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Courriels et courriers : janvier à mars 2009

Publié en ligne le 7 mai 2009 -
SPS n° 285

Sectes et religions

Abonné à votre revue depuis un an, j’attends à chaque fois avec impatience le numéro suivant. J’ai pourtant été très surpris dans le dernier numéro de voir paraître un article d’Anne Morelli […]. Le problème des sectes n’est pas la spiritualité, mais bien les dérives au sein de ces groupes et la dimension totalitaire de leur doctrine […]. À la fin de son article, beaucoup pourraient en déduire que finalement, sectes et religions, même combat ! Donc, les sectes, un mythe ? […].

La France est le pays des droits de l’homme et Mme Morelli a tout à fait le droit de s’exprimer, tout comme les sectes ont le droit d’exister et de s’exprimer. Scientologie, Témoins de Jéhovah… sont bien là, se rassemblent, font du prosélytisme, c’est la preuve que la liberté d’expression est bien respectée. […].

Franck M

L’article d’Anne Morelli, que nous avons publié dans notre numéro 282, réfutait la pertinence de la création d’une catégorie « secte » en montrant qu’aucun des critères que l’on a tenté d’exhiber pour marquer la frontière entre secte et religion n’était opérant. Pour autant, abandonner la catégorisation secte / non-secte signifie-t-il laisser la place à toutes les dérives ? Bien au contraire : il existe un arsenal juridique permettant de réprimer les dérives dangereuses (escroquerie, abus de faiblesse, pratiques médicales interdites, détournement de mineurs, soustraction à l’obligation d’instruction, etc.). Et la caractérisation de secte n’apporte finalement pas grand chose. Bon nombre d’organismes mis en place par les autorités publiques préfèrent parler de « dérives sectaires », et donc préfèrent qualifier l’accusation plutôt que de stigmatiser globalement en tout ou rien. Et les dérives, passibles de poursuites pénales, peuvent s’appliquer (et s’appliquent) tout autant à des « religions » qu’à des « sectes », pour ceux qui veulent garder cette dernière dénomination.

J.-P. K.

Oscillateurs magnétiques de compensation

Vous êtes-vous déjà penché sur le cas des « oscillateurs magnétiques de compensation », objets censés protéger des rayonnements électromagnétiques ? Je flaire la grosse arnaque, mais je ne trouve aucune analyse sérieuse sur le sujet.


Arnaud L.

Les objets aux pouvoirs prétendument magiques fleurissent. Tous les sujets sont bons, et particulièrement ceux qui sont l’objet de peurs et de rumeurs. Concernant les « compensateurs » que vous mentionnez, le lecteur a de quoi être impressionné : « 10 ans de tests en hôpitaux et universités », des noms d’instituts et de professeurs à l’appui. Mais malheureusement, aucune référence précise. Leurs promoteurs jouent sur le fait que personne n’a vraiment le temps d’aller vérifier toutes leurs allégations. De tels objets sont légions. Toutefois, il se trouve que justement, le numéro de Science et pseudo-sciences que vous avez entre les mains consacre son dossier aux ondes et champs électromagnétiques, et que notre collaborateur Jean Günther, dans sa rubrique « Sornettes sur Internet » consacre quelques lignes à ce sujet. Et vous avez bien sûr raison : aucun fondement scientifique.

La faim dans le monde

Bonjour, et tout d’abord bravo et merci pour votre excellent travail. L’introduction de l’article « Alimentation et santé » (SPS n° 283) indique que « chaque jour, près de 15 000 enfants meurent de faim » dans le monde. Ce chiffre terrifiant me semble difficile à croire, et j’ai cherché vainement à en trouver confirmation. On le retrouve sous diverses formes sur les sites de nombreuses ONG (14 000 à 18 000 par jour, 5 à 6 millions par an), mais sans qu’aucune source soit jamais citée. Pourriez-vous m’indiquer quelle source fiable a été utilisée ?

Je ne doute pas que si on ajoute les décès d’enfants dus à toutes les causes engendrées par la malnutrition, le total puisse atteindre le chiffre effrayant de 15 000 par jour ou 6 millions par an. Ce qui me pose souci, c’est que l’expression « mort de faim » évoque l’image de décès

imputables directement au manque de nourriture, ce qui semble un fléau relativement facile à endiguer. Nos opinions publiques peuvent avoir mauvaise conscience à l’idée que des sacs de riz suffiraient à sauver des milliers d’enfants innocents. Autre chose serait d’éradiquer des maladies aussi diverses que le paludisme ou le choléra, sans parler des pratiques néonatales.

Pour information, on peut facilement confirmer l’autre chiffre que vous donnez (865 millions souffrent de dénutrition).

Je me suis permis ces remarques car je considère que la mission de l’AFIS lui impose, par rapport aux autres médias, un niveau plus élevé de précision dans l’information et ses sources. Quoi qu’il en soit, bravo encore pour votre excellent travail, et formons le souhait qu’un plus vaste public saura le reconnaître.

Bruno P.

Merci pour vos encouragements. L’évaluation du nombre de décès imputables à la malnutrition est sans doute délicate à établir de façon précise. La FAO, dans un document de 2005 indique : « la faim et la malnutrition sont les causes sous-jacentes de plus de la moitié des décès d’enfants ; elles tuent presque 6 millions d’enfants chaque année ». Ce qui fait un peu plus de 15000 par jour. La FAO donne ce chiffre tout en précisant la difficulté d’attribution de la cause du décès : « la grande majorité est tuée par des troubles néonatals et par quelques maladies infectieuses curables, notamment la diarrhée, la pneumonie, le paludisme et la rougeole ». Vous avez donc raison dans les précisons que vous apportez.

Référence du document : ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/008/a0....

Astrologie et constellations

J’ai pris connaissance de votre note de lecture du mois de janvier rappelant pour l’astrologie le problème des 13 constellations (SPS n° 2 84). Et je voulais vous poser une question toute simple que jamais on ne voit développée dans les critiques de l’astrologie (pour raison d’évidence) : pourquoi les astrologues devraient-ils revenir aux constellations ? Car c’est là le préalable nécessaire des critiques portant sur ce thème puisque les astrologues ne se réfèrent plus aux constellations depuis belle lurette.

S. B

Le ciel tel que le considèrent les astrologues ne correspond pas à celui que les astronomes peuvent observer. Pour les astrologues, les 12 signes du zodiaque sont des rectangles dans le ciel, d’égales dimensions. Il y a 2 millénaires, il y avait une certaine correspondance entre ces signes (ces rectangles) et les constellations (regroupement d’étoiles « proches » en apparence). Mais en 2 000 ans, le phénomène de précession des équinoxes, déjà connu des Grecs, a fait que cette correspondance a disparu. Les constellations se sont « déplacées » d’environ un signe, produit du mouvement de toupie que fait la terre dans sa rotation sur elle-même. Par ailleurs, la correspondance n’était qu’approximative. Les constellations sont des regroupements d’étoiles « apparemment proches » qui servent « pour s’y retrouver » dans l’observation du ciel. En réalité, d’ailleurs, la troisième dimension, la profondeur du ciel, peut faire que la distance réelle soit très importante, mais, vues de nous, les étoiles d’une même constellation sont « proches », au sens de l’angle qu’elle font entre elles. Les Anciens y ont vu toutes sortes de créatures ou d’objets, à la base des noms qui leur ont été attribuées, et des pouvoirs que les astrologues leur ont conférées. Or, les constellations sont loin d’avoir l’uniformité et la régularité des « rectangles » représentant les signes astrologiques. Enfin, les astronomes, aujourd’hui, reconnaissent dans leurs conventions 13 constellations zodiacales et non pas 12.

Quelle importance pour l’astrologie ? Une seule : il n’y a strictement plus aucune correspondance entre les signes astrologiques du zodiaque et les constellations du même nom. Or, les astrologues interprètent les horoscopes par la symbolique associée aux noms des constellations (un Poisson n’est pas un Taureau, et un Poisson fonceur, ce n’est pas du même effet…). C’est donc qu’ils font encore référence à ces constellations. Une contradiction interne en quelque sorte. Certaines astrologues, pour préserver les apparences, tiennent compte de ce phénomène de « décalage ». D’autres non. Les uns accusent les autres de se tromper… Qu’ils se rassurent, la raison a bien d’autres raisons pour affirmer que tous se trompent, ou nous trompent.

J.-P. K.

Publié dans le n° 285 de la revue


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