Courriels et courriers : août 2007

Escrocs, charlatans, ou de bonne foi ?

Chers amis. Votre (notre) n° 277, pages 9 à 38, soit la moitié du numéro : vous dénoncez, à juste titre, une collection impressionnante d’âneries assénées par de pseudo-scientifiques. Très bien ! D’accord ! C’est déjà bien utile. Mais... Tous ces gens sont-ils des philanthropes, attachés bénévolement à aider leurs semblables par ces moyens illusoires, dont ils peuvent prétendre qu’ils les croient utiles ? Ou se font-ils payer, de diverses façons sans doute, et bien difficile doit-il être d’en établir, au moins approximativement, les montants ? Voilà ce qui manque dans ces trente pages : pas un mot sur l’assise financière de ces… de ces quoi, au fait ? de ces hurluberlus ? ou bien de ces escrocs, qui sans doute ne croient pas un mot de ce qu’ils racontent ? De quoi vivent-ils ? ou disent-ils vivre ? Viennent-ils à vélo, ou en voiture de luxe ? Logent-ils sous la tente, ou dans un château ? A-t-on le droit de le dire ?

Certes, le risque de poursuites judiciaires existe, en fait ce n’est même pas un risque, mais presque une certitude... Est-il vraiment impossible d’écrire que M. Untel reçoit volontiers des dons, des « honoraires », ou toute autre forme de rémunération ? Ou d’évoquer son train de vie ? Sans parler encore de l’exercice illégal de la médecine. Ou de traiter séparément le sujet, sans renvoi à X ni à Y ? Tout au moins devrait-on déplorer l’incapacité (ou la complaisance...) de nos autorités (y compris l’Ordre des médecins) qui préfèrent ne pas poursuivre, pour ne pas, disent-ils, leur faire de la réclame.

Un texte sur ce sujet, dans un prochain numéro, serait bien intéressant.

Avec mes meilleurs sentiments,

Jean-Georges Rozoy

Patamédecines et médecines parallèles

Marcel-Francis Kahn, membre de notre comité scientifique et de parrainage, revient sur l’article que nous avons publié en réaction au dossier de Sciences et Avenir sur les médecines parallèles, et nous suggère d’opérer une distinction entre les différentes pratiques.

L’acupuncture et l’ostéopathie (il vaut mieux parler de chiropractie) sont inadmissibles quant on veut en faire des médecines holistiques. En revanche, à titre de technique de soin, leur utilisation est tout à fait admissible. La médecine manuelle fait partie des techniques de soins notamment utilisées par les rhumatologues. Et des travaux expérimentaux tout récents montrent que les ponctures peuvent avoir un effet antalgique sans que les fameux « méridiens » jouent un rôle.

Marcel-Francis Kahn a lui-même adressé une lettre de protestation à la revue Sciences et Avenir, dans laquelle il précise :
Tout à fait différent est le cas de l’homéopathie, prototype et paradigme de ce que j’ai proposé de nommer depuis pas mal d’années « patamédecines » en référence à Alfred Jarry ! Là, on est en présence d’une conception globalisante fondée sur les conceptions idéalistes de la fin du XVIIIe siècle.

Marcel-Francis Kahn

Toute démystification, pour rester crédible, doit effectivement être précise et éviter les amalgames ou les généralisations hâtives. C’est ainsi que, parlant d’ostéopathie, nous avions présenté le rapport de l’Académie de médecine (SPS n° 272, juillet 2006) qui mentionnait bien que « des résultats favorables ont été constatés de façon empirique sur certaines douleurs rachidiennes par diverses techniques manuelles et en particulier par les manipulations. ». En ajoutant toutefois que ce fait est connu depuis longtemps, et bien avant l’ostéopathie, et surtout, qu’il convient encore de rester prudent, appelant à la poursuite des recherches, et soulignant « que les études critiques et contrôlées les plus récentes sont moins en faveur de l’efficacité des manipulations depuis que leur qualité méthodologique s’améliore, comme l’ont montré de récentes publications ».

Mais le problème réside largement dans l’emploi du terme « ostéopathie ». Comme le rappelait pour SPS Louis Auquier, l’un des auteurs du rapport de l’Académie de médecine, il aurait été préférable de créer une vraie spécialité de médecine manuelle pour les médecins et les kinésithérapeutes et de laisser définitivement l’ostéopathie, avec ses prétentions concernant les pathologies générales, dans la mouvance des pseudo-médecines.

Tous les sites Internet, toutes les références écrites accessibles au grand public sont sans ambiguïté : ostéopathie est bien synonyme de médecine holistique, avec toutes ses prétentions, toutes ses pratiques et son enrobage idéologique. Pour le grand public, pour les patients qui consultent, aucune distinction n’est opérée, ni même opérable.

Comment, par exemple, faire la différence entre un acupuncteur holistique qui met en œuvre toute la discipline selon la tradition chinoise, un ostéopathe qui applique à la lettre les préceptes, pour toute sortes d’indications, et un médecin ou un kinésithérapeute sérieux, qui ne fait qu’appliquer certaines techniques de médecine manuelle, par ailleurs également mises en œuvre en ostéopathie ? Certainement pas par le simple fait que ces personnes exercent en hôpital. À ce titre, l’homéopathie ou l’auriculothérapie pourraient acquérir leurs lettres de validité par le simple fait qu’un nombre (certes très limité) de praticiens hospitaliers revendiquent ces pratiques. Comment dès lors, quand on lit « consultation d’ostéopathie », peut-on savoir qu’il s’agit de médecine manuelle, sans rapport avec le fatras idéologique et holistique, également appelé ostéopathie, et non sans risque pour les patients ?

Le même raisonnement pourrait être développé pour l’acupuncture.

Alors, il ne faut bien entendu pas rejeter l’efficacité de certaines techniques de manipulation sous prétexte que les ostéopathes les mettent également en œuvre. Ne rejetons pas a priori l’effet antalgique d’aiguilles plantées en certains endroits sous prétexte que l’acupuncture construit une pseudo-médecine holistique à partir de réseaux de méridiens jamais mis en évidence et d’aiguilles plantées à des points précis de ces réseaux. Mais inversement, ne validons pas ces « médecines parallèles » et idéologiques sous pré-texte que des aiguilles peuvent calmer la douleur, ou que des manipulations vertébrales ont un effet connu (depuis fort longtemps) et prouvé. Ne pourrait-on pas éviter d’ajouter à la confusion en utilisant les mêmes termes ?

Jean-Paul Krivine

La fiabilité de l’information scientifique

Bonjour. Je me permets de vous envoyer quelques remarques à propos de la rubrique « Du côté de la science »[SPS n° 277]. Cette série d’articles n’est pas rassurante ! Les souvenirs, la morale, la « socialisation », quoi d’autre encore, tout cela serait si localisable que cela, si « matériel », nous reste-t-il un peu de liberté ? !... (Peut-être dans un gène de la liberté !).

Plus généralement, votre action d’information et de dénonciation des fausses sciences nous protège bien des charlatans et des hurluberlus, mais comment faire, face à des études qui se présentent comme sérieuses et scientifiques : celles dont vous faites état ne seraient-elles pas de la même eau que les études d’auriculothérapie que vous dénonciez dans le n° 264, et que l’on a malheureusement pu retrouver dans Sciences et Avenir, qu’il vous a fallu encore pointer du doigt. Je les compare, car elles étaient aussi basées sur les IRM. Je ne dis pas que ces « localisations » ne soient pas réelles, mais j’avais cru comprendre que la qualité primordiale du cerveau était sa « plasticité », et notamment une certaine aptitude à envoyer des tâches dans un autre hémisphère que d’habitude en cas de besoin. Je sais bien que pour le langage, ou certaines fonctions, un cerveau endommagé ne peut plus rien faire, mais pour autant, ces expériences d’IRM sont-elles fiables ? Pour l’auriculothérapie, par exemple, des « expériences » montraient la réaction sur IRM d’un patient dont le pouce était sollicité, et la réaction lorsqu’on sollicitait la « zone du pouce » dans l’oreille : identique sur l’IRM ! Du coup, j’aurais plutôt tendance à me méfier des IRM, mais enfin…

En tout cas, comment faire pour savoir si ces informations « scientifiques » sont sérieuses ? Avez-vous le temps de vérifier les dépêches de l’ASP [reprises sur notre site Internet, NDLR], sont-elles à l’abri de tout soupçon, et que dire d’une des dépêches qui vient de Science et Avenir quand vous nous avez montré (brillamment) leur peu de sérieux tout récemment... Vous me voyez tout perplexe !

Heureusement, je me console en apprenant que des études scientifiques (sérieuses, je l’espère !) sont menées pour savoir pourquoi nos cailloux font « plouf » plutôt que « plop » ! Je crois que de telles études avaient pu montrer aussi pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre !

Bien amicalement,

Martin Brunschwig

La fiabilité des sources d’information, et le crédit à porter à telle ou telle information sont des questions majeures pour une revue comme la nôtre. Questions complexes que nous abordons plus en détail dans un petit texte séparé, « Indépendance et fiabilité de l’expertise », introduction à un débat que nous souhaitons voir se développer dans la revue.

Un vain combat ?

Ayant reçu un numéro de Science et pseudo-sciences bien que je n’aie pas envoyé mon réabonnement, je vous adresse celui-ci pour 5 numéros… Je vous avoue pourtant que ce n’était pas un oubli : je n’avais pas l’intention de me réabonner. Je me permets de vous indiquer mes raisons : vous me les demandiez […].

Je me sens solidaire de votre revue et, sans doute, plus généralement de l’AFIS, pour toutes les idées que vous défendez. Bien que j’aie une petite connaissance de la plupart des sujets que vous traitez, il est certain que vous m’apportez chaque fois un éclairage ou des connaissances nouvelles.

Pourtant, devant votre action, je ressens une gêne. Je ne vois pas trop où peut mener votre combat. Il ne me paraît pas très utile, ni pour moi-même, ni pour ceux qui ont une formation et des idées communes avec moi, de développer, discuter et rediscuter le fondement et le contenu des fausses sciences. Nous sommes déjà convaincus. Argumenter sans fin contre l’astrologie ou l’homéopathie ou encore la sourcellerie, revenir sur les indices objectifs de leurs errements, n’est pas très fructueux. Cela donne à ce et ceux que vous combattez, une publicité, une réalité, même. En cela, je comprends Claude Allègre qui refuse de discuter avec madame Elizabeth Teissier. Les théoriciens et les croyants des « faux savoirs » ne vivent pas dans le même monde que les scientifiques. Aucun des arguments des scientifiques ne peut entamer leurs certitudes ; l’exposé d’objections expérimentales ou théoriques ne peut les convaincre. D’ailleurs, pour l’essentiel, vous ne les atteignez pas. Ce ne sont pas eux qui liront ou s’abonneront à Science et pseudo-sciences […].

Gérard Dussarat

Vous avez raison, il est peu probable que nous arrivions à convaincre « les théoriciens et les croyants des faux savoirs ». Ce n’est en réalité pas à eux que nous nous adressons quand nous abordons la question des pseudo-sciences, mais à tous ceux qui s’interrogent, qui pensent que peut-être l’homéopathie, pourquoi pas l’astrologie… C’est également un point de vue laïque que nous développons : pourquoi des « patamédecines » seraient-elles remboursées par la collectivité alors qu’elles n’ont jamais fait la preuve d’une quelconque efficacité spécifique, et alors que des traitements bien réels restent mal remboursés (optique, dentaire par exemple) ? Comment peut-on laisser des méthodes ubuesques continuer à être utilisées comme méthodes de recrutement ? N’est-il pas également nécessaire de dénoncer les tentatives visant à introduire certaines de ces « approches parallèles » dans l’enseignement ? Quand il ne s’agit pas tout simplement de substituer la croyance à la science (voir dans ce numéro les dernières nouvelles de l’offensive créationniste contre la théorie de l’évolution).

En outre, Science et pseudo-sciences ne s’intéresse pas qu’aux « faux savoirs ». Les ondes électromagnétiques, le réchauffement climatique, les OGM ou le nucléaire sont autant de sujets où l’esprit critique et l’information scientifique sont indispensables, et sur lesquels nous essayons d’apporter notre contribution.

Quant à l’efficacité de notre action… difficile de la mesurer. Nous avions consacré un éditorial à cette question (SPS n° 248, septembre 2001, disponible sur notre site Internet). Jean Bricmont écrivait alors :

« Nos ancêtres adhéraient à un grand nombre de croyances irrationnelles auxquelles plus personne ne croit aujourd’hui. Comment le passage s’est-il opéré, si ce n’est, en partie au moins, parce qu’entre temps des gens ont montré, au moyen d’arguments rationnels, qu’elles étaient fausses ? Il est difficile d’imaginer que si personne n’avait fait ce genre d’efforts, par exemple à l’époque des Lumières, ceux qui nous disent aujourd’hui que nous ne servons à rien auraient néanmoins acquis les idées rationnelles qu’ils possèdent aujourd’hui. »

Merci donc pour votre réabonnement malgré votre questionnement. Ce soutien nous est utile.

J.-P.K.

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !