Un monde fou, fou, fou : octobre 2005

SPS n° 269

Une astrologue fait la leçon aux biologistes

Élisabeth Teissier n’a peur de rien, ni de nous faire croire que la position des planètes provoque des catastrophes sur la Terre, ni de juger avec grandiloquence les recherches des biologistes, en leur lançant des anathèmes.

Dans son dossier web de juin 2005, elle s’en prend notamment aux expériences de Weissmann (Courrier International du 14 avril), qui ont consisté à injecter des cellules de cerveau humain dans des fœtus de souris.

Seconde abomination qui la heurte : les chercheurs vont croiser des cellules humaines et des cellules de chimpanzés.

Madame Teissier s’en étrangle d’indignation. Avec toute l’assurance qui la caractérise, elle sait, elle, que c’est pur délire. Que va devenir la race humaine si on commence à la mélanger à l’animal ? Elle écrit : «  Faut-il envisager une société planétaire de plus en plus constituée de sous-hommes au QI frisant la débilité ? » Sur plusieurs longs paragraphes, elle se lance dans de grandes envolées moralisatrices sur le statut inviolable de l’humain, prévoit la création de « sous-hommes », et nous brosse un avenir de science-fiction peuplé de « monstruosité » et de « débilité ». Les astres auraient-ils parlé ?

Elle dénonce l’irresponsabilité des chercheurs qu’elle qualifie avec mépris « d’omniscients ». Mais, Madame l’astrologue, s’ils étaient omniscients, les savants auraient-ils besoin de faire des expérimentations ? L’omniscience n’existe pas mais c’est pourtant du côté de l’astrologie qu’elle est revendiquée puisque cette discipline veut tout faire croire sans preuve et ne supporte pas la contradiction.

Puis elle appelle à elle deux arguments des plus pauvres, l’arrogance et le détachement de la nature : «  l’inconscience et l’arrogance des hommes qui ont perdu tout respect pour la nature, qui ont oublié qu’ils en font partie quoi qu’ils fassent et qu’ils lui sont assujettis… ». Pour l’arrogance, madame Teissier en détient une bonne dose puisqu’elle estime l’homme intouchable, en haut d’une pyramide, avec un statut suprême. Ce qui est purement arbitraire car ne reposant sur aucun critère, si ce n’est le dogme religieux. Dogme qu’elle fait sien ; pour preuve : « Peut-on, sans blasphémer gravement, bafouer ainsi les créatures humaines d’origine divine ? »

Les expérimentations de la biologie moléculaire provoquent des appréhensions bien légitimes. Pour autant, on sait que, ne disposant pas de modèle théorique complet, elle est bien obligée d’en passer par des expérimentations nombreuses et variées. La solution viendra sans doute d’un cadre éthique bien posé.

La violente diatribe de Teissier contre les chercheurs, parcourue de visions apocalyptiques nous enjoignant de rentrer dans le rang des bien pensants, est pourtant bien plus inquiétante. Moulée dans des croyances rétrogrades, prêchant une morale religieuse desséchante, elle incarne le fixisme et la régression intellectuelle. C’est bien plus effrayant que les expérimentations de labo.

Astrologie et présidents

L’astrologue dont nous venons encore de parler peut s’enorgueillir d’avoir été consultée par le président Mitterrand. Savez-vous aussi que M. Giscard d’Estaing, quant à lui, croit à l’astrologie, ou du moins à l’un de ses aspects les plus couramment évoqués, le lien entre « signe » de naissance et profil psychologique. Il s’en est expliqué publiquement sur la chaîne « Histoire », il y a déjà quelques années.

Nos ex-présidents, hommes de culture, surtout le premier, connaissaient-ils cette opinion de Jean Rostand : « Ce qui est grave, ce n’est pas que des gens croient à l’astrologie, c’est qu’ils décident de choses sérieuses avec une tête qui croit à l’astrologie » ?

Femmes sous influence

À la lecture de ce qu’écrivent les psychologues évolutionnistes (évopsy pour les intimes), on s’imagine que les femmes ne pensent qu’aux qualités reproductrices de leurs partenaires et que chaque geste quotidien n’est motivé que par la diffusion rapide de leurs gènes. En témoigne la rubrique « actualités » du site web « psyévo.org », qui vous présente sa dernière brève : « Les femmes les plus féminines sont moins influencées dans leur choix d’hommes par leur cycle menstruel, peut-être parce qu’elles ont plus les moyens de garder les hommes les plus masculins. »

Le portrait que nous brosse l’évopsy est tout à fait tordu : une femme qui s’estime peu féminine (l’est-elle vraiment ?) s’en remettrait à sa période de fécondation pour trouver un partenaire, comptant alors sur l’efficacité de ses hormones (pour doper sa féminité défaillante ?), alors que celle qui est séduisante a en permanence les hommes les plus virils sous la main. Si cette théorie était vraie, on constaterait un appariement idéal, mais très triste : les plus virils avec les plus féminines. La réalité est heureusement plus variée.

Cette croyance rejoint la cohorte de superstitions qui accompagne le cycle menstruel depuis la nuit des temps : sensibilité à la Lune, impureté, versatilité, mayonnaise qui ne prend pas, etc. On pourra désormais y ajouter… la prédation sexuelle.

L’ouragan Katrina

Chaque tragédie d’ampleur attire explications et « prédictions rétrospectives » de gourous de tous poils. Katrina, l’ouragan qui a dévasté la Louisiane, ne fait pas exception.

Le groupe « Columbia Christians for Life », violemment actif contre la libéralisation de l’avortement aux États-Unis, affirme avoir discerné une volonté divine dans la tempête : cinq cliniques pratiquant des avortements ont été détruites. La preuve est exhibée : une photographie radar de l’ouragan évoquant un foetus dans les toutes premières semaines de gestation, assis sur la gauche dans l’utérus,.

Une explication différente est proposée ailleurs1 : Katrina serait la punition de Dieu pour avoir laissé Israël sortir de la Bande de Gaza. Les évacuations de Gaza et de la Louisiane sont mises en parallèle.

Une organisation de Philadelphie du nom de Repent America (Amérique, repens-toi) affirme pour sa part que l’ouragan a été provoqué par Dieu pour empêcher la tenue d’une « gay pride ». « N’oublions pas que les citoyens de la Nouvelle-Orléans ont toléré, voire accueilli à bras ouverts la vilénie dans leur ville pendant si longtemps », lance le directeur de l’organisation, Michael Marcavage.

Bien entendu, aucun astrologue n’a été surpris, et certainement pas la plus médiatique d’entre eux2 : « L’actualité catastrophique aux U.S.A. (des milliers de morts à la Nouvelle Orléans) et la pire tragédie à Bagdad, pourtant en guerre depuis 4 ans, liée, elle aussi, à l’eau – on parle de 1000 morts – nous dictent le commentaire suivant : ces problèmes d’environnement sont liés aux dissonances de Mars (agression, accidents) sur Neptune, symbolique de la mer et de l’eau en général, mais également des virus, des gaz toxiques, des scandales et de toutes les dérives délétères ».

Qui a raison ? Peut être tout le monde : Dieu est probablement abonné à Télé 7 Jours et aux prédictions d’Élizabeth Teissier.

Rubrique réalisée par Agnès Lenoire, Jean-Paul Krivine et Jean Günther

Mis en ligne le 8 août 2008
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