Antennes relais et téléphones mobiles : rumeurs et réalité

par Élie Volf - SPS n° 256, mars 2002

Depuis quelques années, avec l’explosion de l’utilisation des téléphones portables, des rumeurs alarmistes circulent sur le danger des antennes relais et des téléphones portables.

Devant la progression de ces rumeurs et du nombre de contestataires, certains maires ont cédé à la pression populaire et à celle des associations comme PRIARTEM1, pour prendre des arrêtés municipaux interdisant les antennes relais dans des zones dites sensibles.

Face à cette situation, une commission de sept experts dirigée par le Docteur Zmirou, de l’Université de Grenoble I, a été créée par le Directeur Général de la Santé, en juin 2000. En février 2001, cette commission a déposé un rapport de 270 pages, mis en ligne sur Internet2, mais également discrètement publié à La Documentation Française3.

Ce rapport est connu des professionnels de la communication dont Véronique Campion-Vincent, Jean Bruno Renard4 et Jean Claude Bouillet5, mais inconnu ou ignoré des responsables politiques et de certains journalistes scientifiques, en particulier, Jean Pierre Lentin6, qui a publié en octobre 2001, soit dix mois après la publication du rapport Zmirou, Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, où on ne trouve aucune référence à ce rapport.

De quoi tenir compte en priorité ?

D’après le rapport Zmirou, il est très difficile actuellement de lever un doute total sur quelques cas rarissimes de perturbation dus aux téléphones mobiles. En France, en janvier 2003, plus de 37 millions de téléphones mobiles sont en service. Les trois opérateurs nationaux ont déployé trente mille antennes relais ou stations de base sur le territoire, ce qui permet à 62 % de la population d’être équipée.

Avant tout, il faut évaluer le niveau d’exposition aux champs électromagnétiques et, surtout, tenir compte de la fréquence. Comme en radioactivité, l’effet aux rayonnements dépend de l’activité et du type d’énergie. A juste raison, certains experts admettent que les antennes relais peuvent provoquer des effets psychosomatiques dus à la crainte de voir la santé affectée par les radiofréquences.

Le rapport Zmirou rappelle d’ailleurs un principe énoncé par l’OMS qui « met en garde les autorités sanitaires contre l’adoption de mesures inspirées par le souci légitime de rassurer l’opinion publique et de prévenir d’hypothétiques conséquences sanitaires qui ne seraient pas scientifiquement fondées », en ajoutant que « le principe de précaution ne peut donc justifier des mesures qui n’auraient pas de fondement rationnel ».

Pour les antennes relais et les portables, nous rappellerons que les fréquences employées sont comprises entre 850 et 1900 mégahertz suivant les opérateurs, pour le système UMTS, et dans la bande de 400 mégahertz pour le système TETRA. A ces fréquences, on ne peut observer que des interactions moléculaires avec ces ondes, qui correspondent à des phénomènes de relaxation diélectrique des dipôles des molécules et macromolécules.

Dans les milieux biologiques7, on peut avoir les interactions des ondes avec les molécules suivantes : l’eau pure non liée aux bio-polymères, l’eau liée aux bio-polymères, les bio-polymères8.

Il faut savoir que la fréquence de relaxation de l’eau pure est proche de 20000 mégahertz (20 gigahertz) pour une température de 37 °C, et que 10 centimètres d’eau n’absorbent que quelques pour cent d’une onde à cette fréquence. Pour un portable d’une puissance de 100mW, si toute l’énergie était absorbée dans 100 cm3 d’eau pendant dix minutes, l’échauffement serait de 0,6 °C, ce qui est négligeable.

C’est sans rapport avec un four à micro-ondes, dont la puissance maximale est de 1000 W et la fréquence d’émission de 2,45 gigahertz. Dans ce cas, l’absorption des ondes est quasi totale, car il n’y a pas de multiples réflexions de l’onde sur les parois réfléchissantes du four. Dans le four, les molécules d’eau sous l’action du champ électromagnétique de l’onde se mettent en rotation, et il y a frottement des molécules entre elles, ce qui crée un échauffement du milieu.

La fréquence de relaxation diélectrique

Nous rappellerons que l’absorption d’une onde électromagnétique pour une molécule polarisée est maximale pour une fréquence dite fréquence de relaxation diélectrique. Cette fréquence de relaxation dépend9 de la grosseur de la molécule et de la température.

Dialogue entre les experts et une contestataire
Extrait du rapport Zmirou (pages 127 et 128)

1e question : Avez vous des témoignages de personnages hypersensibles à l’électricité ?

Réponse : Effectivement, certainement certaines personnes sont très sensibles à l’électricité en raison de la proximité de lignes à haute tension ou du travail sur ordinateur. Cette sensibilité se manifeste par des maux de tête, des troubles visuels et auditifs, des vertiges.. Nous commençons également à recevoir des plaintes de personnes résidant à proximité de relais et se plaignant de troubles liés aux téléphones mobiles et aux stations de base [...] :

2e question : Quelle est la fréquence et l’importance des plaintes ? Combien de personnes cela représente t-il pour des lignes électriques et ordinateurs ?

Réponse : La fréquence des plaintes est variable selon les semaines, je ne dispose pas de chiffres, mais toutes ces personnes présentent des symptômes communs.

3e Question : Combien de membres votre association comprend-elle ?

Réponse : en fait, beaucoup de personnes s’adressent à l’association sans pour autant demander l’adhésion [...].

4e question : Au sommet de la Tour Eiffel, est implantée une antenne d’une puissance de 6MW, soit l’équivalent de dix fois toutes les stations de base françaises. Avez vous des plaintes d’habitants du quartier, concernant des troubles liés à cette antenne ? Par ailleurs, il existe sur Paris une quarantaine de radios FM. Le niveau de radio FM est le niveau de champ électromagnétique le plus élevé de Paris, il précède la télévision et le GSM qui présente des niveaux similaires. Avez-vous une localisation des plaintes autour de ces stations FM ?

Réponse : nous avons quelques cas, mais notre association n’est pas la seule à recevoir des plaintes.etc. [...]).

1.Grosseur de la molécule. En première approximation, cette fréquence lui est inversement proportionnelle. Pour un bio-polymère anhydre ou solvaté dont la masse de la molécule serait mille fois supérieure à celle de l’eau, cette fréquence serait inférieure à 20 mégahertz. C’est-à-dire qu’à une fréquence comprise entre 300 et 1900 mégahertz, l’interaction de l’onde avec le bio-polymère est insignifiante. D’autre part dans le cas d’un téléphone portable l’échauffement dû à la rotation des molécules d’eau est négligeable.
2. Température. La fréquence de relaxation augmente avec la température. Pour de l’eau à 10 °C, la fréquence de relaxation est égale à 12,2 gigahertz, tandis qu’à 60 °C, elle est de 40 gigahertz.

Principales conclusions

Dans les conclusions des experts, qui s’inspirent du principe de précaution, nous retiendrons (page 6)10 :

L’exposition des personnes est considérablement moindre au voisinage des stations de bases - en dehors des zones d’exclusion - qu’au cours d’une communication avec un mobile.

Lors de l’exposition aux RF (radiofréquences) d’un mobile, les données scientifiques indiquent de manière peu constestable l’existence d’effets biologiques variés (profil de l’électroencéphalogramme, temps de réaction...) pour des niveaux d’énergie n’occasionnant pas d’accroissement de la température locale ; cependant, en l’état des connaissances sur ces effets non thermiques, il n’est pas possible de dire aujourd’hui qu’ils représentent des menaces pour la santé11.

Bien qu’il y ait peu d’arguments scientifiques pour l’étayer, l’hypothèse d’effets sanitaires associés aux champs RF de faible niveau associés aux téléphones n’est pas exclue, en l’état actuel des connaissances. Des travaux expérimentaux ou épidémiologiques se poursuivent ou sont engagés sur différents problèmes de santé, parmi lesquels certains cancers de la tête ou des maux de tête. Le rôle de l’exposition aux RF sur ces manifestations n’est pas établi à ce jour. En revanche, compte tenu des niveaux d’exposition constatés, le groupe d’experts ne retient pas l’hypothèse d’un risque pour la santé des populations vivant à proximité des stations de base.

Si les recherches futures venaient à valider cette hypothèse, c’est-à-dire à montrer l’existence de risques pour la santé, leur probabilité, au niveau individuel, serait sans doute faible, car il est rassurant de constater que cette démonstration n’a pu être faite malgré, dans certains domaines, des travaux nourris depuis plusieurs années. Pourtant, dans ce cas de figure, le nombre très élevé d’utilisateurs de la téléphonie mobile pourrait conduire à ce que l’impact sanitaire collectif de ce risque individuel faible soit élevé.

Le risque accidentel, et notamment mortel, lié à l’utilisation d’un téléphone mobile lors de la conduite automobile, est parfaitement établi. Il s’agit, en l’état des connaissances, du seul risque sanitaire avéré, et il est grave.

En conclusion, nous pouvons dire que le téléphone mobile est beaucoup plus dangereux que les antennes relais et les émetteurs d’ondes hertziennes pour radio ou télévision12.

Malgré cela, les téléphones mobiles apparaissent très utiles, et ont sauvé beaucoup de vie en facilitant les secours en cas d’accidents, incendies, etc13.

1 PRIARTEM : Pour une Réglementation des Implantations des Antennes Relais de Téléphonie Mobile.

2 Consultable à l’adresse : http://www.sante.gouv.fr/htm/dossie...

3 Les téléphones mobiles, leurs stations de base et la santé, connaissances et recommandations, La Documentation Française, 2002.

4 Véronique Campion-Vincent, Jean Bruno Renard, De source sûre, Payot 2002.

5 Jean-Claude Bouillet « Les ondes électromagnétiques, des confins de l’univers au téléphone portable », Revue du Palais de la Découverte n° 295, février 2002, pp. 49 à 58.

6 Jean Pierre Lentin, Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, Albin Michel, octobre 2001. Nous n’évoquerons pas ici les erreurs scientifiques qui sont nombreuses dans ce livre.

7 Daniel Bourgoin, « Relaxation diélectrique en hyperfréquence de l’eau dans le système « désoxyribonucléinate de sodium-eau » », Electronic. fisc. Apli Vol 16. n° 3, 1973, pp. 531-536.

8 Un bio-polymère est un polymère d’origine biologique, comme par exemple l’amidon, l’ADN où une séquence radicalaire où certains motifs sont répétés un grand nombre de fois dans un assemblage moléculaire dont la dimension et la masse sont de l’ordre de mille fois celles de l’eau. L’eau est une petite molécule de masse moléculaire 18, mais certains sucres comme l’amidon ont des masses moléculaires de plus de 10000 avec des motifs répétés cent fois et plus.

9 Élie Volf, thèse de Doctorat es sciences, « Étude de la relaxation diélectrique des milieux aqueux à intérêt biologique », Paris XI, 1981

10 L’enrichissement en gras de certains passages est de la rédaction.

11 Site de Marc Fiterman : http://www.multimania.com/corrupt/1....

12 Pour compléter votre information dans le même esprit, nous vous conseillons de lire le numéro de février 2003 de 60 millions de consommateurs.

13 Nous remercions M. Marcel Goldberg, un des experts du rapport Zmirou, de nous avoir fait part de ses remarques.

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