L’ostéopathie, médecine holistique ou outil thérapeutique

par Jean Brissonnet - SPS n° 241, mars 2000

Historique

Pour certains ostéopathes, qui semblent penser qu’ancienneté vaut validité, l’ostéopathie n’est pas une science nouvelle. Elle fut « pratiquée par l’homme de façon intuitive durant des siècles, depuis la Haute Égypte, depuis Hippocrate, Claude Gallien à Rome, Avicenne en Perse... »,

En fait, l’ostéopathie a été fondée par Andrew Taylor Still, né en 1828 en Virginie.

À 9 ans, son père, pasteur méthodiste, est envoyé dans une petite ville reculée du Missouri où il pratique une médecine de « rebouteux » parallèlement à son sacerdoce. Dès son plus jeune âge, il assiste son père dans sa pratique médicale et aux travaux de la ferme.

En 1849, à 21 ans, il épouse Niary M. Vaugh et s’installe dans la région de Mâcon dans le Missouri où il mène à la fois une vie de fermier et de rebouteux. Pendant la guerre de sécession, il sert comme major dans l’armée de l’Union et pratique à cette occasion une médecine de guerre des plus rudimentaire.

En 1864, A. Still a la tristesse de voir périr trois de ses enfants dans une terrible épidémie de méningite cérébro-spinale. La médecine de l’époque a été évidemment impuissante à les sauver et ce deuil oriente Still vers la recherche d’une autre voie médicale. Il est sûr que Dieu a donné à l’homme les moyens de se guérir.

En 1874, sujet à de violents maux de tête, il s’endort un soir la nuque reposant sur un coussin posé sur une corde tendue entre deux arbres. Il se réveille le matin complètement soulagé. C’est le déclic, l’intuition géniale qui va être à l’origine de sa découverte. Il émet l’idée que pour qu’une articulation ou un viscère puisse fonctionner normalement, aucne contrainte mécanique ne doit s’exercer sur lui. Il annonce l’axiome fondamental de l’ostéopathie : « La structure gouverne la fonction ».

En 1892 il fonde le premier centre de soins et d’enseignement de l’ostéopathie « the American School of Osteopathy » à Kirksville, au Missouri.

C’est seulement en 1917 que l’ostéopathie débarque en Europe grâce à John Martin Littlejohn, élève de Still. Il crée la « British School of Osteopathy » qui fut la première école d’ostéopathie en Angleterre

Les bases de l’ostéopathie

Certains ostéopathes convaincus prétendent avoir « appris des choses extraordinaires, un dialogue avec le corps... une approche globale de la santé »1.

Voyons un peu ce qu’il en est !

L’ostéopathie s’appuie sur trois grands principes.

D’abord, l’unité de fonction du corps humain : l’être humain est un TOUT et donc toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra se manifester dans n’importe quelle autre région du corps. De même, tout accident dans une quelconque région du corps aura une répercussion dans la totalité du corps. Jusque là, rien à dire !

Le second principe est celui de l’autoguérison : le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie.

Si c’était toujours vrai, cela finirait par se savoir !

Vient enfin l’interdépendance structure-fonction et fonction-structure : toute perturbation d’une articulation, par exemple, se répercutera sur son fonctionnement et toute immobilisation prolongée d’une articulation va « enraidir » l’articulation et les tissus péri-articulaires2

Pour ce qui est d’enfoncer des portes ouvertes, on atteint là des sommets !

L’ostéopathie est une médecine qui prétend donner à l’homme « la pleine possession de son potentiel physiologique et psychologique » elle « vise à réharmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques au moyen d’ajustements précis ». Elle agit par la seule action des mains. Pas de médicaments, pas d’appareillage.

D’après son fondateur, la manipulation de la colonne vertébrale pourrait améliorer l’écoulement du sang et ainsi permettre au corps de guérir. La doctrine initiale inclus une série de règles morales : les patients doivent s’abstenir de consommer des boissons alcoolisées et ne pas faire appel à une autre forme de médecine. L’ostéopathie se définit donc par opposition à la médecine traditionnelle et prétend ouvrir une voie alternative globale. D’ailleurs A. Still la définissait comme « un art, une science et une philosophie ».

Domaine d’application

Le domaine d’application de l’ostéopathie ne se limite pas aux douleurs vertébrales et, comme toutes les médecines parallèles, elle prétend aborder le patient dans son ensemble et s’insère dans la catégorie des médecines holistiques. Seules les pathologies très graves (cancer, infections) ou traumatiques (fractures) échappent à son prétendu domaine de validité. Maux de tète, troubles respiratoires, gynécologiques, rénaux et urinaires sont, en principe de son ressort. Elle étend sa prétention jusqu’aux troubles allergiques, à l’asthme et à la maladie de Parkinson. « L’ostéopathie agit également aux plans nerveux, fonctionnel, psychologique, en recherchant derrière les manifestations de stress ou de chocs ce qui a pu perturber l’équilibre de l’individu à différents moments de sa vie3 ». D’ailleurs, dans son autobiographie A.Still déclarait qu’il pouvait « en secouant un enfant, arrêter la fièvre scarlatine, le faux-croup, la diphtérie, et guérir la coqueluche dans trois jours en lui tordant le cou4. »

« Le but ultime de l’ostéopathie est donc de permettre au consultant de se trouver libre sur ses “appuis”, quels qu’ils soient, et de commencer non plus à exister, mais à être ».

Vaste programme !

Ne pas confondre...

La chiropractie (ou chiropraxie)

Fondée en 1895 aux USA par D.D.palmer et D.J.Palmer épicier et magnétiseur.

Le système postule que toutes les affections seraient dues à des compressions nerveuses résultant d’un défaut d’alignement ou « subluxation » des vertèbres du rachis...

On considère en général que les chiropracteurs utilisent des manipulations « en force » qui peuvent se révéler dangereuses.

La chiropractie n’est jamais pratiquée par des médecins. Sa pratique fait l’objet d’une simple tolérance...

L’Éthiopathie

C’est une variante récente de la chiropractie qui fut crée à Genève en 1983 et qui suppose que des moyens physiques sont susceptibles de guérir ou de prévenir toutes les maladies. Il suffit, prétendent les éthiopathes, de « rétablir la place et les fonctions des organes dont la dysharmonie structurale est à l’origine des maladies ».

La vertébrothérapie

Il s’agit là de simples manipulations destinées à soigner le mal de dos. Elles sont pratiquées, ponctuellement, par des médecins, généralement rhumatologues, dans le strict cadre des soins médicaux traditionnels.

L’ostéopathie aux États-Unis et dans le monde

Il est particulièrement intéressant d’étudier l’évolution de l’ostéopathie aux États Unis, le pays qui l’a vu naître. Elle y est officiellement autorisée depuis 1963 et on dispose de ce fait d’études comparatives fiables.

Actuellement l’ostéopathie n’est pratiquée que par des médecins. Médecine ostéopathique et allopathique ont coexistées en parallèle jusque dans les années soixante. À cette époque, l’Association médicale de Californie et l’Association ostéopathique de Californie ont fusionné. Dans les mois qui suivirent, environ 2000 ostéopathes (c’est à dire 86 % de la profession) moyennant 65$ et une courte session de formation furent intégrés dans le corps médical et reçurent le titre de Docteur en médecine. Depuis cette époque, les ostéopathes sont autorisés à faire les mêmes actes médicaux que les médecins allopathes. Les ostéopathes ne représentent actuellement que 5 % des médecins. Ils sont principalement présents dans le secteur de la médecine générale. Pourtant le nombre d’écoles ostéopathiques est passé de 14 à 19 depuis 1980 alors que le nombre des écoles allopathiques restait stable aux environ de 125. De 1980 à 1997, le nombre de diplômés en médecine est resté presque constant (de 15135 à 15923) alors que celui des ostéopathes a presque doublé (de 1059 à 2009). Pourtant, l’ostéopathie est bien moins employée qu’il n’y paraît. Une étude faite en 1995 sur 1055 ostéopathes montre qu’ils utilisent la thérapie manuelle « seulement de temps en temps » et que « seulement 6, 2 % d’entre eux ont employé la manipulation ostéopathique pour la moitié de leurs patients et presque un tiers l’a employé pour moins de 5 %5.”

Ce désintérêt pour la pratique ostéopathique traditionnelle semble « indiquer que les médecins entrent à l’école médicale ostéopathique non par suite d’une croyance profondément ancrée dans la philosophie ostéopathique mais après avoir subi un échec à l’entrée des études médicales6. »

En pratique l’ostéopathie a largement évolué aux USA et elle tend à se fondre dans la médecine traditionnelle. Un mouvement qui ne peut que s’accentuer puisque « plus les ostéopathes sont jeunes, moins ils utilisent les manipulations ».

Outre les USA, l’ostéopathie fait l’objet d’une reconnaissance officielle en Australie (1992), en Nouvelle Zélande (1970), et en Grande Bretagne (1993). Elle est plus ou moins pratiquée et tolérée dans plusieurs autres pays (Belgique, Italie, Allemagne, Pays-Bas...).

La situation de l’ostéopathie en France

Dix-sept pour cent des français ont recours à l’ostéopathie7. et trois cent mille nouveaux patients se tourneraient chaque année vers cette thérapeutique8.

Qui sont les ostéopathes ? Quel est leur statut ?

Comme chaque fois qu’on se penche sur le problème des médecines parallèles on constate une différence d’attitude entre les différentes instances officielles et un certain flou dans l’application des règles établies.

Pour l’Académie de Médecine l’ostéopathie fait partie des « doctrines irrationnelles et antiscientifiques ». Cette position affirmée dans le bulletin de l’Académie Nationale de Médecines en 1987 (p 945-951) n’a jamais été démentie.

Le Conseil de l’Ordre des médecins présente une position plus nuancée. Dans un courrier du 27 mai 1999, signé du Dr P.Haehner, son secrétaire général, il nous indique :

Nous avons mené notamment une réflexion sur l’ostéopathie avec les représentants de l’Académie de Médecine, des Universitaires, Syndicats et Sociétés Savantes.

Cette réflexion a abouti à l’adoption par le Conseil National du terme « Médecine Manuelle Ostéopathie » pour les médecins qui seraient en mesure d’apporter la preuve qu’ils ont suivi le D.I.U. dispensé par les Universités suivantes : Aix-Marseille, Bobigny, Paris XIII, Dijon, Grenoble, Lille Lyon, Reims Rennes, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse et Tours.

Notons que le mot « médecin » est souligné afin de bien marquer que ceux-ci sont les seuls à pouvoir pratiquer l’ostéopathie. Cette possibilité a en effet été officiellement refusée aux kinésithérapeutes en mai 1995. Paradoxalement l’enseignement de l’ostéopathie est totalement libre. À côté des treize universités qui délivrent un DIU aux médecins, des centres privés forment des auxiliaires médicaux (kinésithérapeutes, infirmiers) ou même des candidats sans aucune formation médicale initiale. L’École Française d’Ostéopathie9, par exemple, dispense moyennant 9000 F par an, un enseignement qui s’étale sur 7 week-ends pendant 3 ans (soit moins de 300 heures de cours) conduisant à un diplôme d’ostéopathe. Les cours théoriques sont travaillés sur un programme de référence livresque et polycopié. Précise-t-on bien à ces futurs ostéopathes que le diplôme qu’on leur décerne est sans valeur sur le territoire français et qu’il ne leur permettra pas d’exercer légalement ? On peut en douter !

D’après le « syndicat de médecine manuelle-ostéopathie », 5300 médecins sont habilités à pratiquer l’ostéopathie, soient qu’ils soient titulaire du nouveau DIU, soient qu’ils aient obtenus une équivalence suite à une formation antérieure « fiable ». Ceci ne représente qu’une très faible partie de ceux qui se disent ostéopathes. Ce qui signifie que tous les autres font de l’exercice illégal de la médecine10.

En pratique, les autorités ferment les yeux. Celui qui va consulter un ostéopathe, s’il peut tomber sur un médecin compétent qui a voulu développer sa clientèle par le biais de cette médecine parallèle, peut aussi confier sa colonne vertébrale à un praticien dont la durée de formation n’est même pas équivalente à celle d’un étudiant de deuxième année de médecine.

Les ostéopathes tentent évidemment de s’engouffrer dans la brèche et font pression pour que leur profession soit reconnue indépendamment des études médicales. Deux associations multiplient les démarches auprès des pouvoirs publics et font du prosélytisme dans les salons de médecines douces.

« Alors que la médecine n’avait rien à proposer pour aider ma fille, trisomique, l’ostéopathie lui a été bénéfique... C’est ce qui m’a déterminée à m’engager pour la reconnaissance de l’ostéopathie », indique Geneviève Favario présidente de Libero11 qui œuvre pour le « libre recours à l’ostéopathie ».

Dans le même but, une association de soutien aux ostéopathes ASO a été créée pour que « le diplôme des ostéopathes soit reconnu », s’appuyant sur le fait que dans un but d’harmonisation, le Parlement européen, le 21 mai 1997, a demandé la légalisation de certaines médecines parallèles dont l’ostéopathie.

Valeur clinique de l’ostéopathie

L’ostéopathie française repose sur 3 théories12 : L’ostéopathie crânienne, l’ostéopathie viscérale et l’ostéopathie structurelle.

L’ostéopathie crânienne est une croyance basée sur les concepts de W.G Sutherland, un ostéopathe américain (1873-1954). Selon lui, les os du crâne auraient un déplacement rythmique perceptible à la palpation. Pour les ostéopathes crâniens, toute cause susceptible de limiter la mobilité des os du crâne peut altérer la physiologie du corps entier. Cette théorie a été démentie par de nombreuses études scientifiques internationales13. Cette croyance au dogme élaboré par W.G. Sutherland est très répandue en France.

Dans la même veine que l’ostéopathie crânienne, a été élaborée en France une théorie mécaniste de la mobilité viscérale. Pour les ostéopathes viscéraux, toute cause susceptible de limiter la mobilité des viscères peut altérer la physiologie du corps entier...

L’ostéopathie structurelle découle des théories de Fryette, Mitchell et Jones... Ces théories sont jugées scientifiquement dépassées depuis longtemps.

En conclusion, l’ostéopathie française est basée sur des théories dogmatiques et des croyances pour les moins contestables. Le plus important reste donc l’évaluation clinique de son efficacité.

Les études contrôlées réalisées avec une bonne méthodologie sont très rares. Une étude réalisée pour apprécier l’effet de l’ostéopathie sur les lumbagos a conclu qu’elle ne fait pas mieux que le placebo14. Pourtant les ostéopathes considèrent comme admis que les manipulations soulagent les lombalgies aiguës. En fait, ce type de pathologie évolue souvent de manière fluctuante et peut disparaître spontanément.

Le Pr.Maigne (rhumatologue et pionnier de la médecine manuelle en France) indique15 :

« La thèse des chiropracteurs ou des ostéopathes qui soutient que bon nombre de maladies seraient favorisées ou provoquées par des coincements vertébraux est absurde et inadmissible. Les manipulations vertébrales ne peuvent pas servir à tout, ni à tout le monde. Deux catégories de douleurs peuvent être soulagées ou en partie soulagées par les manipulations. La première concerne les maux vertébraux variés (torticolis, cervicalgies, dorsalgies, lumbagos, sciatiques...), tels qu’il en survient après un accident, un traumatisme, un faux mouvement, etc. Dans la seconde catégorie s’inscrivent des affections dont la relation avec la colonne vertébrale n’est pas évidente mais auxquelles les manipulations remédient avec tant de constance et de régularité qu’elles en ont authentifié l’origine vertébrale. C’est le cas de certaines douleurs de l’épaule, du coude, de la plupart des maux de tête habituels, et les manifestations trompeuses qui imitent les douleurs digestives, gynécologiques... » et il ajoute « les manipulations ne sont absolument pas dangereuses à condition d’être pratiquées quand elles sont justifiées, et par des mains médicales et compétentes. »

En effet, des manipulations mal indiquées ou mal faites peuvent causer des troubles sérieux. Un revue de la littérature mondiale16. fait apparaître 135 cas de complications sérieuses (dont 18 morts) entre 1950 et 1980. Il s’agissait le plus souvent d’une méconnaissance du diagnostic réel (tumeurs, hernies discales...) ou d’une technique inadéquate. Un autre étude17 portant sur 4712 traitements recense 55 % d’effets secondaires (contractures musculaires, nausées, fourmillement, petites radiculalgies...). Ces manifestations disparaissent spontanément sans complications sévères dans 75 % des cas.

Questions au Pr. Marcel-Françis Kahn

JB - Pr. M.F. Khan, vous avez été chef du service de rhumatologie à l’hôpital Bichat, pouvez-vous nous dire si dans ce service on utilise les manipulations vertébrales ?

MFK - Dans le service que j’ai dirigé et que dirige mon successeur et ami le Pr Meyer, oui, on utilise les manipulations vertébrales. Les manipulations sont faites par un médecin entraîné, ancien kiné et médecin rhumatologue. Il coorganise un Diplôme d’Université consacré au rachis que j’ai contribué à créer dans notre université. Les manipulations (mieux nommées médecine manuelle) font partie de l’enseignement.

JB - Quelle est la part de ces manipulations par rapport à l’ensemble des traitements classiques ?

MFK - La part de ces techniques reste modeste. Les indications ne concernent que moins de 5 % de la pathologie rachidienne.

JB - Que pensez-vous de la prétention des ostéopathes à pratiquer une médecine préventive ou d’entretien, en particulier dans le cadre sportif ?

MFK - La prétention des ostéopathes de pratiquer une médecine préventive en milieu sportif ne se justifie pas si ils utilisent des vraies manipulations. À la rigueur, massages, étirements et relaxation pourraient se justifier, mais les ostéopathes qui gravitent autour des sportifs cherchent essentiellement ce que j’appelle un effet gourou !

JB - Êtes-vous favorable à la reconnaissance de l’ostéopathie et des autres médecines parallèles conformément à la demande du parlement européen

MFK - Je suis ouvertement, officiellement, et fermement opposé à la reconnaissance de l’ostéopathie et autres techniques (que je n’appelle pas médecines) parallèles comme le suggère le puissant lobby qui œuvre sous la direction de l’écologiste belge Paul Lannoye au Parlement européen pour cette reconnaissance.

Il est intéressant de noter qu’il y a une alliance explicite entre ce courant et le courant philosophique relativiste fustigé par Sokal et Bricmont. Bruno Latour, Isabelle Stengers et consort sont les justificatifs philosophiques de ce courant par ailleurs polymorphe puisqu’il allie le lobby des kinésithérapeutes frustrés de ne pouvoir prescrire et, plus loin dans le passé, les autorités nazies, puisque la reconnaissance officielle du statut de guérisseur (Heilpraktiker) fut consacré par un décret de février 1939, texte toujours en vigueur en Allemagne fédérale.

Une nouvelle étude portant sur l’efficacité a été publiée récemment dans le New England Journal of Medicine18. Elle s’intéresse aux cas de patients souffrants de lombalgies depuis plus de 3 semaines et moins de 6 mois. Elle a été conduite par une équipe de l’hôpital St Luke, de Chicago. Les patients ont été répartis au hasard en deux groupes, 72 ont été traités de manière traditionnelle et 83 ont été confiés à des ostéopathes. Le résultat a été apprécié après 12 semaines à l’aide de différents outils (questionnaire de Rolland-Morris, questionnaire d’Owestry, échelles analogiques visuelles...). Aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes. À première vue, ceci semble indiquer que l’ostéopathie fait aussi bien que la médecine traditionnelle. En fait, les choses sont moins simples. En effet, le groupe qui à été traité par les ostéopathes n’a pas, pour autant, été privé de médicaments ou de soins physiques, simplement leur consommation dans ces domaines a été plus faible que celle de l’autre groupe. Ceci n’est pas vraiment probant. Pour pouvoir conclure à l’intérêt de l’ostéopathie, il aurait fallu que le reste du traitement soit égal par ailleurs. Rien ne prouve en effet que le groupe traité par allopathie aurait eu un résultat inférieur avec un traitement classique plus faible.

L’avenir de l’ostéopathie

La preuve de la validité de l’ostéopathie reste encore à faire et son avenir est bien incertain. Doit-elle renforcer son image marginale de médecine holistique et se définir en opposition à la médecine traditionnelle, avec les risques que cela fait courir aux patients ? Doit-elle, au contraire, tenter de s’intégrer à la médecine scientifique en lui offrant, dans un créneau très limité, un outil qui reste à explorer et à valider ?

Aux pouvoirs publics de répondre. La pire situation serait celle qui prévaut aujourd’hui et qui laisse la porte ouverte à l’incompétence et au charlatanisme.

1 http://www.multimania.com/osteopathe/impatient.htm-.

2 http://www.multimania.com/osteopath....

3 Dossier de presse du “Registre des Ostéopathes de France”.

4 Still AT. Autobiography — with a history of the discovery and development of the science of osteopathy. Reprinted, New York, 1972, Arno Press and the New York Times.

5 Johnson SM et al. Variables influencing the use of osteopathic manipulative treatment in family practice. Journal of the American Osteopathic Association 97 :80-87, 1997

6 Doxey TT, Phillips RB. Comparison of entrance requirements for health care professions. Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics 20 :86-91, 1997

7 Enquête Cofrema avril 1995

8 Chiffres de l’Union fédérale des ostéopathes de France

9 École Française d’Ostéopathie, 148, Bd Malesherbes, 75017 Paris.

10 Ils risquent donc une amende de 20 000F et/ou une peine d’emprisonnement de 3 mois (article L367 du code de santé publique).

11 Extrait d’un article de Alternative Santé - L’Impatient n° 253 février 1999

12 Ref : « ostéopathie anglaise - ostéopathie française, quelles différences », Dr Elie Paul Cohen and Alain Guierre, [http://services.worldnet.net/aguier...].

13 « Documentation of the cranial rhythmic impulse », James M. Norton, Ph.D, Department of Physiology, University of New England College of Osteopathic Medicine.

14 Gibson T., Grahame R., Harkness J., Woo P., Blagrave P., and Hills R., « Controlled comparison of short-wave diathermy with osteopathic’treatment in non-specific low back pain », Lancet, 1985, i, 1258-1261.

15 Le Particulier Pratique N° 222 février 1998 p. 42-43

16 Laderman J.P. - Accidents of spinal manipulations. Ann. Swiss chiropractors assoc. 1981 ; 7 : 161-208

17 Power F.C., Hanigan W.C., Olivero W. - A risk/benefis analysis of spinal manipulation for relief on lumbar or cervical pain. Neurochirurgy, 1993 ; 33 : 73-78.

18 A Comparison of Osteopathic Spinal Manipulation with Standard Care for Patients with Low Back Pain, The New England Journal of Medicine — November 4, 1999 — Vol. 341, No. 19.

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