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Regards sur la science

De la sélection… d’où viendrait tout le mal

Publié en ligne le 26 février 2014 -
par Philippe Boulanger - SPS n° 305, juillet 2013

La sélection des élèves et étudiants n’a pas bonne cote. Si la réussite à des examens et concours fondés sur le savoir et l’effort semble injuste, par quoi la remplacer ?

Par des privilèges dus à la naissance, comme sous l’Ancien régime ? Inacceptable. Par l’argent ? Le tri serait inique et peu productif. Par les relations résultant de l’origine sociale ? C’est la perpétuation de castes immuables. Par la beauté ? Le critère est utilisé dans les industries du spectacle, mais l’écrémage est impitoyable et le mérite personnel limité.

Il semble que l’égalité des chances menant à la réussite est mieux assurée par les examens scolaires que par tout autre système : l’élitisme fondé sur les qualités personnelles amplifiées par le travail est-il une si mauvaise option ?

Au XXe siècle, les meilleurs élèves, ceux qui réussissaient leurs études, n’étaient pas ceux dont les parents étaient les plus riches, bien au contraire : l’ascenseur social fonctionnait assez bien. Certes, les personnes cultivées ont tendance à prôner le savoir obtenu par l’effort personnel, et les enfants de polytechniciens ont plus de chance d’être polytechniciens. Toutefois, une certaine persistance des qualités n’est-elle pas préférable à la perpétuation de l’ignorance ?

L’intérêt social : le mot est lâché. Ce sont aussi les élites qui sont à même de créer de la richesse via l’industrie et le commerce. Le tri des examens peut faire accéder les postulants aux enseignements adaptés à leurs talents et à la demande sociale. Hélas, les médias ne jouent pas une musique encourageante : à la une du journal de 20 heures, les exactions de certains élèves sont rapportées en détail, jamais les remises des prix du concours général...

En excellent darwinien, Jean-Claude Ameisen a proposé de remplacer le concept de sélection dans les études par celui d’adaptation déterminée par les qualités décelables de l’individu. Cela pourrait être adéquat et judicieux. En France, nous avons le sentiment que l’échec à un type d’examen est rédhibitoire alors qu’il devrait engendrer une meilleure orientation en fonction des atouts du candidat. Cette faiblesse de notre interprétation du système, notre nouvelle bien-pensance, équivaut à jeter le bébé de la méritocratie avec l’eau du bain du sentiment d’injustice.

Publié dans le n° 305 de la revue


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