Courriels et courriers : juillet 2008

SPS n° 282

La fin du pétrole

Je viens de découvrir votre revue, et par la même occasion votre site Internet. Je suis très intéressée par la volonté que vous affichez de lutter contre l’obscurantisme et effectivement de ne pas essayer d’introduire encore davantage la confusion entre sciences, progrès et débats faussés par des orientations idéologiques en tout genre. Une question m’intéresse plus particulièrement. A priori nous entrons dans une période relativement proche (qui a d’ailleurs peut-être commencé par certains aspects) où le pétrole ne pourra être fourni en quantité suffisante.

Je suis étonnée qu’il n’y ait pas plus de débats scientifiques, socioéconomiques… objectifs, et plus particulièrement dans les médias, mais aussi la littérature, sur les conséquences qui vont forcément en découler, celles-ci ne pourront que bouleverser complètement le fonctionnement de nos sociétés actuelles, et ce, quel que soit le niveau de richesse du pays (du moins me semble-t-il). Pourriez-vous m’indiquer des références sérieuses d’articles, livres ou autres sources qui me permettraient d’en savoir un peu plus sur ce sujet, ou pourriez-vous, vous-mêmes publier davantage d’articles à ce sujet ?

Lydie Remandet

Les problématiques énergétiques sont effectivement centrales quand on a en ligne de mire l’amélioration des conditions matérielles d’existence des habitants de notre planète. Il importe donc particulièrement que les autorités publiques puissent s’appuyer sur des données scientifiquement fondées, notamment en matière de disponibilité de ressources et d’impacts environnementaux des alternatives disponibles. C’est ce qui a conduit l’AFIS à contribuer à l’organisation le 10 octobre 2007 du colloque « Énergies et effet de serre » réuni à l’initiative du collectif « Sauvons le Climat », avec le parrainage des Académies des sciences et des technologies. Les actes du colloque sont disponibles en ligne ainsi que le journal qui a été édité à cette occasion. À votre demande de bibliographie, nous vous signalons la parution récente (2008) de L’énergie dans le monde, bilan et perspectives aux éditions EDP Sciences. Comme le précise la quatrième de couverture, ce livre, se fondant sur l’évolution prévisible de la demande énergétique « approfondit tous les aspects de la question, depuis les réserves connues à ce jour jusqu’aux nuisances des modes de production, en passant par le coût du nucléaire ou des formes variées d’énergies renouvelables… ». Notre ami Hervé Nifenecker, animateur de la commission énergie de la Société Française de Physique, membre du conseil d’administration de l’AFIS et président du collectif « Sauvons le climat », est, avec Jean-Louis Bobin et Claude Stéphan, l’un des coauteurs de cet ouvrage. Signalons enfin la bibliographie réunie par le collectif « Sauvons le Climat » et disponible sur son site Internet.

Michel Naud

Boules de lavage

Très intéressé par la revue et le site Internet, je me permets de vous faire part de quelques réflexions. Dans le dernier numéro de Science et pseudo sciences, la rubrique souvent amusante « Sornettes sur Internet » est consacrée aux boules de lavage. […] Après la lecture de l’article de Jean Günther, je suis allé introduire mon petit aimant dans le tambour du lave-linge et là « ô miracle » l’aimant s’y est fixé sans aucune hésitation, merci à saint Thomas le saint patron des athées ! Une seule expérience ne valant pas grand-chose, j’ai trimballé subrepticement mon petit aimant dans les lave-linge en exposition chez But et Conforama. Dans tous les tambours que j’ai testés, il adhérait. Que peut-on en conclure ? Je constate comme Jean Günther l’absurdité loufoque des prétentions concernant les boules magiques, mais les tambours des lave-linge semblant majoritairement en acier inoxydable et magnétique, cela remet-il en cause la négation de l’utilité du magnétisme dans le lavage du linge ? […].

Jean-Paul Houssay

Pan sur le bec ! Je n’avais essayé que sur une casserole, ce n’est pas le même inox… Cela ne change rien au fond ; on peut même remarquer que si l’aimant adhère au tambour le champ magnétique qu’il émet est plus faible que s’il est libre, les lignes de force étant alors fermées.

Jean Günther

Jean-Paul Houssay nous a également signalé un intéressant test mené par nos homologues canadiens « Les sceptiques du Québec » sur une boule de lavage. Il ressort de ce test que la boule Magik ne se révèle guère plus efficace que l’eau du robinet.

L’opinion publique et les scientifiques

[…] Le dernier numéro de SPS s’ouvre sur un éditorial où il est fait mention d’une enquête de TNSSOFRES qui révèle que 90 % des personnes interrogées font tout à fait ou plutôt confiance aux scientifiques et aux chercheurs et 88 % aux médecins, ces deux professions arrivant en tête. Je me permets innocemment de mettre en parallèle ce sondage avec quelques faits et une autre enquête d’opinion concernant le Monsanto 810 : douze scientifiques sur quinze du comité de préfiguration se sont estimés trompés voire trahis par les conclusions tirées par le sénateur Le Grand pour recommander d’appliquer un moratoire à la culture du maïs MON 810 ; quarante académiciens avec Pierre Joliot se sont élevés dans une tribune libre pour qu’on respecte « les paroles scientifiques » ; une déclaration posant la question « Pourquoi faudrait-il donc suspendre la culture du maïs OGM ? » élaborée par des scientifiques avec l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) a recueilli en l’espace d’un mois le soutien de plusieurs centaines de directeurs de recherche de la Recherche publique ; une majorité de Français – on parle de 70 % – s’opposent à la culture de plantes génétiquement modifiées. Je ne sais d’où l’on tire ce chiffre de 70 % d’opposants, mais franchement il ne m’étonnerait guère que ce soit un juste reflet de l’état de l’opinion à ce sujet ; j’ai même peur que l’opposition soit plus importante.

J’en conclus que si les Français font confiance aux scientifiques et aux chercheurs, soit leur confiance ne suscite malgré tout pas l’adhésion, soit ils n’ont pas connaissance des prises de position des scientifiques sur ce sujet particulier. Je serais tenté par la seconde hypothèse tant le matraquage médiatique anti-OGM a été intense notamment sur les télés et radios du service public fin mars et début avril au moment du débat à l’assemblée nationale. Comment parvenir à rendre audible la parole des scientifiques en général et celle de l’AFIS en particulier ? Cet objectif, raison première de l’existence de l’AFIS, est malheureusement très loin d’être atteint. Raison de plus pour persévérer.

Jean-Paul Houssay

Acupuncture

J’ai récemment lu un article dans La recherche, numéro spécial n° 412 daté d’octobre, qui porte essentiellement sur « les idées reçues ». L’inefficacité de l’acupuncture y est traitée comme une idée reçue (page 76). L’article est précis, évidemment en contradiction avec ce que nous savons (AFIS et moi !) sur cette pseudo-science. Sans doute que cet article n’aura pas échappé à la rédaction. Il mérite peut-être d’être analysé car il émane d’un journal dont la réputation de sérieux est bien assise. J’avoue que le « chauffage du petit orteil qui retourne le fœtus » me laisse perplexe…

Bernard Gendreau

Si la pratique d’une médecine parallèle ne produisait que des effets négatifs, ou pas d’effet du tout, ce serait trop simple. Toute la question est en fait de savoir si elles produisent des effets spécifiques. C’est-à-dire des effets propres, liés à leur théorie ou à la spécificité de leur pratique. Par exemple, l’effet placebo est une constante de toute pratique thérapeutique. Toutes les médecines, parallèles ou non, en « bénéficient ». Une évaluation scientifique cherchant à mettre en évidence les effets spécifiques d’une pratique thérapeutique devra donc s’assurer que l’explication des observations est vraiment due à des facteurs propres (d’où les essais « en double aveugle contre placebo », voir l’article de Jean Brissonnet dans ce numéro). L’acupuncture présente une difficulté supplémentaire. La mise en œuvre d’un placebo d’aiguille est difficile à imaginer. Le même article de Jean Brissonnet relate l’expérience réalisée en Allemagne et qui montre qu’une acupuncture réelle produit des effets antalgiques plus forts qu’un traitement classique à base de médicament et de kiné. Mais à égalité avec une acupuncture simulée. Mais nous ne sommes pas, nous ne pouvons pas, être dans le cadre d’une expérimentation en double aveugle : a minima le médecin sait qu’il s’agit d’une acupuncture simulée. Et le patient sait si on lui plante une aiguille ou non. La seule leçon que l’on peut en tirer est que, si les aiguilles ont un effet dans le cas considéré (lombalgies chroniques), il n’a rien à voir avec les concepts et préceptes de l’acupuncture (points, méridiens, etc.). Mais surtout, l’étude ne permet pas d’écarter l’explication d’une action par effet placebo, ce que d’ailleurs reconnaissent explicitement les auteurs lorsqu’ils évoquent un possible « super placebo effect »1.

J.-P. K.

Homéopathie vétérinaire

Dans un encart du dernier numéro de Science et pseudo-sciences, il est question de l’homéopathie en médecine vétérinaire. […]. L’homéopathie passe pour avoir un effet placebo. Soit l’effet placebo se produit chez des patients qui savent ce que c’est qu’un médicament et qui, en avalant la potion homéopathique, croient avaler un médicament. Mais les animaux, eux, est-ce qu’ils savent ce qu’est un médicament ? La réponse est dans la question. […]

Edouard Duc (Rennes, 35)

Notre numéro 274 d’octobre 2006 avait consacré un article à l’homéopathie vétérinaire. Dans cet article, Niall Taylor, chirurgien vétérinaire, soulignait au préalable comment l’idée d’homéopathie vétérinaire contredisait les principes même de la « discipline » : l’individualisation des traitements, l’identification des symptômes à la base de la constitution de la pharmacopée homéopathique, etc. Pour ensuite, indiquer qu’aucune étude n’avait montré de résultat positif dans des études homéopathie vétérinaire contre placebo. Que l’animal soit conscient ou pas d’avaler un médicament n’entre pas en ligne de compte. Ce qui importe c’est qu’il ne puisse pas distinguer la prise d’un médicament et celle d’un placebo. Reste par ailleurs que des animaux de compagnie, comme les enfants d’ailleurs, peuvent être sensibles à l’état émotionnel de leurs maîtres (ou parents) et peuvent réagir positivement à un soulagement de ces derniers (ou négativement à une inquiétude).

Un titre ambigu et énigmatique

D’abord bravo pour votre revue sur laquelle je suis tombé par hasard chez un marchand de journaux à Albi dans le Tarn (pas tout à fait par hasard, puisque j’étais au rayon « science » et particulièrement astronomie). Votre titre m’a paru ambigu et énigmatique : s’agissait-il d’une revue scientifique ou pseudo-scientifique (donc peu sérieuse) ? J’ai donc ouvert le numéro de janvier et compris votre propos après quelques minutes de lecture. […]

Philippe Kubek
Mis en ligne le 21 août 2008
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