Un « débat citoyen » sur la vaccination ?

317 - juillet 2016

La contestation des vaccins prend une ampleur inquiétante. Ceux qui ont connu le fléau de maladies aussi graves que la poliomyélite, la diphtérie ou le tétanos sont de moins en moins nombreux à pouvoir témoigner. Pourtant, s’il en était besoin, une récente étude publiée dans The Lancet évalue de façon précise l’impact d’une bonne couverture vaccinale sur la mortalité infantile [1]. C’est ainsi que les chercheurs estiment à 9 000 le nombre de décès évités aux Pays-Bas grâce aux programmes vaccinaux, pour les enfants nés avant 1992. Mais les nouvelles générations ont grandi dans un environnement où ces affections sont absentes, tandis qu’abondent reportages et campagnes mettant en cause l’innocuité de tel adjuvant ou les effets secondaires de tel vaccin. Les avantages perçus d’une couverture vaccinale étendue deviennent abstraits comparés aux risques allégués et médiatisés. Ajoutons à cela l’inconséquence organisationnelle de la campagne gouvernementale contre le virus H1N1 en 2009 qui a contribué au développement d’une certaine défiance [2]. Et nous avons là tous les ingrédients d’un risque réel de crise sanitaire. La confusion est encore renforcée quand la justice est saisie et que, en s’appuyant sur un processus d’expertise très problématique, elle s’aventure sur le terrain de l’affirmation de faits scientifiques. Ainsi, en septembre 2014, un tribunal de Milan a attribué la responsabilité de l’autisme d’un enfant à une injection vaccinale. Cette décision a provoqué une forte réaction de la communauté scientifique italienne qui rappelle l’absence de lien établi entre autisme et vaccination et s’inquiète des conséquences de tels jugements dans l’opinion [3]. En France, c’est la cour d’appel de Lyon [4] puis le Conseil d’État [5] qui « reconnaissent » un lien entre vaccination contre l’hépatite B et le syndrome très controversé de myofasciite à macrophages.

Les associations explicitement ou implicitement anti-vaccinales se mobilisent. Ainsi, par exemple, l’« Institut pour la protection de la santé naturelle » a recueilli plus d’un million de signatures sur un texte mêlant démagogie et arguments de mauvaise foi sur fond de soutien au Professeur Joyeux, mis en cause devant l’Ordre des médecins à propos de ses prises de position publiques sur le sujet [6].

C’est dans ce contexte que la ministre des Affaires sociales et de la Santé a annoncé pour l’été 2016 une « concertation citoyenne » sur la vaccination afin d’« associer chaque participant à la prise de décision » [7]. Bien entendu, il faut définir la politique vaccinale la plus adaptée, choisir entre l’obligation légale et la simple recommandation, savoir quelles populations protéger, contre quels agents infectieux. Mais c’est là affaire d’expertise et d’information, pas d’opinion, et encore moins de « débat citoyen ». Le risque est fort que le débat soit prétexte à de nouvelles mises en causes démagogiques et que se renforce un climat de suspicion.

Science et pseudo-sciences

[1] Maarten Van Wijhe and coll. “Effect of vaccination programmes on mortality burden among children and young adults in the Netherlands during the 20th century : a historical analysis”. Lancet Infect Dis., 2016.
[2] « La grippe H1N1 : une mauvaise gestion de crise et ses effets collatéraux », Jean de Kervasdoué, SPS n°302, octobre 2012
[3] “Italian court blames autism on vaccine-relies on an unreliable expert”, Février 2015, sur www.skepticalraptor.com/
[4] « Vaccination hépatite B et myofasciite à macrophages : une patiente “reconnue” par la justice », 11 mai 2016, sur www.jim.fr.
[5] Conseil d’État, 11 mai 2016 N° 387694. Sur www.legifrance.gouv.fr/
[6] Voir l’analyse sur http://rougeole-epidemiologie.overb...
[7] Concertation citoyenne sur la vaccination - Installation du comité d’orientation, Santé Publique France, 7 avril 2016. Sur le site www.invs.sante.fr/

Mis en ligne le 18 septembre 2016
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