L’évolution a-t-elle un sens ?

Dans Science&Vie de décembre 2005

Théorie de Dambricourt et créationnisme : l’édito de Science&Vie y est entièrement consacré, et le titre ne laisse planer aucun doute sur son sens : « Curieuse évolution.... » Il se fait l’écho du malaise qui envahit les scientifiques de l’évolution face à l’impact fort du dessein intelligent. La théorie qui revendique un moteur interne au vivant devient en effet de plus en plus populaire. Elle est pourtant bâtie sur du vide. Et rien n’est « plus difficile que de démontrer l’absence de ce qui n’est pas... ». La revue entreprend pourtant de s’y attaquer dans un dossier de douze pages.

L’illusion d’une marche vers la complexité.

L’idée d’une ascension vers l’homme, d’une graduation vers le plus abouti s’estompe et est destinée à mourir. En effet, le « complexe » n’est pas l’équivalent du « plus évolué ». Un simple recul par rapport à l’histoire du monde permet de débusquer l’illusion. La marche vers la complexité, qui donne une direction à l’évolution est donc caduque. Pourtant, à peine ce concept, qui replace l’homme au sein d’un foisonnement et non plus au sommet d’une pyramide, est-il bien compris et vulgarisé, que déjà on l’attaque sur un front sensible, parce qu’affectif : comment la complexité peut-elle être due au hasard ? Certes chacun d’entre nous est troublé devant la somme de coïncidences nécessaires à l’apparition de la vie et à son explosion. Mais passée la première impression, la réflexion, fondée sur le darwinisme, explique bien des mystères. Madame Dambricourt, en pourfendeuse de la contingence, livre sa théorie, qui repose sur l’évolution d’un petit os du crâne : le sphénoïde. Le sphénoïde dirigerait notre évolution ; quand il bouge, tout l’organisme est prié de suivre. C’est ainsi que les primates seraient devenus les humains que nous sommes, avec une mâchoire de plus en plus petite et un crâne de plus en plus gros.

Les arguments de Dambricourt et quelques os dans sa théorie.

Anne Dambricourt réfute la pression de l’environnement. Elle plaide pour un programme interne, génétique, modélisable en équations, et qui permettrait de faire des pronostics pour notre avenir : dans 800 000 ans, une pirouette de notre facétieux sphénoïde va encore nous faire changer la face. Premier argument : la disparition brutale de néanderthal, contemporain de sapiens. Sa disparition serait due, dans la droite ligne d’une pensée très encadrée, à l’équivalent d’un « bug informatique », une erreur de programmation. Un grand maître qui se trompe, tout de même, ça ne fait pas très sérieux...Pourtant, la disparition de néanderthal a une autre cause possible et plausible : son inadaptation à un environnement climatique qui change (réchauffement). Second argument : la complexité croissante du vivant. Impossible qu’elle soit le fruit du hasard, dit Christian de Duve, prix nobel de médecine 1974. Pourtant, quand bien même l’évolution vers la complexité existerait, elle ne dirait rien d’une programmation l’ayant créée. Mais la notion même de marche vers la complexité n’est pas pertinente : un squelette de rorqual est plus simple que celui du préhistorique caelacanthe. Troisième argument : la présence de sapiens sur plusieurs continents. Pour Anne Dambricourt, il aurait évolué, séparément, à partir de formes d’erectus... programmés pour ne pas le rester ! Toutefois, d’après les évolutionnistes, il est fort probable que les erectus aient évolué vers sapiens en Afrique même, sous la pression de leur environnement, puis aient essaimé dans le monde.

« Darwin aurait eu tout faux »

La théorie du « moteur interne » abat l’influence du milieu et balaie le darwinisme. Elle fait fi de la puissance explicative de cette théorie du vivant. Si Dambricourt y parvient si bien, c’est parce qu’elle pose « un regard rétroactif et sélectif » sur l’évolution, ce qui lui permet de sélectionner l’homme, rien que l’homme, son sphénoïde en bandoulière. La réalité est autre : selon le principe généraliste de contingence à l’oeuvre jusque dans nos cellules, il y a des erreurs de transcriptions dans le programme génétique, lesquelles donnent lieu à des mutations qui peuvent se transmettre, et seront ensuite sélectionnées sur pression de l’environnement, pour leur viabilité. « À défaut d’avoir un sens, l’évolution a une logique » Le dernier article du dossier nous rappelle que le seul mécanisme caché à l’oeuvre au coeur du vivant, c’est un mécanisme de logique universelle, soutenu par deux piliers : la contingence des mutations et l’influence du milieu. Il nous décrit l’histoire de cette grande idée de l’évolution, commencée dès avant Darwin, avec Lamarck en 1801. L’histoire a inlassablement montré combien cette théorie de Darwin est puissamment explicative. Elle apparaît aussi la plus philosophiquement correcte. Science&Vie l’affirme dans sa conclusion : « C’est au deuil de la conception de l’homme comme centre de la création que la quête de la connaissance exige que nous procédions. »

Agnès Lenoire

Mis en ligne le 2 décembre 2005
5718 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !