Que faire face aux balivernes médiatisées ?

279 - novembre 2007

Une astrologue très médiatique prétend pouvoir prédire les cancers (voir page 43) ; les promoteurs d’une « machine miraculeuse », version moderne de l’électromètre de l’Église de scientologie, trouvent un écho plus que complaisant dans de grands médias nationaux (voir page 32) ; le gourou d’une variante de la prétendue « médecine nouvelle » qui affirme que le Sida n’est pas causé par un virus, s’offre une conférence très médiatisée dans les locaux de la Sorbonne (voir page 38)… Pourquoi une telle caisse de résonance, ici, en France, pour de telles balivernes, et pourquoi dénonçons-nous ces propos et l’accueil quasi favorable que leur réservent trop souvent une presse réputée sérieuse ou des chaînes de télévision à forte audience ?

« Il y a par le monde de multiples atteintes aux Droits des femmes et des hommes. Ce sont des choses violentes, affreuses. Génocides ici, viols collectifs là. Misère et faim un peu partout. Le fossé est grandissant, même dans les pays les plus prospères, entre les plus démunis et les nantis. Cette douleur hurle à nos oreilles. Pourquoi nous préoccuper d’une quelconque Madame Teissier dont on sourit plutôt qu’on n’en souffre ? L’ignorance est à la base de la crédulité. C’est l’ignorance qui attise les querelles tribales, les épidémies inguérissables. C’est l’ignorance qui entretient la faim et la misère. Les astrologues (et autres gourous) apportent aux malheureux des illusions, de faux espoirs. Et ces misérables se jettent plus facilement dans les bras mortifères de certaines sectes. »1

Ainsi, en Birmanie, c’est une dictature féroce qui, pour maintenir son autorité et préserver ses privilèges, se livre à une violente répression. Croyances et superstitions semblent souder les généraux au pouvoir et les conduisent à accorder leur confiance aux astrologues et numérologues qui envahissent les allées de la nouvelle capitale-bunker où sont retirés les dirigeants militaires (voir page 43). Bien sûr, on pourra souligner avec raison que l’astrologie est accessoire dans les raisons profondes du comportement du dictateur birman, et que n’importe quelle religion ou doctrine aurait pu faire l’affaire, les enjeux réels étant économiques et politiques. On pourra également affirmer que dans « nos contrées », chacun est libre de croire ou de ne pas croire les affirmations des astrologues, que ces derniers ne font pas grand mal, et « n’ont jamais tué personne » comme le proclame Élizabeth Teissier. L’astrologie de la junte birmane n’aurait-elle donc rien à voir avec l’astrologie d’Élizabeth Teissier ou celle du commun des mortels ? Y aurait-il une « haute » astrologie, celle qu’un jury complaisant de la Sorbonne a labellisée « thèse de sociologie », une astrologie populaire et une astrologie pour dictateurs à des milliers de kilomètres ?

En réalité, l’effet des croyances est loin de se limiter aux individus qui y adhèrent ; les dégâts collatéraux sont multiples. Et parce que nous sommes confrontés à des problèmes dramatiques dans de nombreux pays et à des décisions aux enjeux majeurs à l’échelle de la planète, il importe – plus que jamais – de faire appel à la lucidité et à la raison, de dénoncer les vendeurs d’illusion et de combattre tous les aspects aliénants et liberticides de l’irrationnel.

1 Jean-Claude Pecker, éditorial de Science et pseudo-sciences n° 246, avril 2001.

Mis en ligne le 18 novembre 2007
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