Autour du catastrophisme. Des mythes et légendes aux sciences de la vie et de la terre

Claude Babin. Éditions Vuibert-Adapt, collection « Inflexions », 2005, 167 pages.

Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 269, octobre 2005

« Le catastrophisme a aussi été élaboré initialement comme un système qui reposait, nous le verrons, sur des élucubrations cosmogoniques et qui se devait, pour être conforme aux révélations de la Bible, de rendre compte du déluge universel. »

L’auteur vous fait accéder dans cet ouvrage à de vastes paysages intellectuels parcourus des grands courants de pensée qui ont modifié notre façon de percevoir la terre. Vous allez vous frotter aux grandes polémiques : il y eut les uniformitaristes, qui prétendaient que tout événement qu’on observe a eu son équivalent dans le passé, équivalent dans sa nature comme dans son intensité ; les gradualistes, qui voyaient l’avance au long cours de l’évolution, un changement préparant le suivant, sans heurt (brillamment théorisée par Darwin) ; mais aussi les actualistes, qui affirment que l’observation des phénomènes actuels donne la clé des précédents par une remontée des effets vers les causes (méthode inductive largement employée de nos jours) ; enfin les catastrophistes, qui, eux, voulaient que des cataclysmes façonnent la terre (déluges) et qu’après chacun d’eux, il y eut à nouveau création (pour justifier les nouvelles espèces).L’auteur déploie tout son talent et son savoir pour décrire tous les précurseurs de chaque démarche, et faire vivre les controverses au fil des pages. Mais il a choisi de se centrer plus particulièrement sur le catastrophisme. Pourquoi ? Parce qu’il semble que cette démarche reprenne de la vigueur depuis les années 1980, époque où l’hypothèse de la météorite tueuse de dinosaures a fait fureur. Une météorite aurait supprimé les dinosaures il y a 65 millions d’années. Les preuves s’accumulent en sa faveur. Les scientifiques, après un siècle d’attitude gradualiste plutôt sage, se surprennent à envisager une histoire de la terre ponctuée de cataclysmes. Et d’expliquer ainsi les extinctions en masse d’espèces : cinq au total.

Claude Babin ne plaide ouvertement en faveur d’aucune théorie. Il rend hommage à l’effervescence scientifique, aux débats et aux théories proposées. Il fait une multitude de références à Stephen Jay Gould et à Gabriel Gohau1, se demandant avec eux si cette démarche catastrophiste, bien que pertinente, ne serait pas un reliquat d’un attachement démesuré au déluge, qui a persisté chez les géologues jusqu’au début du XXe siècle. Le déluge permettait l’effacement et autorisait la renaissance : ne dit-on pas que la météorite, en faisant disparaître les dinosaures, a permis l’émergence des mammifères ?

Le catastrophisme est malgré tout une démarche scientifique raisonnable, qui se lie avec le gradualisme, dans le sens où les géologues admettent que des événements puissent perturber ponctuellement l’évolution lente des espèces. Ce catastrophisme-là n’est pas celui que les médias nous déversent sur les écrans. Mais ces derniers n’auront de cesse de nous faire faire l’amalgame. Voilà donc un livre qui ouvre une réflexion fort intéressante sur l’actualité.

1 Lire Naissance de la géologie historique. La terre, des « théories » à l’histoire, notre note sur le livre de Gabriel Gohau, Naissance de la géologie historique, Vuibert-Adapt..

Mis en ligne le 19 novembre 2005
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