Brèves

Création et évolution

SPS n° 281, avril 2008

L’Atlas de la Création

Selon de nombreux articles parus en février 2007, Harun Yahya est le pseudonyme d’Adnan Oktar, leader d’une organisation turque de type sectaire, proche de l’extrême-droite de ce pays, qui, au nom du Coran, dénonce depuis une vingtaine d’années « l’imposture des évolutionnistes, leurs affirmations trompeuses » et surtout « les liens occultes existant entre le darwinisme et les sanglantes idéologies telles que le fascisme et le communisme  ». Sa « Science Research Foundation » (BAV), dont l’origine des fonds reste mystérieuse, était considérée, en 2001, par le magazine Science comme « l’un des mouvements antiévolutionnistes les plus puissants hors des États-Unis  ».

Dans l’Atlas de la création, plus de 500 pages sur les 800 que compte l’ouvrage présentent des photographies illustrant la diversité des fossiles de différentes époques reculées rencontrés sur les différents continents. Si Harun Yahya accepte les âges donnés par les scientifiques, il conteste en revanche toute modification des êtres vivants au cours des temps géologiques. À l’appui de ce propos, l’Atlas prétend montrer en parallèle des illustrations de fossiles et d’êtres vivants actuels, sauf que souvent, les êtres vivants comparés n’appartiennent pas au même groupe. Le procédé repose uniquement sur la ressemblance globale des formes et bien sûr, aucune information scientifique n’est disponible. Il consacre les 200 dernières pages de son ouvrage à une « réfutation de la théorie de l’évolution » et à la promotion d’un islam fondamentaliste.

Début de l’année 2007, ce fut l’émoi : un luxueux ouvrage de 800 pages intitulé L’Atlas de la Création, richement illustré, était diffusé dans les établissements scolaires français. Alerté, Gilles de Robien alors ministre de l’Éducation Nationale, a demandé aux recteurs d’académies de veiller à ce que ce livre « qui ne correspond pas au contenu des programmes établis par le ministère, ne figure pas dans les centres de documentation et d’information des établissements scolaires  ». Hervé Le Guyader, professeur de biologie de l’évolution à l’Université Paris VI et chargé d’analyser cet atlas juge ce livre « beaucoup plus dangereux que les initiatives créationnistes précédentes, souvent d’origine anglo-saxonnes  ».
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L’Atlas de la création est diffusé dans toute l’Europe

L’enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre

Dans Science & Vie de décembre 2007, un professeur de SVT l’affirme, dans les classes, la résistance à l’enseignement de la théorie de l’évolution existe : ces élèves, souvent musulmans, mais aussi protestants catholiques ou Témoins de Jéhovah, « ne sont jamais très nombreux, mais leur opposition est plus affirmée qu’avant ». Dans la même revue, Annie Mamecier, doyenne de SVT à l’inspection générale, confirme : « il arrive même que des lycéens inscrivent sur leur copie de bac qu’ils répondent à la question comme on leur a appris au lycée, mais qu’ils ne sont pas d’accord avec la théorie scientifique de l’évolution  ».

Selon Le Monde du 8 février, le philosophe Johan Braeckman, de l’université de Gand, en Belgique, est chargé d’élaborer un programme d’information sur la théorie de l’évolution et d’organiser la commémoration, l’an prochain, des 200 ans de la naissance de Darwin et des 150 ans de la publication de l’Origine des espèces. Dans les propos rapportés par le quotidien français, le philosophe explique que « douter de l’évolution a des conséquences sur le plan scientifique, religieux mais aussi pour la conception des relations homme-femme  », faisant allusion à l’intégration des musulmans. « Des élèves d ’origine étrangère accordent peu de crédit à Darwin, j’espère seulement que les professeurs répondent à cela d’une manière sensée  ».

Les 13 et 14 février 2008, l’IUFM et l’Académie de Paris ont organisé avec le soutien du Muséum National d’Histoire Naturelle, un colloque de deux jours Enseigner l’évolution, la pédagogie face aux obscurantismes. Prenant la mesure de l’inquiétude et des difficultés d’un certain nombre d’enseignants, confrontés aux réactions hostiles de certains élèves face au thème de l’évolution, humaine en particulier, les organisateurs ont proposé aux professeurs parisiens une réflexion sur la réception de la théorie de Darwin à son époque mais aussi aujourd’hui. Des pistes ont été dégagées pour faire passer aux élèves ce qu’est la science aujourd’hui et apprendre à repérer ce qui est du ressort des pseudosciences telles que les thèses du créationnisme scientifique et de l’Intelligent Design.

Le jugement de Dover

Dans le numéro 268 (juillet 2005) de Science et pseudo-sciences, nous évoquions la situation de Dover, une ville de Pennsylvanie : depuis octobre 2004, le conseil scolaire de cette région, à l’ouest de Philadelphie, à imposé d’enseigner, en parallèle avec la théorie de l’évolution darwinienne, la thèse d’une Intelligence Supérieure. Les enseignants devant lire un texte indiquant que « le darwinisme est une théorie et non un fait […] Le dessein intelligent est une explication sur l’origine de la vie qui diffère des vues de Darwin » cité par J. Arnould, cf. les orientations bibliographiques). En octobre 2005 un procès s’est ouvert, à l’initiative de 11 parents qui, se basant sur le premier amendement de la constitution américaine, demandaient de déclarer illégal l’enseignement de l’Intelligent Design. Ce procès fut l’occasion de voir s’exprimer à la barre des scientifiques qui purent anéantir les assertions des tenants de l’Intelligent Design. Ceux-ci furent confrontés aux limites de la prétention scientifique de leur démarche, de leur théorie. Dans son verdict du 20 décembre 2005, le juge J. Jones, républicain chrétien, déclara qu’il était anticonstitutionnel d’enseigner le Dessein Intelligent comme une alternative à l’évolution dans les classes de biologie des écoles publiques : l’Intelligent Design est fondé sur des convictions religieuses et non sur une démarche scientifique.

Évolution et science : un sondage américain

Les résultats d’un sondage commandé par un regroupement de 17 sociétés savantes américaines, représentant les sciences physiques, la chimie, la biologie et les sciences sociales ainsi que les associations de professeurs de science, vient d’être publié dans le FASEB journal de janvier 2008. Alors que 61 % des personnes interrogées estiment que tous les êtres vivants ont évolué au cours du temps, parmi eux, 36 % pensent que les êtres vivants évoluent par des processus naturels tels que la sélection naturelle et 25 % pensent plutôt qu’un être suprême a guidé l’évolution des êtres vivants jusqu’à leur forme actuelle. Lorsque la question fait explicitement allusion à l’espèce humaine, 53 % des personnes interrogées acceptent l’idée que les hommes et les autres êtres vivants ont évolué (32 % pour une évolution par des processus naturels et 21 % pour une évolution guidée). Une majorité des personnes interrogées sont favorables à l’enseignement de l’évolution dans les classes de science (53 %, contre 36 % pour l’enseignement du créationnisme et 27 % pour l’enseignement de l’Intelligent Design).

L’ensemble des résultats de ce sondage qui interrogeait aussi sur le rôle et la perception de la science et des scientifiques est disponible en ligne : http://www.fasebj.org/cgi/reprint/22/1/1.

Science, Évolution et Créationnisme

’Académie Nationale des Sciences (NAS), aux États-Unis, vient de publier au début de cette année, la mise à jour d’une brochure destinée à défendre la théorie de l’évolution, et en particulier son enseignement, face aux offensives pseudo-scientifiques des créationnistes en tous genres.

Cette brochure (en anglais) est disponible sur le site de la NAS : http://www.nap.edu/catalog/1 1876.ht ml.

Une traduction française de cette brochure, par des scientifiques français, sera prochainement disponible sur Internet.

Une chandelle contre l’obscurité

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué mais ce 12 février marquait le 199e anniversaire de naissance d’un nommé Charles Darwin. Lui-même. Et si vous n’en avez pas entendu parler, c’est peut-être parce que vous vivez dans une région où on n’a pas senti le besoin de partir en guerre. Pas encore.

La « Journée Darwin », qui s’étend en fait sur toute la semaine, est née d’un tout petit groupe d’Américains outrés du travail de sape mené par les créationnistes et leurs disciples, mais a rapidement rayonné, avec l’aide d’Internet : cette année, son président, Duncan Crary, de l’Institut d’études humanistes à Albany (New York), affirme que 800 congrégations religieuses, à travers les 50 États des États-Unis, participent, d’une façon ou d’une autre, à la Journée Darwin. Et l’insistance sur les congrégations religieuses n’est pas innocente : c’est une façon de souligner que nombre de prêtres et de curés croient bel et bien en l’évolution, sans que cela n’affecte leurs croyances religieuses.

Dans cette optique, au Darwin Day s’est greffé plus récemment Evolution Weekend : du 8 au 10 février, des centaines de prêtres à travers les États-Unis ont prononcé des sermons ou organisé des groupes de discussion sur la « compatibilité » entre foi et science. Pour Michael Zimmerman, de l’Université Butler à Indianapolis, initiateur de ce projet (Clergy Letter Project), « pendant trop longtemps, des voix stridentes, au nom du christianisme, ont affirmé que les gens doivent choisir entre la religion et la science moderne... Aujourd’hui, les chefs religieux participants déclareront que religion et science ne sont pas adversaires. Et ensemble, ils élèveront le niveau du débat national sur ce sujet. »

Au-delà des Églises, des centaines d’écoles, de municipalités, de musées, de bibliothèques publiques et d’organismes de toutes sortes, ont organisé cette semaine des conférences, des expositions, des animations à l’intention des jeunes, des débats, des « Demandez à un expert », etc.

Difficile de savoir si, après 13 années d’efforts, cela commence à affecter les 40 % d’Américains qui, sondage après sondage, disent ne pas croire en l’évolution, mais les organisateurs tirent régulièrement la sonnette d’alarme : tel conseil scolaire qui s’apprête à voter sur l’inclusion du « dessein intelligent » dans le programme de biologie ; telle initiative à grand déploiement est lancée par le Discovery Institute, navire-amiral du mouvement du design intelligent. (Pascal Lapointe – Agence Science-Presse)

Une publication créationniste à comité de lecture

Au début de cette année, l’hebdomadaire scientifique britannique, Nature, rapporte qu’un groupe chrétien évangélique américain, Answers in Genesis, vient de lancer une publication à comité de lecture, dédiée à la recherche sur la Création récente et le déluge mondial, dans le cadre biblique. Selon son rédacteur en chef, un géologue de Brisbane en Australie, les articles reçus seront évalués par ceux qui soutiennent les positions de la revue. La plupart du temps, les travaux parus dans de telles publications restent ignorés de la communauté scientifique. Mais le risque est grand que les personnes qui n’ont pas une culture scientifique suffisante ne fassent pas la différence avec de véritables publications scientifiques.

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