Rom Houben : la « Communication facilitée » de nouveau à l’œuvre

Une atteinte à la dignité des personnes handicapées

par Laurent Jézéquel - sPS n° 290, avril 2010

La presse internationale a largement rapporté l’histoire de Rom Houben, un handicapé belge plongé dans un coma végétatif depuis 23 ans à la suite d’un accident de voiture. Les médecins avaient posé un diagnostic définitif après avoir effectué tous les tests requis. Mais voilà, récemment, le Professeur Stanley Laureys, directeur du Coma science Group de l’Université de Liège, a repris les analyses en mettant en œuvre des méthodes modernes en imagerie médicale. Et une activité cérébrale a été identifiée, remettant en cause le diagnostic d’état végétatif complet, voire la possibilité d’un syndrome d’enfermement (Rom Houben serait conscient, mais « enfermé » dans un corps complètement paralysé).

Mais le problème, c’est que cette possibilité d’une activité cérébrale a été immédiatement transformée en « activité consciente enfermée dans un corps paralysé ». Rom Houben serait capable de s’exprimer et serait actuellement occupé à écrire un livre, « moyennant un dispositif adapté ». Et c’est cette communication qui emporte la conviction et qui fait que la « belle histoire » est reprise dans toute la presse. Or, la « méthode » en question ne serait autre que la « Communication facilitée », très clairement démasquée et dénoncée en France et aux États-Unis ces dernières années comme une imposture. Le principe est simple (voir SPS n°2771) : la personne handicapée, appelée le « facilité », est assistée d’une tierce personne, le « facilitant ». Ce dernier saisit fermement la main du « facilité », dont il laisse dépasser un doigt, puis appuie avec ce doigt sur les touches d’un clavier d’ordinateur ou autre, produisant ainsi des phrases écrites. En voyant la scène2, on se rend compte immédiatement que c’est bien évidemment le « facilitant » qui écrit. Cette « méthode » peut donc s’appliquer sans aucun apprentissage préalable pour la personne handicapée, quels que soient son âge (même un nourrisson) ou l’état de son cerveau, sans qu’elle ait besoin de savoir lire ou de regarder le clavier.

En France, cette méthode a été épinglée dans des rapports de la MIVILUDES, Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, en 2004 (page34), en 2005 surtout (p. 38 et 39), en 2006 (où il est fait référence à la psychophanie, p. 68) et en 2007 (p. 48 où la Communication facilitée est citée parmi les méthodes à l’origine du syndrome des faux souvenirs induits). Par ailleurs, p. 209, il est dit que la DGAS (Direction Générale de l’action sociale p 47) a confié en 2007 une mission au CREAI (Centre régional pour l’enfance et l’adolescence inadaptée) de la région Languedoc Roussillon, lui demandant de réaliser une étude sur l’efficacité de la « Communication facilitée » dans la prise en charge de l’autisme. L’étude a conclu à la non-efficacité de la méthode. Elle est très sévèrement dénoncée dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs, en décembre 2006, « Rapport 2006 de la Commission d’Enquête Parlementaire sur les sectes » : « pratique portant atteinte à la dignité des enfants handicapés » , faux espoirs donnés aux parents, « vampirisme intellectuel » , « version modernisée du spiritisme », « pratiques charlatanesques » […] tirant profit du désarroi des parents d’enfants handicapés » , et « portant atteinte aux droits fondamentaux des enfants ».

On ne peut qu’être inquiet des suites de ce formidable coup publicitaire, et redouter le suivant à l’occasion de la sortie du livre « de » Rom Houben.

Ainsi, un séminaire est annoncé3 pour le 5 février 2010 à Aix-en-Provence, où seront présentés des travaux sur la communication facilitée. Cette manifestation est organisée par le Laboratoire Parole et Langage de l’Université de Provence, qui est une structure du CNRS. Les travaux présentés ont été réalisés en collaboration avec une autre unité du CNRS, de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. S’agit-il d’apporter une caution scientifique à ce que James Randi qualifie de « farce cruelle »4 ? Si tel est le cas, que vient faire le CNRS dans cette histoire, et selon quelles normes scientifiques les travaux ont-ils été évalués ?

Dernière mise à jour : 27-12-2009

Mis en ligne le 21 décembre 2009
3048 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !