Les OGM : on peut aussi en parler calmement

Hors série OGM - Octobre 2007

Alors que la perspective du « Grenelle de l’environnement » préfigure des échanges présentant une fois de plus une forte charge émotionnelle et permet de craindre des processus de prise de décisions qui pourraient s’appuyer sur des arguments pseudoscientifiques ou des données fausses ou inappropriées, ce numéro spécial, dont la publication a été proposée au printemps et décidée lors de notre assemblée générale du 2 juin 2007, se donne pour objectif d’aider nos lecteurs à se forger une idée par eux-mêmes et pour eux-mêmes.

Flash back

Été 2003. Le moratoire sur les OGM entamé en 1997 est dans sa septième année… Les Académies des Sciences et de Médecine viennent de publier leurs rapports sur la transgenèse ; une commission spéciale du Sénat, après avoir longuement auditionné toutes les parties intéressées, fait part de recommandations convergentes ; de l’autre côté de la Manche les experts britanniques arrivent eux aussi aux mêmes conclusions : On ne peut parler des OGM qu’au cas par cas ; il n’y a pas de risques pour la santé pour les OGM qui ont été proposés pour la culture et la commercialisation… Le Parlement européen lève alors le moratoire sur les OGM, les aliments présentant plus de 0, 9 % de contenu génétiquement modifié devront être étiquetés… De sa prison, José Bové lance : « avec ou sans étiquette, non aux OGM ! »… Exaspérés par la 27e destruction de champ expérimental de nouvelles variétés végétales (dont 22 d’essais de plantes transgéniques) de l’été, huit enseignants et chercheurs prennent l’initiative de la pétition « Défendons la recherche ! » qui recueille en quelques semaines des milliers de signatures de chercheurs et d’ingénieurs… À l’issue de l’été, Science et pseudo-sciences dénonce dans son éditorial l’amalgame tenté par nombre d’opposants entre libéralisme et biotechnologies et replace, avec le biologiste Louis-Marie Houdebine, membre du comité scientifique et de parrainage de notre association, le débat en termes scientifiques d’une part, et d’évaluation rationnelle des bénéfices et risques possibles pour les collectivités humaines d’autre part.

Retour vers le futur

Été 2007. Le recul spectaculaire de la confédération paysanne aux élections des chambres d’agriculture n’y change rien : l’été 2007 connaît sa énième campagne estivale de destruction de parcelles biotechnologiques et les rumeurs les plus folles sur la nocivité prétendue d’OGM commercialisés continuent d’envahir les médias… Et pourtant cela fait désormais plus de trente ans que les biotechnologies ont fait leur apparition et sont soumises à la vigilance des commissions et agences de biosécurité, près de vingt-cinq ans que des végétaux transgéniques sont en culture, et plus de dix ans que des organismes génétiquement modifiés sont commercialisés pour l’alimentation animale et humaine.

Science et pseudo-sciences et les biotechnologies

Depuis 2003 et jusqu’à ce jour nous avons contribué, quant à nous, de numéro en numéro de Science et pseudo-sciences à éclairer nos lecteurs de l’état des connaissances et des incertitudes, en même temps que nous avons alerté les lecteurs et internautes sur les nombreuses désinformations véhiculées. Ce dossier, faisant appel à certains articles déjà publiés et à d’autres inédits, dresse un état des lieux aussi synthétique que possible. Vous y découvrirez notamment que les semences génétiquement améliorées ne sont pas plus extérieures à la nature que celles obtenues par des sélections sévères, des croisements ou des greffes multiples entre variétés, qu’elles ne se substituent pas à ces sélections mais ne sont que rajoutées à la palette des outils disponibles, que la biologie est une science expérimentale et que sans essais il n’est pas possible de vérifier l’efficacité d’une modification génétique et d’évaluer les risques éventuels (dissémination des gènes, risque d’invasion…), qu’un essai en plein champ vise à observer le comportement en condition réelle d’une nouvelle variété et à évaluer comment il interagit sur l’environnement qui l’entoure, et ce avec des protocoles visant à s’entourer de toutes les garanties demandées à juste titre par la puissance publique.

Des présentations de quelques livres difficilement contournables complètent ce tour d’horizon. Par ailleurs nous effleurerons les débats publics tels qu’ils s’expriment dans les dimensions économiques, sociales et politiques, tout simplement parce que ces débats traversent notre association comme ils traversent l’ensemble de la société, et enfin nous reviendrons sur la genèse et le dénouement de quelques rumeurs abondamment colportées.

« La Science comme méthode, la Raison comme outil »

Que nous nous penchions sur les impacts de l’avancement des sciences et des techniques pour notre vie collective ou sur les dommages encore bien actuels de quelques obscurantismes anciens ou modernes, notre ambition est toujours la même : donner par l’information scientifique les moyens du libre examen, sans arrogance, sans se laisser aller à l’énervement, mais sans non plus céder à la complaisance. Nous espérons que vous trouverez que ce dossier est à la hauteur de cette ambition. En effet, informer sur les progrès scientifiques et techniques en éclairant de façon active les choix de société, mettre en garde contre les fausses sciences et les croyances non fondées, promouvoir l’esprit scientifique, tels sont les objectifs que nous poursuivons dans notre promotion du rationalisme scientifique. Puisse ce numéro vous inciter alors à nous rejoindre au sein des adhérents de l’association française pour l’information scientifique (AFIS) et des abonnés à notre revue.

Mis en ligne le 16 octobre 2007
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