Les rats, la gazette et le laborantin - une fable du 21e siècle, génétiquement modifiée

303 - janvier 2013

On ne considère plus guère les scientifiques comme des savants. C’est légitime, ils ne savent pas grand chose. Un groupe de scientifiques français a rapporté récemment qu’une alimentation par maïs transgénique cause chez le rat des tumeurs et une mortalité prématurée, si l’on est suffisamment patient pour attendre deux ans, la durée moyenne de la vie d’un rat. Cette affirmation est basée sur deux groupes de dix rats. Cinq rats nourris au maïs OGM sont morts prématurément alors que seuls deux ou trois sont morts parmi les dix rats contrôles nourris par un maïs normal. Dans les dix autres groupes nourris par maïs OGM, la mortalité a été soit d’un rat supérieure, soit égale, soit même inférieure au contrôle. Tout se joue donc sur trois rats, qui ont eu la malchance d’être là au mauvais moment. Cette différence a suffi aux auteurs de l’étude pour emboucher les trompettes de Jéricho, ameuter la grande presse, et particulièrement une gazette hebdomadaire bienveillante, et s’en prendre au reste du monde qui ne les avait jusqu’ici pas pris au sérieux. Les scientifiques du reste du monde ont beau objecter que trois rats, ce n’est pas grand chose, et que dans le contexte, les résultats sont probablement le jeu du hasard. Ils ont eu aussi beau rappeler que ces résultats vont à l’encontre d’une évidence expérimentale négative dont les dossiers remplissent un immeuble de quatre étages. Rien n’y fera. L’angoisse s’est installée dans les chaumières et on va s’en occuper en haut lieu.1.

Il ne fallait pas être grand devin pour prédire que l’effet recherché serait atteint : attiser les peurs et les angoisses à des fins politiques et idéologiques. La partie était facile : la peur l’a emporté sur la raison, les affirmations tranchées et définitives ont davantage convaincu que l’expertise et le doute scientifique, le sensationnel a davantage séduit les rédactions que l’information complète et objective.

Mais il semble toutefois que bon nombre de citoyens, d’observateurs et de scientifiques aient eu le sentiment de s’être fait berner et manipuler... La Fontaine, qui s’est également beaucoup intéressé aux rats, notait déjà dans sa fable « Le Rat et l’Huître » : « ceux qui n’ont du monde aucune expérience, sont aux moindres objets frappés d’étonnement : tel est pris qui croyait prendre. »

Science et pseudo-sciences

1 Ce paragraphe est adapté d’un texte d’Alain de Weck publié sur notre site Internet.

Mis en ligne le 13 janvier 2013
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