Michel Rouzé a 90 ans le 27 août 2000

par Jacques Poustis - SPS n° 244, octobre 2000

Cher Président fondateur, tu as 90 ans le 27 août de cette année. On se doute bien que cela ne va pas t’émouvoir outre mesure, car tu as toujours trouvé un peu puériles ces festivités programmées à dates fixes. Mais quand bien même, nous avons souhaité marquer le coup.

Nous allons ici même faire pire : profiter lâchement du fait qu’il y a huit mois tu nous as confié le destin de la revue, pour consacrer une petite place dans ce numéro au plaisir de te souhaiter bon anniversaire et conter, en partie, ta vie. Il serait en effet presque inconvenant que la plupart des lecteurs, anciens ou nouveaux, n’aient pas la moindre idée de ce que fut la vie, pleine, riche et exemplaire de celui qui créa les Cahiers de l’AFIS (et en dirigea la publication pendant plus de 30 ans).

Tu es donc né cher Michel Kokoczynski (tu ne prendras le nom de Rouzé, pseudonyme journalistique, qu’après la guerre) le 17 août 1910 à Paris de parents immigrés polonais. Peu de confidences nous sont parvenues sur ta (lointaine) petite enfance. Tu diras un jour dans un doux euphémisme : « Mon père était un homme charmant qui “faisait des affaires”, mais il était si peu doué pour cette activité que l’opulence nous resta toujours inconnue !... »

Elève particulièrement brillant, tu t’orientes après le baccalauréat vers des études littéraires supérieures pendant lesquelles, un jour de 1932, tu dégottes, pour arrondir tes fins de mois d’étudiant, un emploi de secrétaire de rédaction au journal Le Quotidien. C’est là que tu trouves immédiatement ta voie, à la fois dans le brouhaha des rotatives et dans l’ambiance fiévreuse des salles de rédaction (parallèlement tu écris des piges dans divers journaux parisiens).

Après 12 mois de service militaire (1936-1937), tu participes activement en Algérie à la création du journal Oran-Républicain (1937-1939) dont tu deviens le premier rédacteur en chef1. En 1939 tu deviens correspondant à Paris des deux quotidiens Oran républicain et Alger républicain.

Mobilisé lors de la déclaration de guerre de 1939, tu es fait prisonnier et t’évades en 1942 (déguisé en infirmier allemand) pour t’engager aussitôt dans les F.F.C. (tu ne t’es jamais vanté devant nous que cela te valut la Médaille de la Résistance).

L’année 1943 te retrouve en Algérie rédacteur en chef de Alger Républicain (aux côtés de Albert Camus), poste que tu occuperas jusqu’en 1948.

C’est au début de cette période que tu es secrètement contacté par les services spéciaux de la France Libre et deviens agent de renseignements au grade de lieutenant pour préparer la libération de l’Afrique du nord occupée. Cette mission que tu mènes, comme le dit ta citation, « d’une façon particulièrement efficace et exemplaire » te vaut à la libération les vives félicitations de la DGSS (et une Croix de guerre avec Etoile d’argent par décision de Charles de Gaulle... tu vois nous avons su nous aussi nous informer d’une façon exemplaire...).

De 1948 à 1953, tu es rédacteur en chef adjoint sous la direction de Louis Aragon à Ce Soir, journal d’obédience communiste que tu quittes peu de temps après t’être éloigné du PC pour incompatibilité avec « le frère Staline » dont le comportement te révolte.

De 1954 à 1962, après un chômage forcé, tu collabores à la revue mensuelle Horizons, et « améliores ton ordinaire » en travaillant comme visiteur médical (1955-1956)2.

De 1957 à 1966 tu assumes avec passion et rigueur le poste de rédacteur en chef de la revue mensuelle Diagrammes où tu te formes définitivement au métier de journaliste scientifique.

De 1964 à 1966, tu animes le Magazine des sciences à l’ORTF, puis (de 1966 à 1968) deviens chroniqueur régulier des revues Constellation et Science-Progrès-Découvertes.

C’est en novembre 1968 que tu crées la revue de l’AFIS, ancêtre des Cahiers, qui passera peu à peu de l’information scientifique pure à la lutte systématique contre les pseudo-sciences et le charlatanisme (voir Science et pseudo-sciences n° 242).

En octobre 99, « rattrapé par l’âge » comme tu le dis dans ton dernier éditorial (n°240), tu « passes la main » et confies les destinées des Cahiers à l’équipe actuelle3.

- Ouf !, a-t-on envie de s’écrier, quelle activité d’écriture !

Et pourtant ce n’est là qu’une partie de ta production. En effet depuis l’après-guerre, tu as participé à l’écriture de nombreux ouvrages collectifs (il serait bien long d’en faire l’inventaire) et tu as écrit de nombreux livres (depuis des romans pour la jeunesse comme le passionnant La forêt de Quokelude (1953) jusqu’aux nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique dont nous donnons ci-dessous une liste aussi exhaustive que possible tout en sachant que tu as perdu toi-même la trace de quelques ouvrages édités à l’étranger (tu parlais couramment, au temps où tu en avais encore la nécessité, cinq langues : français, polonais, allemand, russe et anglais).

Pour ne pas être trop incomplet (mais comment ne pas être réducteur en synthétisant en quelques lignes une vie aussi variée et bouillonnante que la tienne) nous terminerons en citant une activité qui te tint profondément à cœur pendant de longues années : ta pleine participation à l’association des journalistes scientifiques dont tu fus longtemps le trésorier, et qui sut couronner ton œuvre par un prix décerné à l’unanimité.

Arrêtons-là, Michel, de te faire souffrir en nous appesantissant trop sur ce que tu appelles toi-même une « vie normale d’homme passionné par ce qu’il faisait ».

Bon anniversaire donc, et s’il est évident qu’avoir 90 ans c’est magnifique, nous te faisons bien sûr confiance pour faire encore beaucoup mieux dans les années à venir ! Nous t’embrassons fraternellement. Merci, encore et toujours, pour tout (n’hésite pas à continuer de nous éclairer de tes conseils avisés).

Nous remercions Yoyo, fille de Michel Rouzé, pour les renseignements qui nous étaient inconnus...

Mis en ligne le 8 juillet 2004
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