La nouvelle idéologie dominante - Le post-modernisme

Shmuel Trigano. Hermann, 2013, 145 pages, 14,80 €

Note de lecture de Marcel Kuntz - SPS n° 307, janvier 2014

Shmuel Trigano est philosophe et sociologue, spécialiste du judaïsme, fondateur des revues Pardès et Controverses. Cette dernière (www.controverses.fr) se proposait d’analyser la « mutation globale de l’univers démocratique ». À côté d’articles touchant au judaïsme et à Israël, on y trouve des dossiers tels que « la théologie politique des altermondialistes » (mars 2006), « l’identité nationale face au postmodernisme » (octobre 2006), « la fracture démocratique » (juin 2007), « écologie et idéologie » (mai 2010).

Dans son dernier essai (Prix des Impertinents 2013), S. Trigano cartographie l’idéologie postmoderne qui « domine notre temps, occupe les médias, les tribunes du pouvoir et de l’intelligentsia ». L’auteur définit ainsi quatre grands pôles du postmodernisme : 1) sa doctrine du réel (la « déconstruction » de l’Homme des Lumières) et de l’existence individuelle (l’Homme Nouveau et son identité variable, la théorie du genre, etc.) ; 2) son cadre « physique », celui de la « fin des territoires » (déconstruction de la Nation qui ne serait qu’une « communauté imaginée » au profit d’un réseau de minorités, les États remplacés par une « communauté internationale », le gouvernement par la « gouvernance », la démocratie représentative par la « démocratie participative ») ; 3) sa théologie (exaltation des « victimes », apologie des « différences » menant en fait à une exclusion mutuelle) ; 4) son schéma cognitif et sa méthodologie (déconstruction de toute réalité objective suivie d’un constructivisme où le réel serait une stratégie de pouvoir et de domination).

Précisons que l’auteur n’aborde pas les thèmes familiers aux lecteurs de Science et pseudo-sciences, à savoir le relativisme postmoderne appliqué aux sciences dites dures (voir SPS n° 304 par exemple). Ces dernières ne sont pas mentionnées, mais le parallélisme entre l’analyse de S. Trigano – sur des questions politiques – et celle de la menace postmoderne sur la science n’en est pas moins frappant. Il suffit de remplacer les propos de l’auteur sur l’État-nation par la science, l’homme par le scientifique, etc. pour que l’on s’aperçoive qu’il s’agit bien de la même idéologie qui instrumentalise la morale et le politiquement correct pour imposer un changement de civilisation.

Mis en ligne le 29 mars 2014
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