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Joyeusetés freudiennes

Publié en ligne le 11 avril 2019
Note de lecture de Jacques Van Rillaer - SPS n°328 - avril / juin 2019

Joyeusetés freudiennes

René Pommier

Kimé, 2018, 136 pages, 18 €

René Pommier est ancien élève de l’École normale supérieure et docteur ès-lettres. Il a enseigné la littérature française du XVIIe siècle à l’université de Paris-Sorbonne. C’est un extraordinaire polémiste, qui s’attaque à des vedettes de l’intelligentsia comme Roland Barthes et René Girard. Il s’est rendu célèbre par sa critique rigoureuse de la « Nouvelle Critique » et, plus particulièrement, par son démantèlement du Sur Racine de Barthes. Il a déjà publié trois livres sur Freud : sur L’interprétation du rêve, sur Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci et sur La psychopathologie de la vie quotidienne. Ces trois ouvrages ont été présentés aux lecteurs de Science et pseudo-sciences.

Pommier revient encore à Freud parce que, dit-il, c’est une des meilleures cibles pour un polémiste : cet auteur a bénéficié d’une influence phénoménale et il énonce avec moult arguments un nombre impressionnant d’absurdités. Cette fois, Pommier examine très en détail, à la manière d’une enquêteur policier, trois textes représentatifs du freudisme. Il en fournit de larges extraits, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de les avoir lus pour bien saisir la critique.
Freud était loin de s’en tenir à la pratique thérapeutique. Une partie importante de son œuvre est consacrée à des phénomènes culturels et à des œuvres d’art. C’est le cas de son analyse du « Moïse de Michel-Ange ». Freud donne de la célèbre statue une interprétation qui a peut-être le mérite d’être très originale, mais qui n’en est pas moins tout à fait arbitraire. Selon lui, Michel-Ange n’a pas voulu représenter le Moïse qui brisera les Tables de la Loi, mais un Moïse qui a été capable, grâce à sa volonté surhumaine, de maîtriser sa colère, à la vue de la « populace » en train d’adorer le veau d’or.

Pommier fait ensuite une longue analyse du cas de Dora, une jeune fille que Freud a étiquetée, de façon très discutable, d’« hystérique ». La malheureuse Dora subissait les assiduités d’un ami de son père. Ce dernier fermait les yeux parce que la femme de cet ami était sa maîtresse. Lorsque Dora s’est plainte à son père de la situation, celui-ci l’a envoyée chez Freud « pour qu’elle retrouve la raison ». Freud n’a rien vu à redire à la situation. Au contraire, il a estimé qu’une jeune fille de quatorze ans qui refuse de se faire embrasser sur la bouche par un homme qui a l’âge de son père est une hystérique (il écrit : « Je tiendrais sans hésiter pour une hystérique toute personne chez qui une occasion d’excitation sexuelle provoque principalement ou exclusivement des sentiments de déplaisir »). Il ne cessera de faire des interprétations à contenu sexuel qui pousseront Dora à claquer la porte après onze semaines d’analyse.

Le troisième texte, « Sur la prise de possession du feu », est une des publications les plus ahurissantes de Freud. Selon lui, les hommes préhistoriques ont eu beaucoup de mal à domestiquer le feu parce que, pour y arriver, ils ont dû apprendre à maîtriser leur pulsion homosexuelle. Du fait que les flammes représentaient le phallus, les hommes étaient irrésistiblement incités à uriner dessus, « dans une lutte empreinte de plaisir avec un autre phallus » (Freud, sic).
L’ouvrage est d’une lecture agréable de par son contenu et, plus encore, de par l’extraordinaire style de ce polémiste impénitent.

Publié dans le n° 328 de la revue


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Auteur de la note

Jacques Van Rillaer

Professeur émérite à l’Université de Louvain et aux Facultés (...)

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