Acupuncture et lombalgie

Selon un compte-rendu :

« L’acupuncture est efficace à court terme dans la lombalgie chronique » Manheimer E et coll. : Meta-analysis : acupuncture for low back pain. Ann Int Med 2005 ; 142 : 651-663.

Pathologies fréquentes — second motif de consultations médicales aux États-Unis — les lombalgies peuvent être source de handicap majeur, via les répercussions fonctionnelles qu’elles sont susceptibles d’entraîner. La chronicité du mal et les échecs de la médecine allopathique conduisent bien des malades vers la voie des médecines parallèles ou traditionnelles. Dans ce domaine, l’acupuncture représente le dernier espoir de plus d’un lombalgique chronique. Cette technique dont l’efficacité ne saurait être mise en doute par ceux qui la pratiquent a fait l’objet de nombreuses interrogations et de quelques études randomisées regroupées dans cette méta-analyse.

L’analyse des données de la littérature internationale a été faite jusqu’en août 2004. Elle a permis de sélectionner 33 essais randomisés conformes aux critères d’inclusion. Ceux-ci ont été regroupés en plusieurs catégories, selon le caractère aigu ou chronique de la douleur, le type d’acupuncture et les caractéristiques des groupes témoins. Pour ce qui est de l’efficacité à court terme sur la lombalgie chronique, il semble que l’acupuncture fasse mieux que le placebo (différence moyenne standardisée de 0,54 ; IC 95 % : 0,35-0,73 ; sept études) ou que l’absence de traitement (différence moyenne standardisée de 0,69 ; IC 95 % : 0,40-0,98 ; huit études).

En cas de lombalgie aiguë, les données sont à la fois insuffisantes et non-concluantes. Il en va de même pour la comparaison entre l’acupuncture et les autres traitements des lombalgies aiguës ou chroniques.

De cette méta-analyse, il ressort que l’acupuncture semble bien avoir un effet symptomatique significatif au moins à court terme sur la lombalgie chronique, comparativement au placebo. Ces résultats ne préjugent pas de son efficacité à long terme, pas plus qu’ils ne démontrent la supériorité éventuelle de cette technique traditionnelle sur les autres modalités thérapeutiques."


Nous lisons au début que « La chronicité du mal et les échecs de la médecine allopathique conduisent bien des malades vers la voie des médecines parallèles ou traditionnelles », phénomène classique, bien que cela ne les valide pas pour autant. Comme le dit Bensaïd : « s’il est vrai que la médecine ne sait pas tout, qui peut mieux savoir qu’elle ? Que peut-on trouver “ailleurs” dans les médecines “autres”, “alternatives” ? ».

Les limites de la médecine ne doivent pas faire croire que des béquilles comme l’acupuncture sauront mieux répondre qu’elle à de telles questions, d’autant moins que ces dernières ressemblent plus à des actes de foi reposant sur des dogmes intangibles.

Mais nous lisons une conclusion qui pourrait bien contredire cette affirmation première : « Ces résultats ne préjugent pas de son efficacité à long terme, pas plus qu’ils ne démontrent la supériorité éventuelle de cette technique traditionnelle sur les autres modalités thérapeutiques », ces « autres modalités thérapeutiques » doivent sans doute comprendre ce qu’ils appellent plus haut la « médecine allopathique ». Et un « dernier espoir » inefficace sur le long terme, c’est plutôt gênant...

Le plus intéressant est bien sûr d’aller lire l’étude dont les limites sont notées (« La quantité et la qualité des essais inclus diffèrent ») le tri n’a donc pas été fait entre les études douteuses et les autres ; et surtout les commentaires où Paul Shekelle affirme après l’avoir lue « qu’il est prématuré de conclure que l’acupuncture soulage effectivement des lombalgies », bien que, comme on pouvait s’y attendre, l’auteur de l’étude conteste cette critique.

Plutôt qu’une méta-analyse, il eut été peut-être plus pertinent de faire une revue systématique des études en question. Car la qualité des études sur l’acupuncture est très faible, et notamment pour ce qui concerne la douleur. Ce que reconnaissent d’ailleurs implicitement les auteurs de cette méta-analyse en disant que « la qualité et la quantité des études analysées diffèrent », joli euphémisme pour dire qu’on trouve de tout... et n’importe quoi.

On note d’ailleurs que les résultats sont d’autant plus positifs que la qualité de l’étude est médiocre ! Une corrélation qui pourrait bien cacher un lien causal, avec toute la panoplie de biais possibles et dont souffrent bon nombre d’études sur l’acupuncture.

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