L’Église et le Téléthon

275 - décembre 2006

Au moment où nous préparons ce numéro de SPS, les médias font état de prises de position de certains évêques sur l’opération de collecte de fonds connue sous le nom de « Téléthon ». Ces représentants de l’Église s’inquiètent du fait qu’une partie de l’argent recueilli pourrait servir à financer des travaux utilisant des embryons humains, et appellent les donateurs à exiger le droit de diriger l’utilisation des fonds selon leurs choix personnels1.

La philosophie de l’Église catholique affirme que la personne humaine existe dès la conception, et qu’une telle instrumentalisation de l’embryon est donc aussi criminelle qu’une atteinte à un individu né viable. Les bénéfices potentiels de ces recherches pour des malades devraient-ils être sacrifiés sur l’autel de cette philosophie ?

La volonté des Églises de régenter la vie publique au nom de principes idéologiques n’est pas nouvelle. En France, la laïcité de la république et la séparation des Églises et de l’État a fixé un cadre dans lequel la liberté de conscience est préservée (les religions peuvent librement se développer) et l’intérêt de tous est mis à l’abri des influences de tel ou tel groupe. La réalité est certes plus nuancée, les coups de canif dans le principe de laïcité sont nombreux… Mais le cadre reste.

Recueillir des fonds par un biais aussi médiatique est, on le voit, ouvrir la porte à des pressions sur lesquelles aucun débat n’est possible. Il est déplorable que l’insuffisance des fonds publics conduise à recourir à de tels moyens. Une recherche à financement public agit dans un cadre réglementaire, sous le contrôle du Parlement, donc des citoyens.

La recherche scientifique ne vise pas à démontrer une quelconque proposition métaphysique, religieuse ou politique, elle ne s’occupe que de questions de faits appréhendables expérimentalement. Quand il s’agit du vivant, il est normal que les procédures utilisées soient soigneusement contrôlées. C’est là un sujet sérieux, trop sérieux, pour que le poids donné par les médias aux positions idéologiques d’un groupe religieux puisse être accepté sans réaction de notre part. Ceci nous rappelle également l’importance d’avoir une recherche publique correctement dotée.

1 Par exemple, André Vingt-Trois, l’archevêque de Paris déclare qu’« il est au moins naturel et normal que ceux qui financent la recherche puissent dire quelque chose sur la recherche qu’ils financent », ajoutant que son soutien au Téléthon continuera « si on a la possibilité d’infléchir ou d’orienter nos dons ». (Le Monde du 29/11/06).

Mis en ligne le 3 janvier 2007
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