Dialogue avec nos lecteurs

L’homme est-il une femme comme les autres ?

SPS n°326 - octobre / décembre 2018

Nous ne pouvons pas publier tous les courriers reçus, ni publier dans leur intégralité les lettres sélectionnées. Les choix opérés et les coupures faites sont de la seule responsabilité de la rédaction.

Nous avons lu avec intérêt votre article « Êtes-vous prêt·e·s pour l’écriture inclusive ? » (SPS n° 323, juillet 2017). Cependant, cela nous surprend de constater que cet article fait fi d’une grande partie des données empiriques disponibles dans la littérature. Il y a au moins quatre points à soulever.

1) La question de la démasculinisation de la langue française n’est pas seulement une question d’ordre politique, pour  « lutter contre l’invisibilité des femmes » ou  « faire progresser les mentalités et avancer l’égalité entre les hommes et les femmes ». Les enjeux sont aussi méthodologiques.

2) Comme il est évoqué succinctement dans une partie du texte, démasculiniser la langue française, ce n’est pas seulement adopter l’écriture inclusive par le point médian, mais surtout privilégier des formulations non genrées (dites épicènes : « les personnes » plutôt que « les hommes » ; le « corps enseignant » plutôt que « les enseignants »).

3) Le paragraphe consacré aux influences des langues sur les modes de pensée s’abstient lui aussi d’en référer à des travaux empiriques et ne présente pas l’étendue du débat sur la question. Plusieurs articles y sont pourtant consacrés, publiés dans des revues à comité de lecture. En français et en ouvrage grand public, Claude Hagège, linguiste et titulaire par le passé au Collège de France d’une chaire de théorie linguistique, a également écrit sur le sujet [1], dans un sens différent.

4) Enfin, le dernier paragraphe portant sur les déterminants de l’évolution des langues aurait lui aussi pu être confronté à la littérature historique sur le sujet.  « Il semble bien que l’échec de l’écriture inclusive est assuré car, qu’elle soit écrite ou parlée, la langue n’évolue que selon ses propres lois et non par décret. » Il y a […] des exemples de lois qui […] ont modifié les usages de la langue. En outre, quand bien même l’affirmation sous-entendue jusqu’à aujourd’hui selon laquelle les langues n’ont jamais évolué sous le coup de l’intervention humaine serait vraie, elle ne pourrait servir que d’argument inductif pour soutenir qu’il ne pourra jamais en être autrement. Or on connaît la faiblesse des arguments inductifs.

N. Darbois, A. Guillaud, R. Monvoisin

(Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique & sciences)

Références

- ^[1] | Hagège C, Contre la pensée unique, Édile Jacob, 2012.

Brigitte Axelrad. Je vous remercie de votre intérêt pour mon article sur l’écriture inclusive. Cet article fait partie d’une chronique intitulée « Un monde fou, fou, fou », et n’est sans doute pas aussi complet qu’un article de fond. Vous écrivez : « cela nous surprend de constater que cet article fait fi d’une grande partie des données empiriques disponibles dans la littérature. » J’admets volontiers que mon article puisse ne pas faire appel aux références que vous auriez souhaité lire, mais il s’appuie sur d’autres références et en particulier sur la thèse très intéressante développée par Steven Pinker dans L’instinct du langage. Vous faites référence dans votre courrier à Claude Hagège. Sans le citer expressément, je me suis beaucoup inspirée de sa tribune publiée le 26 décembre 2017 dans Le Monde et intitulée « Ce n’est pas la langue qui est sexiste, mais les comportements sociaux » et dans laquelle on peut lire : « C’est une illusion que de vouloir extirper de la langue les traces de la domination masculine. En revanche, c’est un combat sain et nécessaire que de s’en prendre au sexisme dans la société. » La thèse de Claude Hagège ne me semble ainsi pas éloignée de celle qui est sous-jacente à mon article.

Mis en ligne le 15 mai 2019
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