Un autre cosmos ?

Ouvrage collectif dirigé par Thomas Lepeltier et Jean-Marc Bonnet-Bidaud. Vuibert, 2012, 147 pages, 19 €

Note de lecture de Jean-Claude Pecker - SPS n°301, juillet 2012

Cet ouvrage arrive à point nommé. Le big bang est aujourd’hui devenu un dogme intouchable, comme le furent jadis l’héliocentrisme, l’attraction newtonienne ou la fixité des espèces… Et il est toujours si difficile d’être sceptique face au dogme que les « hérésies » sont a priori condamnées. C’est à un examen intelligent de ce scepticisme que s’attache ce livre, lucide et constructeur.

Dans son introduction, T. Lepeltier s’étend sur une question essentielle : la sous-détermination des théories de la nature, en particulier des théories cosmologiques. Dans la cosmologie moderne, la précision des mesures s’est affinée, le nombre des phénomènes observés s’est accru. À chaque nouvelle observation, chacun se convainc trop aisément que sa théorie en est renforcée. Les modèles alternatifs sont jugés immédiatement comme trop partiels pour être adoptables. Cette idée essentielle de sous-détermination des théories s’appuie sur des exemples convaincants, la théorie newtonienne de la gravitation, par exemple, vérité absolue après la découverte de Neptune. Pourtant, les perturbations de l’orbite de Mercure imposèrent de bouleverser le dogme de la théorie newtonienne et de se tourner vers la relativité générale d’Einstein. Il en est, sans doute, de même pour la vision cosmologique standard actuelle. Les cosmologistes de la tradition la peaufinent jusqu’à prétendre à une « cosmologie de précision ». Mais il n’est nullement exclu qu’il faille revoir ses bases même. Le « remplacement des théories » tout au cours de l’histoire est un argument fort, développé par Lepeltier.

Dans le chapitre 1, S. Fay aborde le problème de la théorie sous-jacente à toute cosmologie. Après la géométrie euclidienne, on a vu le développement des géométries non-euclidiennes. Essentielle à ces visions est la définition d’une « métrique ». Mais la métrique adoptée, qui suppose la distribution de matière isotrope et uniforme, est très restrictive. N’importe ! La cosmologie standard s’en empare, invente l’inflation, nécessaire à la compréhension de l’expansion d’un univers quasiment plat. L’auteur, en contraste, propose des modèles anisotropes et inhomogènes de l’Univers. J. Narlikar (ch. 2) décrit un univers quasi-stationnaire, à masse variable. Il fonde son analyse sur l’existence de décalages spectraux « anormaux », non explicables par l’expansion. Puis L. Celnikier (ch 3) à la recherche des « chaudrons du ciel », montre que le modèle quasi-stationnaire, s’il n’est pas parfait, explique de façon satisfaisante les abondances observées des éléments. J.-M. Bonnet-Bidaud (ch. 4) discute le problème du rayonnement de fond de ciel, prétendu cosmologique. Est-ce si sûr ? T. Buchert (ch. 5) s’attaque aux inventions ad hoc de la matière et de l’énergie noires et montre qu’un modèle alternatif permet d’évacuer sans mal ces deux « mystères », cependant que R. Brandenberger (ch. 6) propose des alternatives à l’inflation.

En conclusion, T. Lepeltier et J.-M. Bonnet-Bidaud s’élèvent contre l’hégémonie de la théorie standard. La phrase de conclusion est claire : « À une époque où la communauté des cosmologistes semble préférer les consécrations aux débats…, il est plus stimulant intellectuellement de mettre sur le devant de la scène des conceptions alternatives du cosmos… Juste pour voir ! ». On ne saurait mieux dire…

Mis en ligne le 23 janvier 2013
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