Les textes publiés dans cette rubrique ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale des publications de l’Afis mais visent à informer plus complètement nos lecteurs en leur proposant divers éclairages sur des questions particulièrement controversées.

OGM, menace, fléau ou source de progrès ?

Le débat

Pierre-Henri Gouyon s’est adressé par e-mail au rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences en critiquant la posture de l’AFIS dans le débat public sur les OGM. Après quelques échanges préliminaires, nous lui avons suggéré de prendre part à un débat structuré avec nous, en centrant la discussion sur les arguments de fond susceptibles d’éclairer les lecteurs dans la controverse sur les OGM, et en laissant de côté attaques ad hominem et accusations. Nous accompagnions cette suggestion de la proposition d’un mode opératoire, reprenant une idée éditoriale initiée par d’autres et que nous entendons ainsi saluer*, « associant les avantages de l’oralité (la réponse aux arguments du contradicteur) à ceux de l’écrit (la possibilité de ne pas répondre sous le coup de l’émotion) »**.

Pierre-Henri Gouyon d’une part, Michel Naud d’autre part, ont accepté la règle du jeu. Ils ont été invités à traiter le thème des biotechnologies dans l’agriculture et pour l’alimentation animale et humaine suivant l’éclairage de la question : « OGM, menace, fléau ou source de progrès ? ».

D’un point de vue pratique chacun d’entre eux était invité à écrire un texte de 8 000 caractères lui permettant de développer librement et indépendamment l’un de l’autre son propre point de vue. Alors, et seulement alors, chacun découvrait la contribution de son contradicteur et était invité à répondre, dans un second texte, à ses arguments ; pour faciliter la lecture pour nos lecteurs il était demandé de surcroît à nos contributeurs de faire l’effort que leur second texte respecte autant que faire se peut la structure (l’ordre chronologique des arguments) du premier texte auquel il répond.

Cet ensemble a été conçu pour offrir à nos lecteurs un véritable débat instruit sur la base d’arguments et de faits. Le thème et la règle du jeu étant fixés, chaque contributeur était, bien entendu, libre d’écrire ce qu’il souhaitait. Faisant le pari de l’intelligence et respectant nos lecteurs, nous vous laissons seuls juges des arguments apportés par l’un et l’autre des protagonistes.

C’est cet échange que nous vous invitons à découvrir.

Jean-Paul Krivine

* Collection Pour ou contre, Editions Prométhée, OGM : quels risques ?, Jacques Testart et Yves Chupeau, septembre 2007, ISBN 98-2-916623-01-6.
** Ouvr. cité, préface, p. 9.

L’AFIS et les OGM

Michel Naud, président de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS)

C’est au début des années 2000, interpellée par les destructions de parcelles et de serres de la recherche publique par les précurseurs des « faucheurs volontaires », que l’AFIS s’est saisie du thème des OGM. Dressant le constat qu’il n’est pas facile, dans cette controverse souvent passionnelle, de se frayer un chemin entre les arguments scientifiques et les partis-pris idéologiques, tout comme de démarquer les connaissances avérées des rumeurs et fausses informations qui circulent, la posture de l’AFIS est restée constante :

• Informer les citoyens sur la réalité de l’avancement des sciences et des techniques, éclairer sur les bénéfices et les risques potentiels, et ce dans un langage accessible à tous, en se tenant à l’écart du sensationnalisme, et sans tenir compte de la pression des intérêts privés.
• Défendre la nécessité de la séparation du champ de l’expertise scientifique de celui des considérations économiques, politiques ou sociales : l’intégrité scientifique dans l’élaboration des décisions politiques est à ce prix.
• Défendre le service public de l’expertise scientifique, constitué de scientifiques nommés en fonction exclusive de leurs compétences démontrées, et dénoncer l’illusion, dangereuse, consistant à prêter objectivité et neutralité à des « experts » autoproclamés « indépendants ».

Abordons maintenant la controverse et commençons par écarter rapidement quelques points, souvent mobilisés dans les débats mais qui ont en commun d’une part d’être le plus souvent hors du champ scientifique et technique ou de ne pas être propres aux OGM. 

Le brevetage du vivant. Ajoutons aux différents éléments déjà publiés par l’AFIS (Brissonnet 2003, Houdebine 2006, Kindo 2007) que, contrairement à l’usage états-unien des brevets, le système français du Certificat d’Obtention Végétale (COV), adopté dans 65 pays dont l’Europe, combine la protection de la création variétale et le libre accès de tous à la ressource génétique ; le principe de la dérivation essentielle entre deux variétés (1991) a permis d’étendre ce droit aux variétés OGM et de laisser libre accès à la partie « non OGM » du génome.

Les entreprises semencières. La création variétale, quelle que soit la variété, n’est pas un service public. D’aucuns peuvent le regretter mais cette question non plus n’est pas propre aux OGM. Notons qu’en France 80 % des entreprises semencières sont issues des coopératives que les agriculteurs ont eux-mêmes forgées ou sont des PME.

Les « semences de ferme ». Si la pratique suivant laquelle l’agriculteur prélève une partie de sa récolte pour réensemencer ses champs subsiste encore pour des variétés pouvant se reproduire en conservant leurs caractéristiques, comme pour le blé, elle n’est plus pratiquée depuis des décennies pour une plante telle le maïs (une visite de la galerie de l’évolution du muséum national d’histoire naturelle vaut toutes les explications). Qui plus est, dans le système français (CVO), la liberté de choix des agriculteurs est assurée sans léser pour autant les obtenteurs.

L’autre voie empruntée par les réfractaires aux biotechnologies végétales est de douter de leur utilité sociale par rapport aux pratiques préexistantes.

La domestication des espèces végétales et animales par l’homme remonte à plus de 10000 ans. Dès le début de l’agriculture, les végétaux ont été transformés par l’homme qui a choisi puis créé des mutants, a utilisé très tôt les aptitudes des végétaux à la multiplication végétative ou au greffage pour régulariser les productions ou les protéger au plan sanitaire. Dès qu’elles ont été découvertes, les lois de la génétique ont été utilisées pour raisonner la sélection sur descendance. La transgénèse est donc arrivée dans la suite logique de l’appropriation des progrès de la science pour l’amélioration des plantes. Avec la mise en place de commissions pluridisciplinaires issues de la recherche publique jamais technique nouvelle n’a été si précocement ni si profondément encadrée au plan de l’analyse des risques sanitaires et environnementaux.

Alors que dans les années d’après guerre la priorité de la sélection variétale française a nécessairement été l’augmentation et la régularité des rendements, les critères de sélection se sont, depuis, enrichis : priorité aux résistances aux maladies limitant les traitements, limitation de l’usage des intrants, économie de ressources (eau), amélioration des conditions de travail des agriculteurs, ou encore amélioration des qualités nutritionnelle, gustative ou sanitaire des aliments, etc.

Pour poursuivre ces objectifs, à l’utilité sociale difficilement contestable, la mobilisation de l’ensemble des connaissances scientifiques et des techniques disponibles est non seulement pertinente mais nécessaire. En médecine et en santé humaine, il paraîtrait inimaginable pour le présent et le futur de se passer des apports des biotechnologies. Il en va de même en agriculture où les biotechnologies végétales, au côté des méthodes plus classiques de sélection variétale, constituent bel et bien un outil de plus pour améliorer les conditions d’existence des êtres humains, amélioration sans laquelle on ne saurait parler de progrès économique et social.

Pour l’introduction des biotechnologies végétales il convient, comme il est pratiqué, de raisonner au cas par cas. En effet, chaque espèce cultivée a une biologie bien décrite et qui lui est propre. Il faut donc prendre en compte de nombreux paramètres tels la pérennité, l’aptitude à la propagation végétative, le mode de reproduction autogame ou allogame, et l’appartenance à un complexe d’espèces comprenant ou non des espèces sauvages sur le territoire de la culture.

Le maïs Bt. Sa culture est, sur le plan scientifique, parfaitement légitime : l’impact environnemental du maïs Bt sur la faune et la flore sauvage est moindre que celui des traitements insecticides autorisés ; l’agriculteur observe une amélioration de ses rendements et de ses conditions de travail ; il n’existe pas sur notre continent d’espèce sauvage apparentée ; les modalités de la coexistence entre modes de production permettant de garantir de très faibles taux de présence fortuite sont connues et permettent de garantir la liberté de produire et consommer avec ou sans OGM ; de plus le maïs Bt est plus sain pour l’alimentation que les variétés conventionnelles de par la présence moindre de mycotoxines cancérigènes. Ne subsistent, outre le lobbying de la filière agrobiologique, que l’opposition principielle de ceux pour qui transgénèse rime avec transgression et celle de ceux qui voient dans l’activisme anti-OGM une ligne de front pour leur combat politique.

Qu’elle soit développée par conviction ou par tactique, la communication anxiogène sur le thème des « incertitudes » doit être dénoncée car aucun produit alimentaire n’est à ce jour l’objet d’autant de contrôles que les aliments issus des cultures biotechnologiques. Depuis près de dix ans, pour les produits qui ont été validés scientifiquement sur le plan sanitaire et autorisés pour la commercialisation et la consommation sur le plan politique, ce sont des centaines de millions d’animaux et d’êtres humains qui consomment chaque jour des OGM sans aucune conséquence négative décelée par les éleveurs, les vétérinaires ou les épidémiologistes. Comment peut-on expliquer cela autrement que par l’absence de danger ?

Les citoyens français peuvent compter sur leur service public de l’expertise scientifique. Il représente une expertise fiable, indépendante des intérêts privés comme des idéologies, et à même de les protéger. La science et la technologie sont bien nécessaires pour emprunter la voie du progrès mais c’est l’impulsion politique qui permet de s’y engager ; encore faut-il que les peurs non fondées et les arguments pseudo-scientifiques soient écartés.

L’AFIS et les OGM

Réponse de Pierre-Henri Gouyon

L’article de Michel Naud montre de très bonnes intentions malheureusement servies par une perméabilité impressionnante à la propagande des firmes impliquées (et représentées à l’AFIS).

La volonté affichée de « défendre la nécessité de la séparation du champ de l’expertise scientifique de celui des considérations économiques, politiques ou sociales » est contredite dans la suite du texte. Les trois premiers points ne sont pas du ressort des sciences au sens de l’AFIS. Sur la question du brevet, il existe des juristes qui travaillent (pas au service juridique, dans les équipes de recherche). Leur consultation éviterait de dire des contrevérités. Parlez-vous en scientifique quand vous dites que COV résout tous les problèmes ? Le COV permet de protéger n’importe quoi (pas de critère). De plus, il ne règle pas le problème des contaminations. Les semenciers eux-mêmes avouent ne pas pouvoir les éviter dans leurs semences, comment garantir dans ces conditions la propriété de l’agriculteur sur sa propre récolte ? Pour les entreprises semencières, vous répétez les chiffres du GNIS qui n’ont jamais été validés. Où est la science ? Croyez-vous pouvoir parler du « libre choix des agriculteurs » de façon scientifique, sans une analyse de la façon dont les entreprises et les coopératives réussissent à le limiter ? Et les contaminations (que vous appelez présence fortuite), vous répétez ce qu’on vous a dit. Je travaille sur ce sujet (contrairement à vos experts) et j’ai des preuves du contraire ! Il existe des agriculteurs qui tentent de maintenir de la semence de ferme, y compris sur le maïs (mais actuellement, la loi l’interdit !), une HDR a été soutenue à ce sujet à l’INRA… Le problème de l’AFIS, c’est de n’avoir pas cherché à étendre ses compétences dans les domaines de l’écologie, de la génétique des populations, de l’économie, du droit…

Une réelle information se démarquerait de la propagande en traitant scientifiquement chaque point. Dans la partie sur le maïs Bt, plutôt que de parler de la compétence des experts (que l’AFIS n’a jamais remis en cause quand ils acceptaient des OGM mais qui ont été vivement critiqués quand ils ont émis des doutes sur le maïs Bt ; comme quoi il ne suffit pas d’être compétent), on aimerait des faits. Combien d’animaux sont utilisés pour les tests de toxicité ? Pendant combien de temps ? Quelle est la force de l’effet nécessaire pour que les tests soient significatifs ? Pourquoi pas des tests plus longs ?... Alors, écrire « Sa culture est, sur le plan scientifique, parfaitement légitime », ça veut dire quoi ?

Quand l’AFIS prétend que les OGM nourriront 9 milliards d’humains, elle tombe dans le sensationnalisme et ignore les causes de la crise alimentaire actuelle. Cooptez donc quelques scientifiques qui ont un autre point de vue et arrêtez de croire que votre vérité est LA vérité scientifique. Et, s’il vous plait, jouez la transparence, dites nous les rapports qu’ont vos membres (ou vous) avec les industriels concernés

Rationalité & OGM

Pierre-Henri Gouyon, Professeur au MNHN, à l’INA P-G et à l’École polytechnique

La rationalité peut s’appliquer dans divers champs de l’activité d’un scientifique. D’une part, elle permet de chercher des solutions pour atteindre des buts donnés ; d’autre part, elle permet de décider de la hiérarchisation entre les buts proposés. De nombreux scientifiques confondent la rationalité à l’œuvre dans les méthodes à mettre en œuvre et celle qui préside au choix des impératifs. Lorsque la génétique s’est constituée, la foi dans le progrès était telle qu’il est apparu évident à tous les généticiens qu’il était urgent de mettre en place un dispositif permettant d’assurer le progrès génétique de l’espèce humaine. De Galton à Julian Huxley en passant par Pearson et Morgan, ces immenses scientifiques se sont fourvoyés dans l’eugénisme. En lisant leurs textes, on comprend qu’une fois posée la priorité de l’impératif de progrès, l’eugénisme s’ensuit rationnellement. À Nuremberg, il a été affirmé que les atteintes à la dignité humaine constituaient des crimes qu’aucun impératif ne pouvait excuser. L’erreur résidait dans la hiérarchisation des buts. Comment peser rationnellement les différents impératifs ? Le « Progrès » (technique) est-il tellement nécessaire qu’il doit être favorisé quels qu’en soient les inconvénients ?

Lorsque j’ai démarré en 1988, dans mon équipe de recherches d’Orsay, un programme sur les risques associés à la (future) culture d’OGM, je pensais que l’ensemble de la société, pouvoirs publics et entreprises de biotechs inclus, serait intéressé par ces questions et les utiliserait pour prendre de sages décisions. Dans les années 90, lorsqu’un industriel à qui nous apportions la preuve que les betteraves sauvages se croisaient librement avec les cultivées et que l’introduction d’une résistance à un herbicide dans la forme cultivée rendrait la mauvaise herbe résistante en 2 ans, nous a répondu « Ça fera toujours 2 ans de gagnés », lorsque l’ensemble du panel a ajouté que nos études étaient inutiles car « d’ici 2 ans, toutes les cultures seront OGM », j’ai commencé à comprendre que la rationalité scientifique peut servir des impératifs variés et que le débat devait aussi porter sur ces choix.

Jusqu’à présent, dans l’affaire des OGM, l’AFIS n’a donné la parole qu’à un des deux bords : ceux qui croient que le progrès technologique est le seul valable et que les dégâts collatéraux, qu’il convient d’occulter, ne doivent pas nous freiner sur cette voie. Pas un mot donc, dans les dizaines de pages que ce site a consacré aux OGM, des critiques qu’on peut adresser à cette technologie et à ses implications biologiques, écologiques sociales et économiques. Il m’est permis aujourd’hui de corriger partiellement ce biais. C’est bien un questionnement de scientifique que je veux présenter très partiellement ici, mais un questionnement qui dépasse la simple question technique.

En préalable, il faut garder à l’esprit que la biologie est une science empirique. Une telle science permet de comprendre le réel mais pas de prévoir les situations nouvelles. Pour pouvoir prédire ce qui se passera dans une situation donnée, il est nécessaire d’avoir rencontré la situation un certain nombre de fois (assez pour faire des statistiques). Ce fait n’est pas grave en soi ; mais il place tous ceux qui affirment que les conséquences de la culture d’OGM sont connues et maîtrisées dans la catégorie des irrationnels. Aucun d’entre nous n’aurait pu prédire que le prion se transmettrait comme il l’a fait à partir des farines animales. Nous ne comprenons toujours pas comment il le fait. Les farines animales constituaient une pratique nouvelle : nos capacités de prédictions étaient faibles. Il en va de même des conséquences de la transgenèse.

De fait, la liste des inconnues répertoriées dans le cas des OGM est impressionnante. Et les mensonges sur ces points à la mesure. Commençons par le transgène prétendument extrait de la bactérie Bacillus thuringiensis et qui code la production d’une protéine qui tue les insectes. Contrairement à ce qui est affirmé, le gène qui est introduit dans les plantes n’est pas celui du Bt. Il s’agit d’une version tronquée et mutée du gène (pas toujours le même). Ceci modifie la solubilité ainsi que la spécificité de la protéine produite, et probablement aussi sa biodégradabilité. Ajoutons que nous ne savons rien des différences de repliement de la protéine selon l’environnement cellulaire. Or l’immense majorité des études qui ont conduit les commissions « compétentes » à accepter ces OGM a été réalisée en utilisant la protéine produite par la bactérie et non celle de la plante. On sait de plus que le transgène interagit avec le reste du génome mais on ne sait à peu près rien en prédire. Ajoutons que les résultats contradictoires rendent toute conclusion impossible. Qu’en déduire ? Dans un article, la conclusion est : « Ces remarques justifient une amélioration des méthodes d’évaluation des impacts des cultures OGM. Mais les données actuelles ne justifient pas une interdiction du maïs Bt MON810 ». OK, tant qu’on ne sait rien, on y va, c’est ça que demandent nos concitoyens ?

Ajoutons que les commissions en charge des autorisations ont été très majoritairement constituées de scientifiques favorables aux biotechs, parfois liés aux entreprises demandeuses et en général incompétents pour les questions posées. S’agissant d’impact sur l’environnement et la santé publique, on aurait attendu des écologues, démographes, épidémiologistes, écotoxicologues… Rien de tout cela. Le poids politique des lobbies industriels a permis la constitution de commissions orientées dans leur jugement et l’AFIS n’a jamais publié de commentaire critique sur les avis de la CGB. Mais qu’enfin soit constituée une commission possédant les compétences requises, qu’enfin, ce comité pointe les nombreuses incertitudes et l’AFIS se fend d’une analyse en 29 pages pour critiquer l’avis émis par ce comité (Cf. citation ci-dessus).

De nombreux OGM sont résistants à un herbicide et permettent son emploi sur la culture considérée. Le plus courant est le fameux Roundup. On sait aujourd’hui que les qualités de biodégradabilité qui ont servi à promouvoir les autorisations de cet herbicide étaient fausses Le documentaire récent de MM. Robin montrait bien ces mensonges. Pourquoi se contenter de critiquer le film et passer sous silence tout ce qui est important ? Pourquoi ne pas critiquer la pseudo science de la firme Monsanto et de ceux qui la défendent ? Pour ce qui me concerne, après avoir vu les ravages que produit la technologie RR dans le bassin amazonien, l’épandage immodéré d’herbicide par avions sur les champs, sur les maisons, sur les champs des voisins (c’est le vent…), je suis atterré de voir des scientifiques prétendre rationnellement défendre cette technologie comme un progrès souhaitable.

Enfin, les OGM contiennent des gènes brevetés. Je crois n’avoir jamais rencontré un scientifique qui n’admette pas que la mainmise de quelques sociétés géantes sur l’ensemble des ressources génétiques de la planète est un problème grave. Cette appropriation se fait à travers le brevet et grâce à la contamination (fortuite disent-ils alors qu’on sait qu’elle est inévitable) des champs non transgéniques par des transgènes amenés là par des pollens ou des graines migrants. Il a fallu de nombreuses recherches pour montrer l’inéluctabilité de cette contamination que certains continuent de nier. On ne possède pas de solution à cette question. On sait que ça peut être grave voire catastrophique (la perte de la diversité des semences pourrait avoir des effets dévastateurs sur la production mondiale). Alors, pourquoi ce silence assourdissant ?

Je ne crois pas que la rationalité soit pour ou contre les OGM. La question est : parmi les inconnues et les certitudes scientifiques, quelles sont celles que nous souhaitons favoriser, pour quel avenir travaillons-nous, pour qui ? Et cette question n’est pas du ressort de la science.

Rationalité & OGM

Réponse de Michel NAUD

Avant-propos. Mobilisant des références à l’eugénisme et Nuremberg1, Pierre-Henri Gouyon suggère un parallèle avec ceux qui n’adoptent pas une perspective anti-OGM : le « débat » commence mal. Cantonnons-nous, point par point, aux faits.

La betterave. Cette anecdote démontre… la nécessité d’un service public de l’expertise scientifique, constitué de scientifiques nommés en fonction exclusive de leurs compétences démontrées. La CGB, par l’avis négatif sur le colza tolérant au glyphosate (risque environnemental de dissémination) et l’avis positif sur le maïs Bt (absence de ce risque) en a illustré le sérieux et l’indépendance.

La biologie est une science empirique. La science « soumet toutes les propositions au critère impitoyable de l’expérimentation, de la concordance avec les connaissances déjà acquises et de la logique. (…). La science reconnaît comme une réalité vérifiée que des gènes peuvent être transférés entre des espèces distinctes dans la nature. Elle a clairement établi que les organismes complexes peuvent intégrer et utiliser une information génétique nouvelle. » 2

Les farines animales. Amalgame. L’alimentation des bovins avec des farines animales n’était en rien nouvelle puisqu’introduite à la fin du XIXe siècle. La crise de l’ESB était imputable à la baisse de la température de traitement ainsi qu’à la suppression du dégraissage par extraction à l’hexane, par des industriels voulant réduire leurs coûts et limiter les risques professionnels. Cette question n’était donc pas celle, scientifique, des « incertitudes » mais celle, politique, de la vigilance et du contrôle.

Le gène Cry1Ab. Après qu’il ait été occulté que le principe actif du maïs Bt était non seulement pas nouveau mais compatible avec l’agriculture biologique il est suggéré maintenant que le fait que le gène ait été tronqué lors de son insertion dans le maïs créerait une faille dans le processus d’évaluation. Il n’en est rien ; en particulier, l’étude de toxicité subchronique a bien été conduite avec la toxine présente dans la plante GM.3

L’expertise. Pierre-Henri Gouyon reproche aux commissions d’être « très majoritairement constituées de scientifiques favorables aux biotechs ». Le seul critère pertinent de nomination que nous reconnaissons est la compétence scientifique, à l’exclusion de toute autre considération, politique, idéologique ou sociétale.

Biodégradabilité du glyphosate. Amalgame. Cf. CIRAD4

Brevetage du vivant. Cette question est d’ordre juridique et non scientifique ; elle n’est ni nouvelle ni propre aux PGM5 ; c’est à l’initiative des scientifiques français6 que le certificat d’obtention végétale (COV) a été créé dans l’objectif de « laisser le progrès génétique libre tout en récompensant les avancées déjà réalisées »7, réalisant une synthèse entre la mission de promotion de l’intérêt général confiée aux chercheurs de l’INRA et le souci des obtenteurs de protéger leurs innovations.

Dissémination. Pour le maïs, les facteurs déterminants sont qu’il n’y a pas d’espèce sauvage apparentée sur le continent européen et que la culture de cette plante (sous forme d’hybride) fait qu’elle n’est jamais ressemée ; les paramètres de sa dissémination sont connus, tout comme le sont les bonnes pratiques associées (distance de séparation, zones refuges, décalages de semis, précautions au semis et à la récolte, etc.)8. Les conditions de la coexistence entre modes de production sont donc connues et se posent à l’identique récolte après récolte (pas d’effet cumulatif). La décision réglementaire, elle, est d’ordre politique et non scientifique.

En conclusion. Les biotechnologies, comme les nanotechnologies, ne seront pas « désinventées » et nous n’avons pas connaissance de progrès qui aurait nié le progrès scientifique et technique. Certes les questions posées ne sont pas seulement du ressort de la science mais l’action « qui n’est pas basée, aujourd’hui, sur la science, est une action qui s’égare et qui, finalement, risque de servir ce qu’elle prétend attaquer »9.

1 Un Point Godwin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin.

2 Fotis Kafatos, président du Conseil scientifique du Conseil Européen de la Recherche, directeur général du laboratoire européen de biologie moléculaire à Heidelberg (Allemagne), membre associé étranger de l’Académie des sciences (France), membre de la National Academy of Sciences (États-Unis), Le Monde, 23 octobre 2007.

3 Références :
http://agribiotech.free.fr/AFSSA080430.pdf ;
http://agribiotech.free.fr/AFSSA061103.pdf ;
http://agribiotech.free.fr/EFSA020404.pdf.
Pour les tests de toxicité aiguë et sub-chronique et les tests d’alimentarité on notera que les expériences réalisées ont mis en œuvre et nécessité le sacrifice de 200 rats, 3792 poulets, 144 porcs, 24 bouvillons et 21000 larves de saumon ; 34 vaches porteuses de fistules permanentes du rumen et du duodénum ont également été utilisées.

4 Pour des éclaircissements sur la toxicité du glyphosate (principe actif du RoundUp) et plus généralement des herbicides on se reportera à la présentation qui en est faite par le laboratoire public CIRAD ; pour l’ensemble des caractéristiques propres au glyphosate, dont la biodégradabilité, on se reportera à la fiche de l’AFSSA http://www.dive.afssa.fr/agritox/php/sa.php?source=UE&sa=91.

5 La convention de l’Union Internationale de Protection des Obtentions Végétales (UPOV) qui visait à « mettre en place et promouvoir un système efficace de protection des variétés végétales afin d’encourager l’obtention de variétés dans l’intérêt de tous » est entrée en vigueur le 10 août 1968 ; elle découlait de la conférence de Paris du 2 décembre 1961 qui a posé les bases du droit de la propriété intellectuelle en matière d’obtention variétale http://www.upov.int/fr/about/upov_system.htm.

6 L’artisan en a été Jean Bustarret, chef du département Génétique et Amélioration des Plantes (GAP) puis inspecteur général et enfin directeur général de l’INRA.

7 Communication d’Alain Cauderon, directeur de recherche honoraire de l’INRA, membre de l’Académie d’Agriculture et de l’Académie des Sciences.

8 On se référera aux communications du colloque organisé par l’AFIS le 17 janvier 2008 http://agribiotech.free.fr/.

9 Michel Rouzé, fondateur de l’AFIS, Raison Présente n° 23, 1972.

Mis en ligne le 28 mai 2008
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