Pourquoi un Livre Noir de la Psychanalyse ? En France, les psychanalystes sont en position dominante à l’université, dans les médias et dans le monde culturel. Hier insurgés et de toutes les avant-gardes, les freudiens et les lacaniens sont devenus aujourd’hui des intellectuels sourcilleux et volontiers agressifs, défendant leur bastion avec dogmatisme. La sclérose de la réflexion est patente.

L’Anti-Livre Noir de la psychanalyse : tromperie sur la marchandise

L’opinion de Catherine Meyer, Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer sur L’Anti-Livre Noir de la psychanalyse

Le Livre Noir de la psychanalyse, paru en septembre 2005, se présentait comme le bilan critique d’un siècle de freudisme. Quarante historiens, philosophes, épistémologues, psychiatres, psychologues et patients de dix nationalités différentes y posaient quatre questions fondamentales :

1. Freud a-t-il dit la vérité sur ses découvertes et sur ses guérisons ?

2. La psychanalyse est-elle une méthode de soins et si oui, quelle est son efficacité comparée à d’autres méthodes ?

3. Les prétentions de la psychanalyse à élaborer une théorie universelle du psychisme sont-elles légitimes ?

4. Pourquoi un tel décalage entre l’hégémonie de la psychanalyse en France et son déclin dans le monde ?

L’Anti-Livre Noir de la psychanalyse, paru en février 2006 sous la direction de Jacques-Alain Miller, se présente, quant à lui, comme une « réplique » collective des psychanalystes au Livre Noir, dont il va jusqu’à mimer la couverture. Il suffit pourtant d’en feuilleter le contenu pour se rendre compte qu’il y a tromperie sur la marchandise. Cet Anti-livre n’est aucunement une réponse au Livre Noir. La grande majorité des 47 textes qui y figurent ne sont qu’un recyclage des exposés présentés au « Forum Anti-TCC » qui s’est tenu au Méridien-Montparnasse sous les auspices de l’Ecole de la Cause Freudienne, le 9 Avril 2005, c’est-à-dire 5 mois AVANT la parution du Livre Noir de la Psychanalyse1. On mesurera l’envergure du bluff en remarquant que le Livre noir n’est quasiment jamais cité : mis à part la préface de J. A. Miller, il n’est évoqué que dans deux textes2

De quoi s’agit-il ? En réalité, d’une charge violente d’abord contre l’INSERM, jugé coupable de la première évaluation, en France, des résultats de trois formes de psychothérapies, ensuite contre les TCC, et enfin contre les psychanalystes de l’Association Psychanalytique Internationale qui seraient tentés d’entamer un dialogue avec les praticiens des TCC, en acceptant le principe d’évaluations comparatives des diverses psychothérapies, évaluations réclamées par les patients et leurs associations.

Ce débat entre les psychanalystes et les TCC au sujet de l’évaluation des soins est important, légitime, et il va se poursuivre. Il est pourtant loin d’épuiser le débat bien plus global qu’a ouvert le Livre Noir au sujet de la psychanalyse. Faut-il rappeler que sur les 40 auteurs du Livre Noir, seuls 9 sont d’obédience TCC, et que bien d’autres courants de psychothérapie y sont représentés (thérapies familiale, interpersonnelle, humaniste, ethnopsychiatrie) ? Faut-il rappeler les centaines de pages qui y sont consacrées à la critique historique, épistémologique, sociologique ou clinique de la psychanalyse ?

Or sur tous ces points, où est donc la “réplique” annoncée par l’Anti-livre ?

1. Rien sur les découvertes multiples et convergentes des historiens sur la manipulation par Freud de ses “données” cliniques, ainsi que de l’histoire de ses “découvertes”. Étant donné l’ampleur du défi posé par la critique historique, ce silence est tout simplement ahurissant.

2. Pas un mot sur les échecs thérapeutiques de Freud et de ses disciples, ni sur l’incapacité avérée de la psychanalyse à traiter la schizophrénie, les troubles bipolaires, les phobies, les obsessions-compulsions, le stress post-traumatique, la dépression, l’autisme infantile, la toxicomanie, et tant d’autres troubles.

3. Pas la moindre tentative de réponse aux critiques de type épistémologiques sur l’irréfutabilité des thèses psychanalytiques, sur le caractère spéculatif ou philosophique des doctrines de Freud et de Lacan, sur la malléabilité de ces théories “caméléon”, sur la contamination des données cliniques par la “suggestion” ou le “conditionnement”.

4. Le déni de l’exception française est tout aussi symptomatique. Est-il normal que la psychanalyse soit une pensée unique dans l’enseignement, chez les travailleurs sociaux et, encore souvent, dans les médias (thèses doltoïennes pour l’éducation) ? Sait-on que plus de la moitié des facultés de psychologie n’enseignent, pour seule méthode psychothérapique que la psychanalyse ? Les patients savent-ils toujours qu’il existe d’autres formes de psychothérapie que le coûteux divan et que d’autres lieux ne proposent en fait qu’une “psychanalyse masquée” (CMPP, Centres de Guidance) ?

Enfin, pas une allusion aux reproches adressés à Freud et à bon nombre de psychanalystes pour leurs positions systématiquement rétrogrades sur la sexualité et la psychologie féminines, la masturbation, l’homosexualité et l’homoparentalité.

Les psychanalystes de l’Ecole de la Cause Freudienne n’ont-ils donc rien à dire sur tous ces sujets ? Ou bien admettent-ils implicitement la validité des critiques du Livre Noir ? Le fait est qu’après lecture de leur Antilivre, on n’en sait strictement rien.

Le Livre Noir invitait au débat, l’Antilivre l’évite. Le Livre Noir appelait la controverse, l’Antilivre se complaît dans le persiflage et les attaques ad hominem. Le Livre Noir s’adressait au public dans une langue compréhensible par tous, dans l’Antilivre les lacaniens parlent aux lacaniens : quel intérêt ?

Nous attendons toujours le vrai Anti-Livre Noir de la psychanalyse, dans lequel les psychanalystes, toutes écoles confondues, sauront se montrer enfin à la hauteur du défi global qui leur est adressé. Le gant n’a pas encore été relevé.

Catherine Meyer, Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer

ANNEXE

FORUM ANTI-TCC FORUM DU 9 AVRIL

14h-19h non-stop au Méridien-Montparnasse

LE PROGRAMME

Les interventions qui suivront la première séquences seront nécessairement brèves. Les textes intégraux paraîtront dans le numéro de rentrée de la revue La Cause freudienne (Christina Alberti, rédactrice en chef, ).

Jacques-Alain Miller : Accueil Lilia Mahjoub : Bienvenue

1 - Première séquence

Catherine Clément, Ouverture du Forum Alain Abelhauser, Discours au Pr Bréchot Gérard Miller, Dialogue avec des méconnus

2 - L’Inserm et ses expertises collectives

Jean-Claude Maleval, Après le rapport de l’Inserm (1) Pierre Sidon, Après le rapport de l’Inserm (2) Sophie Bialek, Avant le rapport de l’Inserm Catherine Lazarus-Matet, Le rapport de l’Inserm (1) Agnès Aflalo, Le rapport de l’Inserm (2)

3 - Les TCC

François Leguil, La question et les questionnaires Carole Dewambrechies-La Sagna, La clinique du Dr Cottraux Philippe La Sagna, Les TCC et les sectes Catherine Lacaze-Paule, Les TCC avec le Dr Pangless Valérie Pérat-Guillot, DSM IV-TCC-Psychochirurgie Éric Laurent, Les TCC virtualisées

4 - D’Europe

Italie. Maurizio Mazzotti, Les TCC dans les institutions Belgique. Philippe Hellebois, L’ire hilarante du Pr Rillaer Grèce. Nassia Linardou-Blanchet, L’Amérique si proche, si lointaine Espagne. Manuel Fernandez-Blanco, Normo-praxis et bureaucratie Royaume Uni. Intervention

5 - Médias

Dominique Laurent, Les TOC dans The Aviator Pose-Paule Vinciguerra, Lecture du magazine Psychologies Marlène Belilos, Le bon docteur Meunier Françoise Labridy, Des sportifs sous influence

6 - Cas TCC

Esthela Solano-Suarez, Les malheurs de Roberta Monique Amirault, Un cas vraiment très original Hélène Bonnaud, Le témoignage de Clara Véronique Mariage, Paroles d’enfant sous l’emprise TCC

7 - Symptômes TCC

Jean-Pierre Klotz, S’occuper du symptôme Pierre Stréliski, « Walden 2 » n’est pas un roman Yasmine Grasser, La Fondation Skinner Alexandre Stevens, Un essai des Teacch Christiane Alberti, Rhétorique et pratique de Teacch Pascal Pernot, Le canard, les caniches et le chevreuil Jean-Pierre Rouillon, Culpabilité et dressage (sur l’autisme) Anne-Marie Lemercier, « Les réussites de la thérapie brève », de Fisch et Schlanger

8 - Les TCC devant la psychanalyse

Hervé Castanet, Une science officielle Marga Karz-Mendelenko, Le pousse au meurtre du sujet Hélène Deltombe, Les TCC, crime contre l’inconscient Herbert Wachsberger, La psychanalyse en compétition avec les TCC Marie-Claude Sureau, Une leçon lumineuse de Lacan Marie-Hélène Brousse, Pourquoi la psychanalyse fait le poids

1 Pour le programme de ce forum, voir le document en annexe. On comparera avec intérêt la liste des interventions de ce forum avec la table des matières de L’Anti-livre.

2 Sur les 295 notes de bas de pages, Le Livre Noir de la psychanalyse n’est cité que 4 fois (pages 153, 258, 272 et 275), ce qui représente à peine 1,3 % des références.

Mis en ligne le 15 mars 2006
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