur ordre.pharmacien.fr
2 | Ordre des pharmaciens, « Rechercher un site autorisé pour la vente en ligne de médicaments ». Sur ordre.pharmacien.fr
3 | Fondation Chirac, « France : comment se protéger des faux médicaments sur Internet ? », avril 2016. Sur fondationchirac.eu

Publié dans le n° 334 de la revue


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Les auteurs

Marc Gentilini

Professeur émérite de la faculté de médecine (Pitié-Salpêtrière) et spécialiste des maladies infectieuses et tropicales. Il (...)

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Quentin Duteil

Docteur en pharmacie. Fortement impliqués dans l’action contre le trafic de faux médicaments au sein de la fondation (...)

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