Sur les origines de l’effet de serre et du changement climatique

Textes de Sv. Arrhenius, T. C. Chamberlin, J. Croll, J. Fourier, Cl. Pouillet et J. Tyndall. Préfaces d’Édouard Bard et de Jérôme Chappellaz. Éditions La Ville Brûle, 2010, 278 pages, 25 €

Note de lecture de Philippe le Vigouroux - SPS n° 291, juillet 2010

291_68-69Cet ouvrage est un recueil de textes scientifiques qui peuvent être relus, aujourd’hui, dans le cadre des débats qui animent la controverse sur le climat. Le recueil est préfacé par deux climatologues, Édouard Bard, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de l’évolution du climat et de l’océan, et Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au CNRS, associé au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE) de l’Université de Grenoble. Le premier retrace en huit pages une chronologie de la climatologie depuis les observations du naturaliste voyageur Alexander von Humboldt jusqu’aux observations satellites et aux modèles actuels. Le second propose quelques pages de réflexion sur les méthodes utilisées dans cette discipline aux cours des deux derniers siècles.

Les auteurs retenus sont mathématicien (Fourier, 1824), physiciens (Pouillet, 1838 ; Tyndall 1861 et 1863 ; Croll, 1864), chimiste (Arrhenius, 1896) ou géologue (Chamberlin, 1897). S’ils ont laissé des travaux qui sont autant de jalons dans la constitution d’une science de l’évolution des climats, on en apprend peu sur les étapes de l’élaboration de la climatologie : chacun des sept textes est présenté par quelques lignes, mais on ne trouvera pas de mise en perspective historique du contexte dans lequel les recherches étaient menées et les thèses acceptées ou rejetées. On peut le regretter, mais sans doute se serait-il agi alors d’un projet tout autre que la mise à disposition de textes importants.

Si l’on s’en tient, dans cette courte note, à souligner l’intérêt d’un seul des textes, prenons celui du géologue américain Chamberlin (1843-1928) en 1897. On y trouve un certain nombre de points d’intérêt. D’abord méthodologique : Chamberlin rappelle dès les premiers paragraphes, la méthode des hypothèses de travail multiples qu’il prône depuis plusieurs années dans le domaine de la géologie. « Il pourrait être salutaire de mettre en doute certaines hypothèses actuelles concernant les débuts de la formation de l’atmosphère, et de soumettre à la critique une hypothèse ou un groupe d’hypothèses concurrent. Ajouter une hypothèse concurrente à la liste des hypothèses acceptées est une forme concrète de doute envers les hypothèses existantes et permet de maintenir les sources du doute mieux que tout scepticisme abstrait. Je pense que le système composé de multiples hypothèses de travail est celui qui fournit les conditions les plus saines pour la recherche, et que toute hypothèse supplémentaire un tant soit peu crédible est la bienvenue  ». Un autre aspect qui mérite d’être souligné est la mise en œuvre d’une certaine transdisciplinarité : géologue, Chamberlin fera déboucher ses études de la composition de l’atmosphère sur la formulation d’une théorie cosmologique de la formation des planètes. Enfin, il est celui qui impliquera les processus géologiques, comme les orogenèses et l’érosion, dans un cycle du dioxyde de carbone susceptible d’agir sur le climat. Chamberlin menait ses travaux dans la perspective d’expliquer les cycles glaciaires des temps passés et trouvait à cette date, dans la continuité d’Arrhenius, une explication interne à la planète dans les équilibres des gaz de l’atmosphère. Quelques années plus tard, il reconnaîtra avoir été victime des thèses erronées du chimiste suédois sur l’importance du CO2 dans l’absorption des rayonnements. Ce sera le déclin, pour une cinquantaine d’années, de la théorie « carbocentriste » – pour prendre un terme anachronique –, avant son retour dans les années 1950. C’est toute une mise en perspective de ce genre qu’il est dommage de ne pas retrouver dans les textes de cet ensemble1.

Mais, même s’il ne constitue pas l’histoire d’une science du climat ou l’histoire d’un changement climatique tel qu’il est perçu aujourd’hui, cet ouvrage présente le grand intérêt de mettre à la disposition de chacun des textes, traduits, assez peu aisément accessibles par ailleurs et pourtant rétrospectivement très marquants.

1 6 Pour des éléments sur l’histoire des idées à propos du climat, on pourra se reporter à l’article d’Édouard Bard, 2004, « Greenhouse effect and ice ages : historical perspective », C. R. Geoscience 336:603–638 ou aux articles et ouvrages de James R. Fleming dont Historical Perspectives on Climate Change. Oxford University Press, 1998, 194 pp.

Mis en ligne le 17 septembre 2010
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