Vie et mort des croyances collectives

Gérald Bronner. Collection Société et pensées, éditions Hermann, 166 pages, 22 €.

Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 273, juillet-août 2006

« L’abandon de la croyance au Père Noël provoque elle aussi, dans un certain nombre de cas (45 % – le résultat étant identique chez les adultes et les enfants), une situation de crise. »
Extrait, page 115.

Gérald Bronner travaille sur les croyances collectives et les représentations sociales. Dans ce livre, il cherche, dans une première partie, à démontrer que les croyances les plus extrêmes sont porteuses d’une logique interne : un terroriste a des raisons d’agir. Puis il entreprend de nous décrire l’émergence de quelques croyances plus anodines que celles entraînant le terrorisme. Comme cette rumeur que le XIIIe arrondissement de Paris, dans les années 1980, ne comptait que deux ou trois morts par an, contre 100 dans les autres quartiers du même nombre d’habitants. L’explication de cette énigme par le public a fait l’objet d’études, qui ont permis d’établir des critères de naissance d’une croyance : l’évocation (facilité), la crédibilité des scénarios, la mémorisation (force de l’effet cognitif). L’auteur ne prétend pas se servir des résultats de ses expériences, ni des critères dégagés pour prédire les comportements. Il écrit : « Ces expérimentations, pour satisfaisantes qu’elles soient, n’en rencontrent pas moins les limites habituelles de ce genre d’exercices dans les sciences sociales ».

C’est la fin de l’ouvrage qui est la plus surprenante. Bronner y affirme que nous sommes tous croyants et établit une dichotomie entre croyance et connaissance. Entre les deux, point de salut ! Ce simplisme étonne, car l’auteur avait tenu jusqu’à ce moment du livre un propos plutôt pointu et nuancé. « Nous sommes définitivement des croyants sur toutes sortes de sujets parce que nous n’avons pas accès aux informations qui nous permettraient de connaître »

Que faire alors des suppositions, des hypothèses ? Ne font-elles pas partie du cheminement vers la connaissance ? Quel statut leur donner ? Bronner n’y fait aucune allusion, comme si toute existence leur était déniée.

Pour finir, l’auteur trouve l’esprit humain « limité » et pense que c’est pour cette raison que nous n’aurons jamais accès à la rationalité pure : « En fait, notre esprit est limité, et c’est pourquoi nous ne serons jamais des êtres de pure rationalité ». Comment imaginer la rationalité comme la structure idéale d’un cerveau modèle, tout-puissant ? J’aurais eu tendance à penser le contraire : n’est-ce-pas pas plutôt un esprit très peu bridé, libre et imaginatif, qui serait à même d’empêcher l’installation d’une rationalité totalitaire et qui autoriserait en conséquence des formes de pensée plurielles, comme l’irrationnel ? À nous, détenteurs d’un cerveau mosaïque, d’assurer la cohabitation. Mais le débat reste ouvert…

Mis en ligne le 9 juillet 2007
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